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16 mai 2006

Le Maroc devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies

Le Maroc tente de donner l'image d'un pays conforme aux publicités visibles dans les magazines en papier glacé des agences de voyages, mais un rapport de l'organisation non gouvernementale Tamazgha dénonce un état intolérant, raciste et autoritaire.

Le comité des nations unies sur les droits économiques, sociaux et culturels se réunit cette semaine au « Palais des Nations », à Genève, afin d'examiner les mesures prises par le Maroc pour se mettre en conformité avec les standards internationaux relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels, consignés dans un «Pacte international ».

Le Royaume du Maroc, en vertu des articles 16 et 17 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels , auquel cet état a adhéré, est appelé (comme le font régulièrement tous les autres signataires) à soumettre, devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, son troisième périodique concernant la mise en œuvre du Pacte.

Dans son rapport, l'État marocain présente la « création de l'Institut royal pour la culture amazighe » (IRCAM) comme un exemple de « la volonté royale d'ancrer la démocratie dans les faits et les murs et d'instaurer l'État de droit ».

Concernant l'article 15 du pacte « Le droit de toute personne à la culture et aux bienfaits du progrès scientifique », le rapport de l'état marocain fourni certains éléments relatifs aux Imazighen.

Tout d'abord le rapport marocain enfonce un porte ouverte en affirmant que « La culture amazighe occupe une place importante au Maroc, de par l'existence d'une réalité culturelle amazighe vivante et dynamique, faisant partie intégrante de l'activité culturelle nationale : diffusion de la musique, publication des romans et des journaux, de la poésie et des périodiques amazighs ». Lorsque l'on sait que la majorité des Marocains sont amazighophones cela revient à affirmer que « l'eau ça mouille et que le feu ça brule ».

Ensuite la rapport affirme que « la Charte nationale pour l'éducation et la formation avait prévu la création, auprès de certaines universités, de structures de recherche et de développement linguistiques et culturels amazighs, ainsi que de structures de formation des formateurs et de développement des programmes et curricula scolaires ». L'usage de l'imparfait dans cette phrase est à souligner. Le Maroc affirme bien qu'il: « avait prévu la création, auprès de certaines universités... » mais rien n'indique ensuite dans le rapport si cela a été réalisé en totalité ou en partie et, dans le cas d'une réalisation partielle, dans quelles proportions cela a été réalisé. Aucune précision non plus n'est fournie sur les délais nécessaires pour finaliser la création « de structure de recherches ... »

Ensuite le rapport indique que « les autorités pédagogiques régionales pourront, dans le cadre de la proportion curriculaire laissée à leur initiative, choisir l'utilisation de la langue amazighe ou tout autre dialecte local ». Là encore c'est le flou car rien n'indique ce que signifie « dans le cadre de la proportion curriculaire ».

Dans le même style le rapport marocain affirme que « en 2003, l'apprentissage de l'amazigh a été introduit en première année de l'enseignement primaire dans 300 écoles au niveau national, dans la perspective de sa généralisation progressive, en coordination entre le Ministère de l'éducation nationale et l'Institut royal pour la culture amazighe (IRCAM), créé par le Roi Mohammed VI le 17 octobre 2001 ». Toujours le flou et les faux fuyants. Que s'est il passé depuis 2003 ? Quel est le bilan chiffré de l'expérience ? Où en est cette « généralisation progressive » ? Pas de réponses.

Le contre-rapport de l'Organisation non-gouvernementale Tamazgha

L'ONG Tamazgha constate le même déficit d'honnêteté de la part du Maroc en déclarant « que l'État marocain reste fidèle à lui-même en matière de gestion de la question amazighe. Ainsi, langue de bois, contradictions, manque de clarté et d'éléments précis ont marqué ce rapport dans ses points relatifs à la question amazighe ».

A cette occasion, Tamazgha présente un rapport alternatif au rapport marocain intitulé « L'État marocain et la question amazighe » dans lequel l'ONG a relevé « les principales violations du Pacte par la monarchie marocaine » et « les contradictions et la médiocrité des réponses marocaines quant aux « efforts » consentis par cet État pour assurer leurs droits aux Imazighen ».

Dans son rapport, Tamazgha a pour la première fois indiqué une évaluation réaliste des données démographiques au Maroc. « Aujourd'hui, on peu avancer le chiffre de 70% de la population marocaine qui soit berbérophone » indique Tamazgha. Nous sommes loin des chiffres de « 40 % » avancés jusqu'ici par les principaux intellectuels berbères eux-mêmes.

Le rapport de Tamazgha souligne « la politique anti-amazighe de l'État marocain » en l'illustrant, entre autre, par « l'interdiction de prénoms amazighs », « l'interdiction d'activités amazighes », « le refus d'enregistrement d'associations créées pour la promotion et le développement des langues et culture amazighes », et « la Constitution marocaine qui consacre l'arabe comme seule langue officielle du Maroc excluant ainsi de fait tamazight ».

Tamazgha n'a pas manqué également de mettre le doigt sur la Charte nationale pour l'éducation et la formation dont les mesures visant Tamazight sont qualifiées d'« instrumentalisation de la langue amazighe pour une meilleure arabisation ».

Dans son contre-rapport, Tamazgha a formulé un certain nombre de pistes pour que cessent les violations du Pacte par l'État marocain, la principale proposition, étant « la reconnaissance de Tamazight comme langue officielle par l'État marocain qui doit l'inscrire dans sa Constitution ».

Le comité remettra ses conclusions et ses observations le matin du vendredi 19 Mai. Contacté par nos soins, Masin Ferkal, président de l'ONG Tamazgha et présent à Genève a fait part du caractère dérangeant de son action de lobbying pour la délégation marocaine. « Les experts les ont bombardés de questions sur tamazight "à cause" de notre rapport ». affirme-t-il, ajoutant que « des menaces indirectes » et des mises en garde ont été formulées par les fonctionnaires marocains.

Début de la 5e session de l'Instance des Nations Unies sur les questions autochtones

La 5e session de l'Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, qui donne aux peuples autochtones - 370 millions de personnes réparties dans 70 pays - une plateforme pour exprimer leurs préoccupations, a débuté aujourd'hui à New York.

« Les Objectifs du millénaire pour le développement et les peuples autochtones : redéfinir les objectifs » est le thème choisi pour la 5e session de l'Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNPFII) qui se réunira du 15 au 26 mai au siège de l'ONU à New York, indique un communiqué publié vendredi.

Plus de 1 200 membres de communautés autochtones, représentants d'États Membres, d'Organisations non gouvernementales (ONG) poursuivront leur réflexion sur les stratégies à adopter à travers le prisme des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ajoute le communiqué.

« Le moment choisi pour cette réunion est très important, tout particulièrement parce que les gouvernements sont en train d'intensifier leurs efforts par rapport aux OMD. La prochaine session exigera que les peuples autochtones soient inclus dans tous les processus d'évaluation et de suivi relatifs aux progrès réalisés dans les OMD. La collecte de données nécessaires, condition préalable à une évaluation précise, pour comprendre en particulier la place des communautés autochtones dans ce processus, sera mise en relief lors de la réunion », a déclaré Elissavet Stamatopoulou, Chef du Secrétariat de l'Instance permanente, au Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies.

Adoptés par les Etats Membres en 2000, les ODM visent notamment à réduire de moitié la proportion de la population dans le monde dont le revenu est inférieur à un dollar par jour d'ici à 2015. Ils visent aussi à parvenir à l'enseignement primaire universel, à promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. Ils visent à réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans et à réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle et à stopper la propagation du VIH/sida.

S'ils sont de divers horizons géographiques et culturels, les peuples autochtones partagent les mêmes difficultés, rappelle le communiqué. « Manque de soins de santé de base, accès limité à l'éducation, perte du contrôle de leur terre, pauvreté accentuée, déplacements forcés, violations des droits de l'homme et marginalisation économique et sociale » sont les principales difficultés de ces populations.

L'Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones a été créée par le Conseil économique et social (ECOSOC) en juillet 2000 avec pour objectif de fournir des conseils sur les questions autochtones au système des Nations Unies et de sensibiliser l'opinion publique à ces questions.

L'Instance permanente comprend 16 experts indépendants qui y siègent à titre personnel.

Les efforts visant à mettre en évidence les questions autochtones à un niveau international et intergouvernemental ont commencé en 1923 lorsque le chef Haudenosaunee Deskaheh s'est rendu à Genève pour s'adresser à la Société des nations (SDN) et défendre le droit de son peuple à vivre sur sa terre et selon ses lois et sa foi.

Le chef maori Ratana fit le même voyage à Genève en 1924 pour plaider la cause de son peuple. Bien qu'ils n'aient pas été autorisés à prendre la parole devant la SDN, leur vision a nourri les générations suivantes, rappelle le communiqué.

La participation des représentants autochtones aux débats et aux programmes qui les touchent est une priorité de premier ordre pour l'Instance permanente.

Les pays les plus répressifs élus au nouveau Conseil des droits de l'homme

La crédibilité de L’ONU en question. L'Algérie, l'Arabie Saoudite, l'Azerbaïdjan, le Bangladesh, la Chine, Cuba, le Nigeria, le Pakistan, la Russie et la Tunisie ont été élus, mardi 9 mai 2006, au nouveau Conseil des droits de l'homme, composé de 47 membres.

« J'estime qu'il est très important que tous les Etats Membres aient pris des engagements en matière de droits de l'homme, qu'ils doivent respecter, et qu'ils aient accepté que leur action dans ce domaine soit examinée par les membres du Conseil des droits de l'homme » affirme le président de l’assemblée générale, Jan Biasson.

La création d'un Conseil des droits de l'homme, une décision « historique », selon Kofi Annan.

« Je félicite le président Eliasson et je le remercie pour sa patience et sa ténacité qui ont permis de mener à terme cette question sensible », a déclaré Kofi Annan, dans un message transmis aujourd'hui par son porte-parole, après le vote par les Etats Membres d'une résolution établissant un nouveau Conseil des droits de l'homme qui remplacera la Commission.

« Le texte préserve les forces de la Commission des droits de l'homme, comme le système spécial des procédures et la participation des organisations non gouvernementales (ONG), en même temps qu'il met en place des innovations pour répondre aux faiblesses de la Commission », a fait remarquer Kofi Annan.

« Les membres du Conseil devront s'engager à respecter les standards les plus élevés dans le domaine des droits de l'homme, à coopérer pleinement avec le Conseil et à subir eux-mêmes un examen au cours de leur mandat », a-t-il relevé.

« Le mécanisme de l'examen universel permettra au Conseil de forcer tous les Etats membres à respecter leurs obligations concernant les droits de l'homme, de manière juste et équitable, sans discernement ou 'double standard' », a insisté le Secrétaire général.

« Le véritable travail commence à présent. La crédibilité de ce Conseil dépendra en fin de compte de l'usage qu'en feront les Etats. Si, dans les semaines et les mois qui viennent, ils agissent selon les engagements pris dans la résolution, je suis confiant sur le fait que le Conseil apportera une nouveau souffle à la défense des droits de l'homme et, de ce fait, améliorera la vie de millions de personnes dans le monde », a-t-il conclu.

Les ONG réservés

Avec des réserves, Amnesty International a salué « un nouveau départ pour les droits de l'homme » alors que le directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth, évoquait « un pas dans la bonne direction ». Ileana Ros-Lehtinen, une élue américaine républicaine, membre de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, a, pour sa part, dénoncé « la farce » que constitue, à ses yeux, « la sélection irresponsable des membres du nouveau conseil ». « Des pays comme la Chine et la Russie sont tellement importants qu'il est préférable de les associer au processus », estimait, de son côté, un diplomate européen.

Violent requisitoire de Reporter Sans Frontiere

« Ces dix pays qui violent massivement les droits des journalistes et la liberté d'expression ont été choisis pour garantir la protection des droits de l'homme dans le monde: c'est scandaleux et laisse présager du pire », a déclaré Reporters sans frontières. « On prend les mêmes et on recommence. Rien n'a changé entre la composition de l'ancienne Commission - dont le travail a été unanimement dénoncé par les organisations non gouvernementales ainsi que par de nombreux Etats - et celle du nouveau Conseil. De plus, sept de ces dix pays ont été élus pour trois ans, soit la durée de mandat la plus longue prévue par le règlement du Conseil. Ce mandat est renouvelable une fois. Les réformes adoptées par les Nations unies ne se sont donc pas suffisantes. L'ONU ne garantira pas plus le respect des droits de l'homme dans le monde demain qu'elle ne le faisait hier ».

« Le système des quotas régionaux et le vote à la majorité simple ont permis que des pays parmi les plus répressifs de la planète soient élus parmi les membres du Conseil des droits de l'homme qui se réunira pour la première fois le 19 juin prochain. Quelle victoire pour eux! Et quelle défaite pour les Nations unies! Nous sommes profondément déçus, même si le résultat de l'élection n'est pas surprenant. Nous avions d'ailleurs exprimé notre inquiétude, la semaine dernière, concernant la candidature de certains pays », a ajouté l'organisation de défense de la liberté de la presse.

Tractations et marchandages

Les tractations et marchandages habituels lors de l'élection des membres de l'ancienne commission ont également fonctionné. Le Kenya, quatorzième pays candidat pour le groupe africain s'est désisté au dernier moment, entraînant automatiquement l'élection des autres postulants (treize pays pour treize sièges). Par ailleurs, 17 pays élus sur 47 sont membres de l'Organisation de la conférence islamique. « Les alliances et les solidarités régionales, culturelles et religieuses ont été déterminantes dans l'élection des membres du Conseil, bien plus que les engagements des candidats en faveur de la protection des droits de l'homme. Un dernier chiffre inquiétant: environ 90 % des exécutions capitales commises dans le monde en 2005, l'ont été dans un pays membre du Conseil », a conclu l'organisation.

« La Chine et Cuba sont les deux plus grandes prisons du monde pour les journalistes. En Arabie saoudite et en Tunisie, la censure est la règle et les journalistes qui oseraient franchir les lignes rouges imposées par les autorités s'exposent à de dures représailles. En Russie, le Kremlin a déjà mis la main sur les principaux moyens d'information du pays, à commencer par les chaînes de télévision. Au Bangladesh, au Nigeria et au Pakistan, les violences contre les professionnels de la presse sont quasi quotidiennes. En Algérie, des dizaines de journalistes risquent la prison à tout moment et le pouvoir multiplie les procès à l'encontre des médias les plus critiques. Enfin, en Azerbaïdjan, l'impunité demeure concernant la mort de deux journalistes en 2005 ».

La crédibilité de l’ONU en question

Le quotidien Le Monde, dans un un éditorial intitulé « Realpolitik à l'ONU », affirme que « cette élection va relancer la question de la crédibilité de ce nouvel organisme né de la réforme de l'ONU pour son soixantième anniversaire ».

« En mars, l'Assemblée générale avait approuvé la création d'un Conseil des droits de l'homme qui était supposé ne plus encourir les reproches adressés précédemment à la Commission des droits de l'homme. Cette commission avait fait l'objet de sévères critiques, notamment des Etats-Unis, en raison de la présence en son sein d'Etats au minimum peu regardants sur les droits de l'homme, comme la Libye, le Zimbabwe et le Soudan et, déjà, Cuba et la Chine ». Le gouvernement cubain accusait Washington d'avoir voulu « la convertir en un tribunal inquisiteur pour sanctionner les peuples du Sud », rappele le quotidien.

« La réforme avait conduit l'ONU à se montrer plus exigeante sur les conditions d'appartenance au nouveau Conseil. Ce dernier, qui tiendra sa première réunion le 19 juin, siégera plus fréquemment et plus longtemps. Les Etats membres, parmi lesquels figure la France, doivent s'engager solennellement à respecter les droits de l'homme. Ils se soumettent aussi à un examen régulier de leurs pratiques et peuvent être exclus en cas de manquements flagrants. Washington, qui trouvait la réforme trop laxiste - et voulait, comme le secrétaire général Kofi Annan, que les Etats membres soient élus à une majorité des deux tiers - s'y était opposé et ne siège pas, pour l'instant, dans ce conseil ».

Au sein du nouveau conseil, « le pire a été évité », assure un diplomate. Le Soudan, la Corée du Nord ou le Népal ont renoncé à se porter candidats et des pays à l'influence jugée négative, tels l'Iran ou le Venezuela, qui, sous la présidence d'Hugo Chavez, est devenu la cible de critiques des organisations non gouvernementales, n'ont pas obtenu les voix nécessaires pour emporter un des 47 sièges, répartis par quotas régionaux.

Pour être élu, chaque Etat devait rassembler au moins 96 voix sur les 191 pays que compte l'assemblée générale de l'ONU - un mode de scrutin plus exigeant que celui qui prévalait au sein de la commission. Les Etats ont fait campagne activement, faisant assaut de tracts et de prospectus électoraux distribués le jour du vote, agrémentés même, dans le cas de la Suisse, de chocolats.

11 mai 2006

Pluie de muftis sur Tizi-Ouzou ?


Info ou intox ? D’après un quotidien algérien, les autorités ont mis en place un véritable plan de « réislamisation de la Kabylie », lequel passerait notamment par des cycles de conférences données à Tizi-Ouzou par des théologiens musulmans célèbres dans le monde arabe.

Le quotidien arabophone Djazaïr News annonçait dans son édition du lundi 8 mai la prochaine visite du docteur Mohamad al-Said Ramadhan al-Bouti dans la ville de Tizi-Ouzou (principale agglomération de Kabylie), où il donnerait une conférence à la maison de la culture Mouloud Mammeri. M. al-Bouti est président de l’importante faculté de droit islamique (chariâa) de l’université de Damas, en Syrie. Il est considéré comme l’un des principaux penseurs islamiques contemporains d’obédience conservatrice. Il est notamment l’auteur d’ouvrages tels que Le jihad en islam, Introduction à la compréhension des racines, L’invocation dans le Coran et la Sunnah et La non conformité aux quatre doctrines : La plus dangereuse hérésie qui menace la Loi divine. Il fait partie de cette branche du courant fondamentaliste qui a choisi de travailler avec les gouvernements du monde arabe et de les utiliser pour propager ses idées, à l’inverse de ceux (tels Ali Belhadj en Algérie ou Oussama Ben Laden en Arabie Saoudite) ayant fait le pari de l’opposition frontale aux Etats. Ainsi, M. al-Bouti a-t-il toujours concilié sa doctrine fondée sur une interprétation très conservatrice de l’Islam sunnite avec un strict respect du pouvoir de la famille El Hassad (pourtant baasiste [1] et alaouite [2]).

D’après Djazaïr News, cette visite annoncée du théologien syrien (lequel est en Algérie pour participer à un seminaire à l’université Emir Abdelkader des sciences islamiques de Constantine) ne devrait rien au hasard. En effet, le quotidien rapporte qu’à la suite du succès de la visite du célèbre prêcheur fondamentaliste égypto-qatari al Qaradhawi (dont Mohamad al-Bouti est un proche) à Tizi-Ouzou le mois dernier, la maison de la culture Mouloud Mammeri, l’union nationale des Zaouïas et la direction régionale des affaires religieuses de la wilaya de Tizi-Ouzou ont fait le choix d’attirer dans la ville des Genêts le plus grand nombre possible de théologiens musulmans de renom. Inquiets des rumeurs de désaffection de certaines franges de la population kabyle pour la religion islamique et plus encore, des efforts de christianisation de cette population mis en œuvres par certaines églises évangélistes, ces trois organismes publics souhaitent, pour citer les termes exacts employés pas Djazaïr News, aller « dans le sens de son [la Kabylie, ndlr] extraction des griffes du christianisme à travers des campagnes animées par les plus illustres prêcheurs musulmans » [3] .

Ainsi un autre théologien conservateur, Safouet al-Hidjazi a également rendu visite à Tizi-Ouzou, profitant de l’occasion pour féliciter Abdelaziz Bouteflika d’avoir « légiféré contre le christianisme ». Abdelhalim Aouis, autre mufti, est également annoncé et devrait accompagner Mohamad al-Bouti.

Bref, si l’on doit croire Djazaïr News (dont les informations n’ont pas encore été reprises par la presse privée francophone), les autorités religieuses et culturelles dépendant de l’état algérien en Kabylie ont fait le pari d’une propagande islamiste soutenue dans la région, pour contrer une « christianisation de la Kabylie » qui semble pourtant relever davantage du fantasme que de la réalité.

Enfin, détail cocasse, il faut noter qu’une des institutions à la pointe de ce programme de « réislamisation de Tizi-Ouzou », la maison de la culture Mouloud Mammeri, est dirigée par M. El Hadi Ould Ali, ancien cadre du RCD, parti politique dont la laïcité est le cheval de bataille.



Les Chroniques du [CyberKabyle].

L’Etat marocain devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies


Le Maroc tente de donner l’image d’un pays conforme aux publicités visibles dans les magazines en papier glacé des agences de voyages, mais un rapport de l’organisation non gouvernementale Tamazgha dénonce un état intolérant, raciste et autoritaire.

Le comité des nations unies sur les droits économiques, sociaux et culturels se réunit cette semaine au « Palais des Nations », à Genève, afin d’examiner les mesures prises par le Maroc pour se mettre en conformité avec les standards internationaux relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels, consignés dans un « Pacte international ».

L’État marocain, en vertu des articles 16 et 17 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, auquel cet état a adhéré, est appelé (comme le font régulièrement tous les autres signataires) à soumettre, devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, son troisième périodique concernant la mise en œuvre du Pacte.

Dans son rapport, l’État marocain présente la « création de l’Institut royal pour la culture amazighe » (IRCAM) comme un exemple de « la volonté royale d’ancrer la démocratie dans les faits et les murs et d’instaurer l’État de droit ».

Concernant l’article 15 du pacte « Le droit de toute personne à la culture et aux bienfaits du progrès scientifique », le rapport de l’état marocain fourni certains éléments relatifs aux Imazighen. Tout d’abord le Maroc enfonce un porte ouverte en affirmant que « La culture amazighe occupe une place importante au Maroc, de par l’existence d’une réalité culturelle amazighe vivante et dynamique, faisant partie intégrante de l’activité culturelle nationale : diffusion de la musique, publication des romans et des journaux, de la poésie et des périodiques amazighs ». Lorsque l’on sait que la majorité des Marocains sont amazighophones cela revient à affirmer que « l’eau ça mouille et que le feu ça brule ».

Ensuite la rapport affirme que « la Charte nationale pour l’éducation et la formation avait prévu la création, auprès de certaines universités, de structures de recherche et de développement linguistiques et culturels amazighs, ainsi que de structures de formation des formateurs et de développement des programmes et curricula scolaires ».L’usage de l’imparfait dans cette phrase est à souligner. Le Maroc affirme bien qu’il : « avait prévu la création, auprès de certaines universités.. » mais rien n’indique ensuite dans le rapport si cela a été réalisé en totalité ou en partie et, dans le cas d’une réalisation partielle, dans quelles proportions cela a été réalisé. Aucune précision non plus n’est fournie sur les délais nécessaires pour finaliser la création « de structure de recherches ... »

Ensuite le rapport indique que « les autorités pédagogiques régionales pourront, dans le cadre de la proportion curriculaire laissée à leur initiative, choisir l’utilisation de la langue amazighe ou tout autre dialecte local ». Là encore c’est le flou car rien n’indique ce que signifie « dans le cadre de la proportion curriculaire ». Dans le même style le rapport marocain affirme que« en 2003, l’apprentissage de l’amazigh a été introduit en première année de l’enseignement primaire dans 300 écoles au niveau national, dans la perspective de sa généralisation progressive, en coordination entre le Ministère de l’éducation nationale et l’Institut royal pour la culture amazighe (IRCAM), créé par le Roi Mohammed VI le 17 octobre 2001 ». Toujours le flou et les faux fuyants. Que s’est il passé depuis 2003 ? Quel est le bilan chiffré de l’expérience ? Où en est cette « généralisation progressive » ?

A cette occasion, Tamazgha présente un rapport alternatif au rapport marocain intitulé « L’État marocain et la question amazighe » dans lequel l’ONG a relevé « les principales violations du Pacte par la monarchie marocaine » et « les contradictions et la médiocrité des réponses marocaines quant aux « efforts » consentis par cet État pour assurer leurs droits aux Imazighen ».

Dans son rapport, Tamazgha a pour la première fois indiqué une évaluation réaliste des données démographiques au Maroc. « Aujourd’hui, on peu avancer le chiffre de 70% de la population marocaine qui soit berbérophone » indique Tamazgha. Nous sommes loin des chiffres de « 40 % » avancés jusqu’ici par les principaux intellectuels berbères eux-mêmes.

Le rapport de Tamazgha souligne « la politique anti-amazighe de l’État marocain » en l’illustrant, entre autre, par « l’interdiction de prénoms amazighs », « l’interdiction d’activités amazighes », « le refus d’enregistrement d’associations créées pour la promotion et le développement des langues et culture amazighes », et « la Constitution marocaine qui consacre l’arabe comme seule langue officielle du Maroc excluant ainsi de fait tamazight ».

Tamazgha n’a pas manqué également de mettre le doigt sur la Charte nationale pour l’éducation et la formation dont les mesures visant Tamazight sont qualifiées d’« instrumentalisation de la langue amazighe pour une meilleure arabisation ». Dans son contre-rapport, Tamazgha a formulé un certain nombre de pistes pour que cessent les violations du Pacte par l’État marocain, la principale proposition, étant « la reconnaissance de Tamazight comme langue officielle par l’État marocain qui doit l’inscrire dans sa Constitution ».

Le comité remettra ses conclusions et ses observations le matin du vendredi 19 Mai. Contacté par KabyleS.com, Masin Ferkal, président de l’ONG Tamazgha et présent à Genève a fait part du caractère dérangeant de son action de lobbying pour la délégation marocaine. « Les experts les ont bombardés de questions sur tamazight "à cause" de notre rapport. » affirme-t-il, ajoutant que « des menaces indirectes » et des mises en garde ont été formulées par les fonctionnaires marocains.


Les Chroniques du [CyberKabyle].

08 mai 2006

L’arganier : un outil de développement local en danger


L’huile d’argan, l’ancestral produit berbère aux mille vertus alimentaires, nutritionnelles, cosmétiques et thérapeutiques, séduit aujourd’hui la planète entière. Mais l’arganier est en voie de disparition.

Le charme des femmes berbères est légendaire. Le secret : l’huile d’argan. Un précieux liquide obtenu en pressant l’amande du fruit de l’arganier. Cet arbre, menacé et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999, ne pousse que dans le sud du Maroc. La récolte de ses fruits est faite traditionnellement par les femmes, qui en extraient l’une des huiles les plus rares au monde.

L’huile d’argan a franchi les frontières du désert, puis de la Méditerranée, pour finalement conquérir le monde devenant en quelques années un produit miracle pour de nombreux professionnels qui lui trouve des usages multiples.

Pionnière, la société française Argania a commencé à distribuer l’huile sous sa forme alimentaire en France en 1997. La société commercialise une huile vierge d’Argan de « qualité gastronomique dont l’origine et la pureté sont garanties » au prix de 30,00 € la bouteille de 200 ml. Selon Argania « Une douzaine d’heures de travail et environ 100 kg de fruit frais sont nécessaires à la fabrication d’un seul litre de ce véritable or liquide. »

Masques et démaquillants à l’huile d’argan

Aujourd’hui le succès est mondial. Pourtant cette huile avait tous les préjugés contre elle : c’est un produit de femmes, de femmes berbères de surcroit. Une légende prétendait aussi que les habitants de l’arganeraie récupéraient les fruits dans les déjections de chèvres, friandes des feuilles de l épineux.

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Galenic
Une gamme de produit cosmetiques à base d’argan.

Dans le domaine des cosmétiques, laboratoire pharmaceutique Pierre Fabre a été le premier à exploiter à grande échelle les vertus du liquide ambré sous la marque Galénic. Aujourd’hui Galénic offre toute une gamme de produits Argane destinées à freiner la dégénérescence des tissus.

Apres Galénic, c’est toute l’industrie des cosmétiques qui s’est emparé de l’argan. Les femmes peuvent désormais entretenir leur jeunesse avec les masques, peelings et démaquillants de la société bordelaise AR 457, qui vend en ligne une gamme de produits, entre 38 et 69,50 e l’unité. Les magasins « Nature et Découvertes » proposent, eux aussi l’or liquide du désert, 100 % naturel, pour 15 € les 50 ml.

L’arganier est un véritable outil de développement local

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coopérative d’Ajddigue
Des dizaines de femmes et de familles vivent depuis 1998 grâce à la coopérative d’Ajddigue située dans le petit village de Tidzi à 25 km au sud d’Essaouira.

Si jusque ici le produit miracle n’a profité jusqu’ici qu’a quelques importateurs et industriels européens, les populations berbères commencent à s’organiser. L’arganier est ainsi devenu « Véritable outil de développement » selon Laurence D. auteur d’un remarquable reportage « Femmes berbères et arganier : une histoire d’amour » sur la coopérative d’Ajddigue située dans le petit village de Tidzi à 25 km au sud d’Essaouira.

« Des dizaines de femmes et de familles vivent depuis 1998 grâce à cette coopérative. Bien sûr, elle leur donne du travail et donc des revenus supplémentaires bienvenus mais elle leur offre aussi, durant le travail, l’école aux enfants. Les femmes ont également été alphabétisées ».

Toujours dans le même article on y apprend que « tout dans l’arganier est bénéfique. Il empêche la désertification, le "bois" de l’amandon sert à chauffer les familles, la pulpe est destinée à nourrir le bétail et l’huile, extraite à partir d’amandons grillés, a de grandes qualités pour la santé et gastronomiques. Cette huile "extra vierge", pressée à froid, d’une qualité exceptionnelle est régulièrement contrôlée par un laboratoire officiel ».

Il est même possible d’acheter les produits de cette coopérative en visitant leur site : http://www.argane-maroc.com/.

Menace de déforestation

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Désastre écologique
en moins d’un demi siècle, relèvent les spécialistes, la densité moyenne de l’arganeraie est passée de 100 arbres / Ha à 30 arbres / Ha, tandis que les superficies couvertes régressaient en moyenne de 600 Ha par an

Malheureusement, selon le quotidien le Matin, « en moins d’un demi siècle, relèvent les spécialistes, la densité moyenne de l’arganeraie est passée de 100 arbres / Ha à 30 arbres / Ha, tandis que les superficies couvertes régressaient en moyenne de 600 Ha par an. Cette situation n’a pas seulement des conséquences négatives sur l’écosystème mais a aussi de graves répercussions sur l’économie de la région ».

En cause l’abattage sauvage et le surpâturage mais pas seulement. Ainsi selon le quotidien marocain Al Bayane la localité de Taroudant serait dans une situation catastrophique fait état de « l¹abattage de centaines d¹arbres d¹arganiers étendus sur les centaines d¹hectares », en ajoutant que « cela appauvrira davantage les citoyens » et que cela « fragilise le tissu culturel, économique et social, accentue davantage les crises et grossit les rangs des immigrants ».

Le quotidien souligne la passivité « des élus locaux et autorités locales qui restent les bras croisés devant cette transgression dans la protection des biens communs ». L’arganier est « le dernier rempart contre la désertification de la région de la plaine de Souss. Il est également la première source de vie des habitants des douars de toute la région ».

En cause les populations berbères seraient spoliées de leurs terres par « de puissantes fortunes nationales », que « ces terres sont acquises presque gratuitement » en usant de « pressions diverses ». « œuvrent par tous les moyens légaux et illégaux, pour pratiquer une agriculture qui épuise excessivement l¹eau des nappes, utilise toutes sortes de pesticides ».

Pour avoir tenté de défendre leur droit, de dizaines de jeunes de la localité de Tamsoult sont traduits devant la justice. Ils sont inculpés pour différents chefs d¹accusation tel que « humiliation de fonctionnaire en plein service », « destruction de biens d¹autrui »

Pour plus de détails sur les problèmes des familles et des habitants de la localité de Tamsoult, adressez-vous à ces deux détenues dont les numéros de téléphone sont les suivants- car ils ont besoin de soutien et d’aide :

Hassan Ayt Hmad : 062.81.46.09.

Ayt Aliouat Mohamed : 070.37.36.09.



Les Chroniques du [CyberKabyle].

03 mai 2006

Algérie : diplomatie française en question, presse franco-algérienne en carton


En avril 1827 c’est par un coup d’éventail que le Dey d’Alger avait humilié la diplomatie française. En avril 2006, lors de la visite du Ministre des Affaires étrangères de la République française, progrès oblige, ce n’est même plus un coup d’éventail, c’est carrément un coup de climatiseur CONDOR™.

Si la presse algérienne ne s’est guère montrée courageuse, plutôt carrément obséquieuse , dans la couverture médiatique des deux hospitalisations successives de Bouteflika, on ne peut que rester amer sur l’attitude de la presse française : aucune analyse de fond. Aucune critique vis à vis de la diplomatie française. En 2003, lors de la visite d’état de Jacques Chirac, le Monde, le Nouvel Observateur et consorts ont préféré faire des « reportages » sur un barbu islamiste vendeur de strings dans les rues d’Alger... Il est vrai que ce dernier proposait un grand choix de coloris, mais tout de même !

Plus un mot ou si peu sur les pogroms gendarmesques en Kabylie. Certains diront que les vies de quelques centaines de Kabyles ne valent rien en comparaison des intérêts supérieurs de la France. Ok. Mais au minimum, la presse française aurait pu s’interroger sur l’efficacité de la stratégie diplomatique de Chirac et du Quai d ’Orsay.

La presse française aurait pu tout d’abord rappeler que la Russie et la Chine ont resserré leurs liens avec l’Algérie.

La presse française aurait pu ensuite insister sur le fait que la Russie vient d’effacer la dette algérienne datant de l’ère soviétique en échange d’un méga contrat d’armement d’une valeur de 7,5 milliards de dollars et d’une sécurisation de la coopération énergétique (Russia, Algeria to Strike $4Bln Arms Sale Deal).

Ensuite, la presse française aurait pu indiquer qu’en mars dernier, le président russe Vladimir Poutine a effectué une visite historique à Alger, la première d’un président russe en 50 ans. Qu’il il était accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaire, dont Alexei Miller, le président de la gigantesque compagnie gazière et pétrolière russe, Gazprom. Certains parlent même de la constitution d’un cartel du gaz (Russie et Algérie sont les deux fournisseurs privilégiés de l’Union Européenne en gaz).

La presse française aurait pu souligner que la Chine est, elle, impliquée dans quantité de projets d’infrastructures et de production d’énergie (d’après Asian Tribune, certaines compagnies étatiques pétrolières chinoises détiennent des licences d’exploration en Algérie, alors que la China State Construction Engineering Corporation engrange des milliards de dollars de contrats de BTP dans toute l’Algérie et qu’on murmure que la China National Nuclear Corporation aurait vendu un « réacteur lourd de recherche » à l’Algérie).

La presse française aurait dû zoomer sur les appels de pied des Etat-Unis, représentés par les visites du directeur du FBI Robert S. Mueller et du vice commandant des forces américaines en Europe, le Général Charles F. Wald. Le secrétaire d’Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld, a lui aussi effectué une visite dans ce pays en février.

Car au delà des mots doux de Bouteflika et de son factotum-ministre Bedjaoui, c’est un véritable camouflet que vient de subir la diplomatie française. En avril 1827 c’est par un coup d’éventail que le Dey d’Alger avait humilié la diplomatie française. En avril 2006, lors de la visite du Ministre des Affaires étrangères de la République française, progrès oblige, ce n’est même plus un coup d’éventail, c’est carrément un coup de climatiseur CONDOR™.

La diplomatie française gagnerait à se montrer moins mielleuse, avec les régimes autoritaires, et plus virile. Mais il est vrai que pour Douste-Blazy c’est un peu forcer sa nature que de se montrer viril.

L’alibi nationaliste

Comme prévu dans la précédente chronique, « Bouteflika au Val de Grâce II : le retour du mort-vivant », les « éditorialistes » de la presse-la-plus-libre-du-monde-arabe se sont « scandalisé » de la « campagne haineuse » contre l’Algérie et son président bien-aimé.

Ainsi, dès samedi, El Watan estime qu’« il est évident que Jean-Marie Le Pen et autres nostalgiques de l’Algérie française ne ratent pas une si belle occasion pour tenir des propos racistes et extrêmement exécrables à l’encontre de l’Algérie ».

« C’est avec une affligeante délectation que les dealers d’opinion français ont emboîté le pas haineux de Le Pen pour dénicher une contradiction entre la déclaration de Bouteflika sur le génocide colonial et sa visite médicale au Val-de-Grâce », a écrit, de son côté, La Dépêche de Kabylie.

On peut d’ailleurs s’interroger sur le sens de l’expression « dealers d’opinion ». S’agit-il d’une curieuse tentative d’humour et d’ironie de la part du quotidien pro-Bouteflika des frères Benyounes ? Connaissant le faible niveau général des articles de ce journal, il ne faut probablement y voir qu’une énième coquille, le journaliste cherchant laborieusement à dénoncer les « leaders d’opinion » français. Si ce journal ne s’appelait pas la Dépêche de Kabylie on pourrait appeler cela du « travail d’arabe ».

Pour La Tribune, « le tintamarre médiatique français (...) signale bien la courte vue ambiante dès qu’il s’agit de l’Algérie et surtout le caractère, somme toute bien partagé, d’une cécité française profondément actuelle, quant au passé colonial de la France ».

Mon préféré reste cependant l’article de la Nouvelle république intitulé « Campagne contre l’Algérie : Malveillance et mauvaise presse » signé d’un certain Mussa A. Chevalier-servant tout entier voué à la protection de l’honneur présidentiel algéro-bouteflikien, notre ami Mussa se déchaine contre les « commentateurs français (...) enhardis pour tenter d’humilier le chef d’état algérien en faisant ainsi montre d’une inhospitalité peu cavalière qui ramène le débat à des questions de susceptibilités tout aussi ringardes que dangereuses ». Et il conclut, impérial, que « tous ces sarcasmes viennent en fait amplifier une déclaration officielle et inélégante du ministre français des affaires étrangères » ...

« L’obséquiosité de la presse algérienne » n’a guère diminué depuis la première visite du président Bouteflika au Val de Grâce pour de simples « analyses complémentaires ».

La communication présidentielle en question

Cependant, il faut reconnaître qu’au milieu de ces jappements outrés, j’ai été agréablement surpris de lire ici ou là un début de critique de la « stratégie de communication » de l’événement par la présidence.

Ainsi « les autorités algériennes, pourtant largement échaudées sur le sujet, auront été, une fois de plus, prises à défaut en matière de communication qui ont ouvert droit à toutes sortes de spéculations sur un séjour dont le caractère inopiné pouvait alimenter, à tout le moins, les inquiétudes de l’opinion algérienne » estime Chaffik Belhacene de la Tribune. L’éditorialiste ajoute qu’ « on peut se demander si ce qui, en de toutes autres occasions, relèverait d’un peu acceptable laisser-aller, ne confère pas à la faute politique ».

Dimanche dernier, s’est au tour d’Azzedine Chabane, de l’Expression, d’affirmer que « les leçons n’ont pas été tirées (...) de la précédente hospitalisation du président ». « Il a fallu que ce soit le chef de file de l’extrême droite française qui annonce l’arrivée à Paris du président (...) Abdelaziz Bouteflika pour que la rue algérienne soit informée, à son tour, des nouvelles péripéties de la santé du chef de l’Etat ». Plus lucide ou plus courageux que la plupart de ses confrères de la presse aux ordres (dont l’Expression est pourtant un bel exemple) A.Chabne accuse : « la communication est devenue pratiquement un sujet tabou ». Il ose même dénoncer « l’indigence de la communication pratiquée par les dirigeants du pays ». Puis il s’interroge : « Pourquoi ces médecins sont-ils demeurés silencieux, depuis ? », « Est-il à ce point attentatoire au secret médical et/ou au secret d’Etat de donner au peuple algérien quelque information, aussi laconique soit-elle, sur un sujet certes sensible mais dont il est, au premier chef, concerné ? », « Incompétence ? », « Réserve et précaution surfaite ? », « Cécité mentale ? » Tout cela vant de conclure, impitoyable que « lorsqu’on pratique avec un tel art la rétention de l’information, on alimente la communication informelle, riche de fausses nouvelles ».

Evidement, Azzedine Chabane est au courant qu’il travaille pour un journal-paillasson du pouvoir et, ne se sentant pas l’âme d’un Dilem ou d’un Hakim Lâalam, il agrémente cette brillante analyse d’onomatopées nationalistes en carton, se lamentant de « la longue et douloureuse période d’hospitalisation » de Boutef, se désolant que « les ennemis de notre pays se déchaînent sur le sujet », « un matraquage éhonté » et qu’il propagent des « rumeurs le plus souvent malveillantes » cela relevant bien évidemment d’ « une manipulation (...) qui tente d’intoxiquer les esprits et de semer le trouble », orchestrée par « des apprentis-sorciers de l’intox et de la rumeur », lesquels rapportent les « propos fielleux de députés de droite et de représentants de l’extrême droite ». Mais cette tirade délirante est normale, il s’agit de la touche stylistique, du lèche-bottisme, qui fait tout le charme du quotidien l ’Expression.

Critique du président

Dans un autre genre, l’article le plus virulent provient de la rubrique analyse du très baasiste Quotidien d’Oran. L’article intitulé « La fierté nationale écornée » affirme en effet que « les Algériens n’ont guère apprécié que [Bouteflika] ait eu recours à l’assistance médicale de l’ex-puissance coloniale » et qu’ils voient « leur fierté patriotique écornée » par l’hospitalisation parisienne du moustachu en chef. « Les Algériens n’admettent pas que leur Président se soit rendu à nouveau à Paris, donnant ainsi aux nostalgiques de l’Algérie française l’occasion de déverser leur fiel venimeux sur le pays et sur sa personne » nous apprend le Quotidien. Et il enfonce le clou : « les Algériens n’y ont pas adhéré au motif qu’ils ne comprennent pas que Bouteflika (...) sollicite à nouveau le corps médical de ce pays pour un simple contrôle ». Des fois que vous ayez mal compris, je vous ressers une petite dernière crise d’humiliation oranaise, pour la route : « L’affaire est incontestablement trop humiliante pour la fierté nationale, pour la médecine algérienne ».

Le journaliste, décidément bien remonté, se laisse même aller à des critiques sur Bouteflika. Oui vous avez bien lu, j’ai dit des critiques envers Bouteflika et je peux le prouver : il déplore le « côté imprévisible et provocateur [du] Président », et va jusqu’à asséner que « le Président, qui se revendique d’un nationalisme ombrageux et de la certitude d’être en osmose avec son peuple, a commis une erreur inexplicable et injustifiable ». Peut-être maniaco-dépressif, le journaliste du Quotidien d’Oran retombe immédiatement dans les affres de sa fierté nationale blessée et affirme, en se versant des cendres sur la tête, que « le faux pas commis par Bouteflika a été exploité en France d’une façon on ne peut plus insultante pour lui et l’Algérie ». Finalement l’article se conclut par une comparaison avec le mentor de Bouteflika, c’est-à-dire Boumediene (un moustachu d’une autre carrure), rappelant qu’ « en froid avec la France officielle, il avait tout simplement estimé en toute dignité qu’il n’avait pas à faire appel à sa médecine ».

Le plus surprenant dans tout cela est que la critique la plus virulente provienne des Oranais, habituellement regardés avec condescendance par les Kabyles à cause des chanteurs de raï et des « cabarets » qui côtoient les minarets de la ville d’Oran. Et pan sur le nif kabyle !

Enfin, Hakim Lâalam, le chroniqueur du Soir d’Algérie, croque l’événement avec son ironie coutumière. Le dernier mot lui revient : « Des visites de contrôle prévues de longue date, il va y en avoir encore un certain nombre à l’avenir » alors il vaut mieux « que l’on nous en communique dès maintenant les dates, pour que l’on n’ait pas l’air idiot à apprendre de la bouche de Jean-Marie El Para la présence de Bouteflika à Paris ».

La Chronique du [CyberKabyle].

21 avril 2006

Bouteflika au Val de Grâce II : le retour du mort-vivant


La version officielle de l’hospitalisation à Paris d’Abdelaziz Bouteflika - un « suivi médical de routine » - suscite de nombreuses réactions au sein de la presse française ainsi que la classe politique.

En décembre 1995, lors de la précédentes hospitalisation du président algérien, le traitement journalistique de l’évènement par la presse algérienne a été relaté dans l’article intitulé « l’obséquiosité de la presse algérienne ». Cette nouvelle « visite de courtoisie » de Bouteflika sera l’occasion pour nous de faire un tour d’horizon de la presse française.

Brusque aggravation de l’état de santé de Boutéflika

Tout comme lors de « l’affaire Khalifa », le quotidien régional le Parisien, le journal préféré des turfistes et d’Omar Charif, se trouve à la pointe de la couverture de l’événement. « On ne doit pas nous prendre pour des naïfs », affirme Bernard Debré, député UMP de Paris et chef du service urologie de l’hôpital Cochin dans les colonnes du journal. « Ce qu’on nous annonce ne cadre pas avec ce qui se passe aujourd’hui », explique-t-il. « Quand un ulcère hémorragique a été traité puis guéri, il s’agit d’effectuer un simple contrôle fibroscopique, qui peut être fait dans n’importe quel hôpital Algérien. On peut se demander pourquoi Bouteflika vient à Paris pour un contrôle aussi simple ».

La rareté des informations sur l’état de santé du président Algérien lors de son hospitalisation à Paris fin novembre avait alimenté toutes sortes de rumeurs style X-Files, Le premier ministre Ouyahia tenant le rôle du mystérieux fumeur de cigarettes et Belkhadem celui d’un Alien tout droit échappé d’un film de série Z.

On l’a vu depuis dans plusieurs grands rendez-vous internationaux, comme le naufrage du sommet de la ligue arabe à Khartoum et lors de la visite d’un autre Alien, le président russe Vladimir Poutine. Lors de l’un de ces déplacements, à Constantine, il a de nouveau soigné son image anti-francaise mise à mal par son hospitalisation au val de Grâce et sa convalescence à l’hôtel Meurice. Les braves Algériens auraient pu croire que le président « bien-aimé » servaient d’autres intérêt que le leur. Il a donc accusé la France de « génocide de l’identité algérienne » pendant les 130 années de colonisation, en omettant avidement sa politique d’arabisation et de répression policière et économique que subit au quotidien le peuple Kabyle.

Pour les journaux français, cette « sortie » virulente prouve que l’hospitalisation d’Abdelaziz Bouteflika n’était pas prévue de longue date mais qu’elle est due à une brusque aggravation de son état de santé.

« On le voit mal en effet s’en prendre aussi violemment à la France cinq jours avant de venir y effectuer un contrôle médical au risque d’être moqué par des Algériens incrédules face à une telle contradiction », écrit Libération. « les sources crédibles s’accordaient sur un diagnostic : cancer de l’estomac », toujours selon libération.

Selon Le Figaro, cette nouvelle hospitalisation serait la troisième depuis l’intervention chirurgicale de l’hiver dernier.

Ces « fréquentes visites accréditent la thèse d’une maladie beaucoup plus grave qu’un simple ulcère, un cancer de l’estomac », estime Le Parisien.

Par contre il est à noter le « silence assourdissant » du quotidien Le Monde sur cette affaire. Il est vrai que la rédaction de ce journal ne s’est jamais donné la peine de répondre aux accusations « publi-reportage » favorable aux dirigeants Algériens portées par le quotidien Algérien La liberté. Mais ça doit être réellement épatant de diriger un journal, subventionné par l’État français, par l’État algérien, de vendre son journal très cher avec plein de pages de pub dedans. Accessoirement ça fournit un job à Colombani Junior.

Langue de bois des autorités françaises.

Contrôle « postopératoire » et visite prévue de « longue date », affirme Alger. « Suivi médical prévu de longue date », renchérit Paris à l’unisson. Du Quai d’Orsay au ministère de la Défense en passant par une « source médicale » (non identifiée), la messe est dite : le président Algérien, 69 ans, est en France pour simple « consultation ». Le Val-de-Grâce fait mieux encore, affirmant hier « n’être pas au courant ». Seul Jean-François Bureau, porte-parole du ministère de la Défense, a laissé deviner la sensibilité du dossier en affirmant : « Nous laissons à l’ambassade d’Algérie le soin d’apporter des précisions ».

Cette langue de bois des autorités françaises (voir aussi « Chirac-Bouteflika : Et soudain un nain connu vous offre des fleurs ») a permit en définitive laisser le champ libre à la classe politique de monter au créneau et c’est Jean-Marie Lepen qui tire le premier sur les ondes de RMC. Le leader du Front national a exprimé sa colère de voir le responsable algérien soigné en France, rappelant les récentes déclarations d’Abdelaziz Bouteflika qui a dénoncé un « génocide de l’identité » algérienne lors de la colonisation française. « Je trouve scandaleux que monsieur Bouteflika se permette de dire cela publiquement et le lendemain d’être chez nous pour se faire soigner. Je ne comprends pas [qu’il] vienne se faire soigner chez les abominables colonialistes que nous sommes », a-t-il affirmé.

Deux députés de l’UMP, Nicolas Dupont-Aignan et Lionnel Lucas, ont jugé « indécent » le séjour en France du chef de l’Etat algérien. Philippe de Villiers s’est joint à ce concert en stigmatisant la « lâcheté » du gouvernement français qui s’est « refusé à commenter » la relance de la polémique sur la colonisation par Abdelaziz Bouteflika.

Contexte diplomatique tendu.

La presse française a bien souligne le contexte diplomatique tendu entre les deux pays.

Ainsi d’après Libération, « la visite à Alger du chef de la diplomatie française aura servi à une chose : montrer que le traité d’amitié avec Paris, prévu en principe « avant fin 2005 », n’était plus d’actualité pour Abdelaziz Bouteflika ».

Selon le Figaro, ces « examens médicaux » interviennent dans « une nouvelle période de tension diplomatique entre Alger et Paris ». Il est vrai que lundi dernier, à Constantine, le président algérien avait frappé fort contre la France. « La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions... Nous ne savons plus si nous sommes des Amazighs (Berbères), des Arabes, des Européens ou des Français ».

Au fait si je ne vous ai pas parlé de la presse Algérienne c’est que le week- end là-bas se déroule le Jeudi et le Vendredi. Mais j’attends avec impatience les éditorialistes qui seront sans doute « scandalisés » par l’attitude de la presse étrangère et de « l’inquiétude » que cela va susciter chez le brave Algérien de base, et va nous dévoiler, sur le ton de la confidence, que l’Algérie est victime d’un nouveau complot international des super puissances impérialo-coloniales, et que les Algériens aiment très fort leur bisounours de président ...



La Chronique du [CyberKabyle].

19 avril 2006

Chirac-Bouteflika : Et soudain un nain connu vous offre des fleurs

Vous vous souvenez peut-être, il y a plusieurs années, de cette publicité télévisée : c’était pour un parfum. Une femme s’asperge copieusement de parfum, et durant une de ses promenade, elle croise un homme qui soudain, sous l’influence supposé du parfum, est victime d’un coup de foudre , court rechercher un fleuriste, achète un bouquet et part a la recherche de la femme, avec à la fin le slogan « Et soudain un inconnu vous offre des fleurs ».

J’y ai repensé l’autre jour en revoyant Douste-Blazy ministre des affaires étrangères revenir tête basse de sa visite en Algérie. J’avais encore en mémoire ces images de la visite de Chirac en Algérie en mars 2003. Celui-ci n’avait pas hésité à enjamber une montagne de cadavres kabyles pour rendre service à son « ami » Bouteflika pour une « visite d’Etat ». Cette visite avait l’allure de « Tintin au Congo », avec ses manifestations populaires « spontanées », ses rues bardées de drapeaux français et ses quidams en quête d’un visa. Si cette visite avait lieu aujourd’hui j’aurais intitulé cet édito "Et soudain un nain connu vous offre des fleurs". D’ailleurs c’est ce que j’ai fait...

Pour rendre service à son ami Bouteflika, Chirac n’a pas ménagé ses efforts depuis lors : retour de la desserte de l’Algérie par Air France, « Année de l’Algérie en France » ( avec l’argent du contribuable français, d’origine kabyle y compris), soins médicaux gratuits pour de "petits" problèmes d’estomac ( avec l’argent du contribuable français, d’origine kabyle y compris). Le stand algérien au salon du livre payé par le contribuable français, kabyle y compris. Décidément rien n’est trop beau pour Bouteflika.

Après 3 ans de danse du ventre obséquieuse que reste il de tout ça ? Si peu si l’on en croit la presse algérienne. Ainsi Mounir Boudjema (Liberté, 15 avril 2006) dans un éditorial intitulé « Pré-carré ? » affirme que « Le huis clos avec la France est terminé » en reprenant les mots du ministre algérien des affaires étrangères : « les États-Unis d’Amérique ont plus de poids que la France en Algérie ». Le journaliste qualifie cette sortie de « redistribution de cartes sans précaution langagière ou sémantique qui traduit parfaitement l’état d’esprit des dirigeants algériens, Bouteflika en tête ».

L’éditorialiste conclut que « si Bouteflika a autorisé Bedjaoui à porter ce coup terrible à “l’arrogance” française au Maghreb, en particulier en Algérie, c’est que le président algérien sait que les rapports de force, aussi bien internes d’externes, sont en sa faveur et vont le demeurer ».

Ce point de vue est partagé par El Watan, sans les fioritures des (pseudos) "analyses" du Monde, le "quotidien français de référence". El Watan parle de « l’échec du ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy ». Le quotidien présente les choses sous l’angle de la rivalité franco-américaine en rapportant que « Condoleezza Rice exhibe devant les caméras l’autre traité d’amitié paraphé voilà plus de deux siècles (1795) entre la régence turque d’Alger et les autorités américaines », rappel qualifié de « pied de nez à la France » (El Watan, 15 avril 2006).

L’éditorialiste ajoute que « l’Algérie, financièrement à l’aise, voudrait se payer une cure d’opposition à la France chez l’Oncle Sam » avant de souligner que cette initiative provient de Bouteflika lui même : « La volonté de l’Algérie de s’émanciper diplomatiquement de la mainmise française constitue la pierre angulaire de la politique étrangère de Bouteflika, qui privilégie désormais l’approche pragmatique à celle historique ».

Enfin, pour conclure ce tour d’horizon de la presse algérienne, le talentueux chroniqueur Mustapha Hammouche (Liberté, dimanche 16 Avril 2006) pose franchement la question : « À quand le traité d’amitié algéro-américain ? » Il s’amuse malgré tout du discours schizophrène des autorités algériennes en rappelant qu’« On ne sait pas où placer dans cette camaraderie le reproche qu’on leur fait d’occuper le pays frère d’Irak et d’écraser nos frères palestiniens par leur appui illimité à l’état d’Israël ».

Ensuite Mustapha Hammouche, un des plus fins analystes de la scène politique, s’interroge : « Où se situe alors le fruit de la visite de Bedjaoui à Washington ? », en apportant un élément de réponse. Il a « demandé qu’on fasse un plus grand effort, côté américain, pour que les opérateurs économiques, les industriels, les investisseurs s’intéressent à d’autres secteurs que ceux des hydrocarbures et de l’énergie ». D’où sa conclusion que devant « l’absence de résultats internes, l’activité diplomatique semble servir de thème du discours populiste ».

Le journaliste conclut finalement sur un ton doux-amer que « quand il s’agit de se glorifier et de susciter notre reconnaissance pour la place retrouvée dans “le concert des nations”, le pouvoir fait un évènement politique d’une consultation ordinaire ; et quand il s’agit d’échecs diplomatiques, il exacerbe notre ressentiment envers le partenaire défaillant ».

Finalement le bilan de Chirac sur le dossier algérien est l’image de son mandat : le néant absolu ! Comme avec la Chine, la politique du tapis rouge et le léchage de bottes est bien peu efficace diplomatiquement : cela n’inspire que mépris pour celui qui en use.



La Chronique du [CyberKabyle].

01 avril 2006

Tizi-Ouzou : le mufti superstar

Le Dr Yusuf al-Qardawi, célèbre penseur musulman, « mondialement connu » selon le quotidien Le Jeune Indépendant, était jeudi 30 mars 2006 en visite dans la capitale du Djurdjura, Tizi Ouzou, en compagnie de sa femme, à l’invitation du directeur des affaires religieuses de la wilaya (département).

Affluence.

Toujours selon le même journal « rarement une aussi grande foule a été constatée à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri, qui ne suffisait pas à contenir une telle affluence ». Cette information est corroborée par le journaliste A. Tahraoui du quotidien Liberté qui indique qu’ « Il fallait jouer des coudes pour accéder à la maison de la culture Mouloud-Mammeri où se déroulait, jeudi dernier, la conférence » et que « pour permettre à ceux qui n’ont pu y accéder, faute de places, de suivre l’intervention du mufti égyptien, des mégaphones ont été installés à l’extérieur. » Mais ce journal souligne bien qu’« une heure avant le début de la causerie, la salle était déjà submergée par une foule compacte venue même des wilayas limitrophes » ce qui jette un doute sur le réel « intérêt que cet événement a pu susciter chez la population de Tizi-ouzou ».

L’ombre de Bouteflika.

D’autres éléments renforcent cette impression d’orchestration comme l’« escorte de gardes du corps de la présidence de la République » ainsi que la « tribune fleurie où trônaient également l’emblème national et le portrait du président Bouteflika ». De plus lorsque Yusuf al-Qardawi clame bien haut que « La Kabylie est la terre d’Islam. Elle ne peut se dissocier de l’islam comme l’islam ne peut se dissocier d’elle », cela sonne comme l’écho du discours de Bouteflika, dans cette même ville il y a quelques mois : « La Kabylie n’est rien sans l’Algérie comme l’Algérie n’est rien sans la Kabylie ».

Apologie du peuple Kabyle.

Le théologien se livre ensuite à un exercice de flatterie en commençant son discours par des « salaams agrémentés d’un azul fellawen » et en indiquant son « enthousiasme de venir en Kabylie, la terre des Amazighs, les hommes libres, qui ont embrassé l’Islam dès le premier jour. La wilaya de Tizi Ouzou a toujours été la région du Coran, des zaouïas, de la science, du soufisme et du djihad ». Il rappellera aussi l’épopée de Tarek Ibn Ziad, le conquérant de l’Andalousie, de cheikh Ahadad, de l’Émir Abdelkader, d’El-Mokrani, de l’héroïne Lala Fathma n’Soummer, femme remarquable par son courage face aux généraux français, et du colonel Amirouche qu’il cite nommément et dont l’anniversaire de la mort au combat correspond au jour de l’animation de cette conférence.

Eloge de Tamazight.

Selon le Jeune Indépendant, le « penseur » a précisé, ensuite, que la langue amazighe ne doit en aucun cas constituer un obstacle entre l’homme et sa religion. « L’islam n’ignore pas les langues des hommes... il est venu unir l’humanité. L’arabe est la langue que Dieu a choisie pour nous proposer Sa miséricorde. C’est la langue de l’islam, mais elle ne s’impose à aucun peuple. Tout au long des siècles, nous avons entendu parler d’hommes de différentes races qui se sont convertis à l’islam. La langue n’a jamais constitué une forme d’empêchement ».

Eloge de Bouteflika

Il a estimé, par ailleurs, que « le président algérien Abdelaziz Bouteflika a raison de réglementer l’exercice du culte » en faisant allusion à la nouvelle réglementation fixant les règles et conditions de l’exercice des cultes autre que musulmans qui se développent dans « certaines régions du pays ».

« Je soutiens mon frère Bouteflika dans sa démarche qui vise à unir les rangs du peuple algérien, longtemps déchiré par la fitna ( discorde ). C’est ainsi que les fondements de la nation seront maintenus. Cette démarche constitue un exemple à suivre dans les autres parties du monde musulman. »

Qatar vs Kabylie : Choc des civilisations (I)

Sur un autre plan, Yusuf al-Qardawi se dit « ahuri » par la manière dont sont vêtues les filles dans les rues de la ville de Tizi Ouzou, tout comme il s’étonne du fait que toutes les affiches et enseignes des magasins soient écrites en français, alors que, selon lui, le peuple kabyle est plus proche de l’arabe que de la langue de Molière. « Ce sont les retombées de la colonisation. Tout musulman jaloux de sa religion ne doit pas tolérer ces tenues qui portent atteinte à notre société. Il faut sauvegarder les constantes de notre peuple qui sont fondées sur l’Islam avant tout ». « Ceux qui tentent vainement l’évangélisation de cette région se trompent de société. La Kabylie ne vendra pas sa religion qui est l’Islam », clame-t-il. « Les Kabyles sont des gens qui se sont toujours battus pour l’honneur, pour leur pays et pour leurs principes. Aujourd’hui, les tentatives visant à les séparer de leur enracinement islamique se multiplient. Mais je peux vous assurer que toutes ces tentatives resteront vaines. Toutes ces zaouïas qui activent au niveau de la région et tous ces musulmans présents devant moi démontrent parfaitement que personne ne pourra vous déraciner. » « Le colonialisme est venu après votre conversion à l’Islam, mais aussi après l’affaiblissement de notre civilisation. Je crois qu’il n’a apporté que du mal à la communauté musulmane. C’est pour ces raisons que nous devons combattre ces invasions, pour préserver notre grande nation. » Yusuf Al Qardawi a poursuivi en évoquant la mobilisation des musulmans contre les caricatures attentatoires au Prophète, qui avaient été publiées au Danemark.

Islam vs Occident : Choc des civilisations (II)

« Dieu comptabilisera certainement ce bon geste et cette bonne réaction de tous les musulmans dans le monde. Mais ces réactions restent insuffisantes, dans la mesure où l’on continue de consommer des produits venant de ces ennemis de l’islam. On consomme encore leurs produits et on s’habille avec leurs vêtements, alors qu’on doit, par principe, tout boycotter. » L’hôte de la Kabylie a clamé haut et fort que les musulmans doivent obligatoirement unir leurs forces et sortir de leur long sommeil, pour pouvoir entrer dans le nouveau monde de la technologie.

« Nous devons combattre cette mondialisation en unissant nos forces, en faisant face à ces invasions chrétiennes et juives. Notre nation doit se relever. Nous n’avons plus le choix et nous pouvons réussir », assura-t-il. C’est dans ce contexte que le cheikh a déclaré son soutien au processus pour la paix et la réconciliation nationale mis en œuvre par le président Abdelaziz Bouteflika.

Avant de quitter la ville de Tizi Ouzou, les imams des zaouïas ont offert au cheikh Yusuf Al Qardawi, en guise de souvenir, un burnous berbère.

Le mufti et l’archevêque : Choc des civilisations (III)

Les journaux ne disent pas si le théologien égyptien a croisé dans la ville des Genêts l’archevêque d’Alger, Mgr Teissier. Hasard du calendrier, ce dernier se trouvait également jeudi à Tizi-Ouzou. En effet, d’après Le Soir d’Algérie, « C’est en présence de l’ambassadeur de France, de Mgr Tessier, archevêque d’Alger, du maire de Tizi-ouzou, du recteur de l’université de Tizi-Ouzou ainsi que des membres de la communauté catholique et de nombreux invités qu’a été inauguré avant- hier jeudi, la bibliothèque de la mission des Pères Blancs de Tizi-ouzou »(...)« l’archevêque d’Alger a mis en garde contre l’enfermement des croyants dans “l’univers de leur propre culture religieuse” (...) “Ensemble nous avons à affronter les mêmes défis de ce temps”, dira Mgr Tessier qui a souligné la contribution des premiers Pères Blancs pour la sauvegarde et la réhabilitation du patrimoine humain spécifique à la culture de la Kabylie. » Contrairement à son homologue mufti, l’archevêque ne s’est pas contenté de flatter les Kabyles mais a également apporté du concret, puisque la bibliothèque est un lieu « destiné prioritairement aux étudiants de l’université de Tizi-Ouzou. Le fonds documentaire de cette bibliothèque qui est en phase d’enrichissement comporte plusieurs ouvrages de référence sur le patrimoine culturel amazigh tels que la célèbre collection du fichier documentaire berbère et le premier dictionnaire de langue Kabyle réalisé en 1904. » S’il décide de prendre exemple sur son confrère catholique, on peut se demander ce qu’apportera aux Kabyles le Dr Yusuf al-Qardawi lors de sa prochaine visite : un hôpital ? Une bibliothèque islamique en tamazight ? Nous parions plutôt sur un stock de hidjabs et d’abbayas pour habiller convenablement les filles de Tizi-Ouzou.

Synthèse réalisée par Azzedine Ait Khelifa et Yidir Achouri
Sources : Liberté, Le Jeune Indépendant, Le Soir d’Algérie

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