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24 mars 2007

Au Kurdistan irakien, George Bush est "aimé"

Avec ses néons clignotants et une interdiction de port d'arme affichée au-dessus du bar, The Edge est l'un des lieux de prédilection des Américains d'Ainkawa, près d'Arbil, la capitale du Kurdistan d'Irak.

Quelques officiers instructeurs, des membres de l'USAID, des marines en provenance de la base militaire de Kirkouk s'y retrouvent le soir pour jouer aux fléchettes, boire bière, whisky ou tequila, et danser la Ma arena. Blocs de ciment et gardes armés : l'endroit est protégé, mais guère plus que les bâtiments officiels kurdes.

Ici, les habitants l'affirment, le président américain, George Bush, est "aimé" et ses soldats bienvenus. Grâce à eux, le régime de Saddam Hussein est tombé et le Kurdistan jouit d'une autonomie et d'une relative sécurité.

Les forces américaines sont considérées comme la garantie vitale de cette situation privilégiée. Et les Etats-Unis comme le seul allié d'un Kurdistan encerclé par des pays, notamment la Turquie et l'Iran, qui redoutent sa sécession et possèdent les moyens de s'y opposer par la force en cas de désintégration de l'Irak.

L'opposition croissante de l'opinion américaine à la guerre et la défaite des républicains aux élections de novembre 2006 sont étonnamment passés inaperçus au Kurdistan. En revanche, la publication en décembre du rapport Baker a eu l'effet d'une douche glaciale. Alors que les principales revendications kurdes semblaient assurées par la Constitution adoptée le
15 novembre 2005, les Kurdes ont découvert qu'elles pouvaient être remises en question.

Le renforcement du gouvernement central de Bagdad, préconisé par le rapport Baker, menace le fédéralisme et la notion d'autonomie. Inacceptable, du point de vue kurde, le référendum qui doit décider du rattachement du gouvernorat de Kirkouk au Kurdistan, prévu fin 2007, est jugé "explosif", susceptible de créer de graves "violences communautaires". Enfin, le rapport n'est pas tendre envers ceux qui se croyaient les meilleurs élèves à l'école du "nouvel Irak". "Les Kurdes, y est-il écrit, font peu d'efforts pour la réconciliation nationale."

A l'issue d'une session spéciale, le 17 décembre 2006, l'Assemblée nationale du Kurdistan a envoyé une lettre furieuse à George Bush et au Congrès américain, dénonçant le manque d'"objectivité" du rapport Baker. Il a été "écrit avec l'argent saoudien et la mentalité turque", accuse un dirigeant kurde. Un autre se demande "pourquoi leurs enquêteurs ne se sont
pas donné la peine de passer un coup de téléphone dans la seule partie de l'Irak où le rêve de Bush est devenu réalité".

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les Kurdes se sont sentis floués. La conviction d'avoir bâti un Kurdistan à l'écart des turbulences, protégé par la superpuissance américaine, a cédé la place à l'inquiétude. L'annonce du président américain de poursuivre sa mission en Irak n'a pas dissipé le malaise.

Des dirigeants kurdes doutent dorénavant de l'existence d'une "stratégie américaine au Kurdistan". La grande affaire de George Bush, disent-ils, est la bataille de Bagdad, et, s'il échoue, le rapport Baker reviendra à l'ordre du jour.

La nomination du général David Petraeus à la tête des forces américaines en Irak suscite également des réserves. Avant de remplacer le général Casey, il a été commandant de la région nord-irakienne en 2004-2005, basé à Mossoul, en bordure du Kurdistan. En novembre 2004, une série d'attaques menées par l'insurrection sunnite avait provoqué la débandade des 8 000
Irakiens des forces de police et de sécurité de Mossoul qu'il avait été chargé de réorganiser.

Pour les Kurdes se pose surtout la question des délais. Il ne reste que 23 mois avant la prochaine élection présidentielle américaine, et personne ne sait ce que décidera le successeur de George Bush. Le pire scénario, estime Asos Hardi, rédacteur en chef d'Awene, un hebdomadaire de Souleimaniyé, "serait un départ américain. Il s'agirait alors du plus grand défi que les Kurdes aient jamais eu à relever. Je ne vois aucun élément permettant d'affirmer que nous aurions les capacités à nous défendre contre l'Iran ou la Turquie. La bravoure des peshmergas est célèbre, mais ils ont été formés à la guérilla, aux tactiques d'attaque, pas à la défense".

RÉFÉRENDUM À KIRKOUK

Dans un bureau de l'Assemblée nationale du Kurdistan, l'écran de la télévision allumée montre Ali Hassan Al-Majid, dit "Ali le Chimique", poursuivi pour génocide contre les Kurdes lors des opérations militaires d'Anfal qui ont fait plus de 100 000 morts entre 1987-1988. Depuis que le principal accusé, Saddam Hussein, a été exécuté, le 30 décembre, les télévisions kurdes continuent de diffuser le procès, mais ont arrêté les traductions simultanées en langue kurde. Que l'ancien président d'Irak ait été pendu avant d'avoir été jugé pour ses crimes contre les Kurdes a mécontenté toute la région, mais, "au moins, commente un député, personne ne pourra accuser les Kurdes d'être responsables de la mort d'un chef arabe". Rester à l'écart des conflits communautaires, tel est l'objectif prioritaire.

La récente décision de Massoud Barzani d'envoyer deux brigades (officiellement 6 000 hommes) à Bagdad dans le cadre de la nouvelle stratégie américaine suscite de nouvelles inquiétudes. Une dizaine d'imams ont émis des fatwas interdisant leur départ, provoquant des désertions. Ces soldats seront incorporés dans l'armée irakienne, comme à Kirkouk et Mossoul, mais "un Kurde reste un Kurde, même sous uniforme irakien, commente un étudiant d'Arbil. Dans l'enfer des milices de Bagdad, ils sont amenés à tuer des Arabes, chiites ou sunnites, pourrons-nous échapper aux représailles ?"

Les scénarios du pire, personne ne veut y croire. En attendant, l'année 2007 s'annonce critique pour le Kurdistan, confronté à deux événements concomitants et potentiellement explosifs. D'un côté, les élections en Turquie où le problème des "terroristes" du PKK (Parti des travailleurs kurdes, dont la branche armée a trouvé refuge dans les montagnes du Kurdistan irakien), enflamme déjà une partie de la presse ; de l'autre, le référendum sur le rattachement de Kirkouk au Kurdistan, une revendication essentielle du peuple kurde à laquelle s'opposent la Turquie et une grande partie des Turcomans et des Arabes irakiens.

"Pour la suite, on verra, tant que les Américains sont là, la Turquie ne bougera pas", assure Adnan Mufti, le président de l'Assemblée nationale kurde. "Les relations avec les Etats-Unis restent notre absolue priorité, poursuit-il. Nous pensons qu'après Bush il y aura peu de changements, les Etats-Unis ne peuvent plus faire marche arrière. Ils perdraient leur influence au Moyen-Orient et leur prestige. Leur retrait équivaudrait à une victoire des terroristes. Ce serait un désastre, pour eux, pour les Kurdes et pour l'Irak."

Cécile Hennion, ARBIL, SOULEIMANIYÉ (KURDISTAN) ENVOYÉE SPÉCIALE
Article paru dans l'édition du 16.02.07 du quotidien Le Monde.



Les Chroniques du [CyberKabyle].

29 janvier 2007

Les vieux Immigrés kabyles en France



Une fois n'est pas coutume, un exellent reportage du Monde, loin de l'orientalisme délirant de certains pour qui un emmigré ne peu être qu'arabe, maghrebin ou algerien à la rigeure mais jamais kabyle.


Ce sont de vieux messieurs indignes. Kabyles (...), émigrés il y a quarante ou cinquante ans, quand les chantiers et les usines de France manquaient de bras, ils auraient dû, une fois la retraite venue, repartir vers leur bled ou leur village. C'est ce qu'escomptait l'Etat français. C'est ce que le village attendait. On émigre pour faire de l'argent. Les racines, ils en ont déjà. Ils auraient dû...

"Vous savez comment ils nous appellent, quand on rentre au bled ? Les envahisseurs !", rétorque Achour, avec une moue amère, quand on lui parle de l'Algérie. Il porte une chemise à carreaux et une veste plutôt épaisse, malgré le temps doux. Assis à ses côtés, sur l'un des bancs du square Alban-Satragne, dans le 10e arrondissement de Paris, son copain Mohammed opine du chef. Il lève sa canette de bière et boit une gorgée, en clignant de l'oeil comme un gamin malgré sa moustache blanche. Achour et Mohammed sont arrivés en France au début des années 1950.

Le premier a d'abord travaillé à l'usine, dans le Nord, avant de s'installer en région parisienne. Le second a réussi à se faire embaucher au Ritz, place Vendôme, passant du poste d'agent d'entretien à celui de plongeur. A présent, ils ne font plus rien.

Achour est divorcé. Sa chambre d'hôtel, minuscule - 660 euros par mois, soit les deux tiers de ses revenus - ne lui permet pas de recevoir ses enfants, nés en France. "Quand ils viennent me voir, je les invite au McDo", dit le vieil homme. Mohammed vit avec sa femme, handicapée. Tous les après-midi ou presque, les deux retraités retrouvent les bancs du square et leurs canettes de bière, au milieu d'autres vieux, de SDF aux bras tatoués et de mères de famille avec leurs poussettes. La gardienne, une Antillaise, salue les habitués.

"Quand les immigrés rentrent en Algérie, les commerçants font monter les prix, ce qui pénalise tout le monde. Mais ce sont les immigrés qu'on accuse. Et qu'on traite d'envahisseurs", explique le sociologue Atmane Aggoun, qui connaît chaque retraité kabyle du quartier et fréquente assidûment les jardins publics où il sait pouvoir les trouver.

Chacun a son histoire, mais tous ont un point commun : leur présence en France est ressentie comme "incongrue". Aujourd'hui encore, le mythe du retour, cette "illusion collective d'une émigration provisoire", déjà décrite par le sociologue algérien Abdelmalek Sayad, notamment dans La Double Absence (Le Seuil, 1999), fait office de loi non écrite. "Ceux qui restent sont perçus comme des déviants, ajoute Atmane Aggoun. Pour atténuer leur "trahison", ils font sans arrêt la navette entre la France et le pays natal. Ils sont comme des hirondelles. Mais c'est seulement au moment de leur mort qu'ils remboursent leur dette : quand ils repartent entre quatre planches, afin d'être enterrés dans la terre des ancêtres", souligne le chercheur, qui vient de publier Les Musulmans face à la mort en France (Vuibert, 2006), un essai centré sur les immigrés d'origine kabyle.

Mais pourquoi restent-ils, ces vieux messieurs dont personne ne veut ? Est-ce, comme le suggère Achour, parce que le retour au bled, contrairement à ce qu'eux-mêmes en disent, est souvent source de blessures et de malentendus ? Est-ce parce que les retraités immigrés sont tenus, pour toucher l'allocation vieillesse, de résider en France plusieurs mois d'affilée, finissant, de ce fait, par faire souche ? Le gouvernement s'est en tout cas résolu au début du mois d'octobre à limiter cette présence obligatoire en France à trois mois, et non plus à neuf. Un amendement devrait être ajouté au projet de loi de finances 2007.

Les vieux immigrés restent-ils, tout simplement, pour continuer à vivre selon les habitudes et préférences acquises, qu'il s'agisse des soins de santé ou du système bancaire - qu'ils jugent plus fiables que dans leur pays d'origine -, ou encore du bistrot de quartier, avec "le ballon de rouge qu'on boit au comptoir en faisant son Loto avec les copains", comme le défend Atmane Aggoun ? Sans doute y a-t-il un peu de tout cela.

"Ils n'arrêtent pas de dire qu'ils vont repartir, qu'ils ont le mal du pays. Mais ils ne le font pas. Ils ont leurs habitudes. Leur vie, elle est ici, même s'ils l'entrecoupent de voyages là-bas", relève Sarah Oultaf, chargée de mission pour la Sonacotra. "Ici", c'est Gennevilliers. Le foyer Brenu compte 432 chambres. Néons, carrelages jaunâtres et des chambres qui font penser à des couchettes pour nains : 7,50 m2. "Et encore, ce n'est pas le pire ! Certains foyers, à Clamart par exemple, ont des chambres de 4 m2. On étend les bras et on touche les murs... Je ne pensais pas que des êtres humains pouvaient vivre là-dedans", commente la jeune femme, elle-même d'ascendance algérienne.

Ce que la Sonacotra, créée en 1956, appelle des "unités de vie" (les locataires partageant cuisine et toilettes collectives) aurait du être transformé en appartements. Mais la vie en a décidé autrement : les regroupements familiaux "initialement envisagés" n'ont pas eu lieu et "la plupart des hommes sont restés seuls en France pour travailler, transformant le foyer initial en domicile définitif", constate la société nationale, dans une brochure éditée en 2002. Contre toute attente, Mohamed n'a pas repris sa valise. Il est devenu ce qu'Atmane Aggoun appelle joliment un "célibataire géographique". Les chambres, mini-gourbis modernes dotés de l'eau courante et de l'électricité, ont vieilli - à l'instar de leurs locataires : vite et mal. "Passé la soixantaine, les vieux résidents sont vraiment abîmés", souligne le docteur Anne Févotte, gériatre-conseil à la Sonacotra. Selon elle, un vieux locataire de la Sonacotra accuse, médicalement parlant, "dix ans de plus que le Français moyen du même âge".

Peu habitués à dépenser pour eux-mêmes, a fortiori à consulter préventivement, les vieux immigrés maghrébins tombent malades comme ils ont vécu et vieilli : sans faire de bruit. Le diabète, conséquence d'une alimentation déséquilibrée, est la principale maladie dont ils souffrent. Aujourd'hui, sur les quelque 70 000 "clients" de la Sonacotra, la moitié ont plus de 56 ans et environ 20 000 ont dépassé la soixantaine. La tranche d'âge des plus de 71 ans est "celle qui progresse le plus vite", note le docteur Févotte.

C'est pour évaluer leurs besoins que Sarah Oultaf visite les foyers. "Ce dont ils se plaignent le plus, c'est la petitesse de leur chambre. Ensuite, vient la santé. Ils l'ont sacrifiée, ils le savent. Leur corps, c'est le seul "espace" où ils se permettent d'avoir des droits et de revendiquer : c'est à la France qu'ils ont sacrifié leur santé, c'est donc à la France de les soigner. Mais ça s'arrête là. Le reste, ils n'en parlent pas", explique la jeune femme. Les projets, pourtant extrêmement limités, de rénovation des foyers et d'agrandissement des chambres ont ainsi suscité, à ce jour, bien plus de panique et d'effroi que d'enthousiasme chez les locataires de la Sonacotra. "Ils sont comme tous les vieux : ils ne veulent pas bouger", explique Sarah Oultaf. Peur du changement ou crainte d'avoir à payer plus ? A la Sonacotra, "sur les 5 % des personnes de plus de 60 ans", repérées du fait de leurs difficultés à se déplacer ou de leur manque d'autonomie, "seulement 10 % bénéficient d'aides à domicile, pour l'essentiel, une prestation d'aide ménagère".

Au café des Ecoles, à l'angle de la rue Bara, où viennent s'attabler à longueur de journée les pensionnaires du foyer, le patron est un Kabyle, natif de Bejaïa. "Nous, les Algériens, on est plus individualistes. Les Africains, eux, ils font tout ensemble : la cuisine et même le lit. Le père dort avec le fils, etc. Ils s'entassent les uns sur les autres", note le bistrotier, le sourire débonnaire. Lui-même, qui appartient "à une famille de marabouts", sera enterré au pays. Mais plusieurs de ses connaissances et parents éloignés, eux aussi immigrés, ont été inhumés en banlieue parisienne, "et pas forcément dans un carré musulman", note-t-il. "C'est, explique le bistrotier, parce qu'ils étaient mariés à une Française directe (disposant de la seule nationalité française)."

Au square Villemin, près de la gare de l'Est, de vieux Kabyles, hommes et femmes, bavardent sous les arbres. L'une des matrones vient d'arriver en France. Son visa est périmé, mais elle n'a "aucune envie" de repartir en Algérie. Son fils, un ancien sans-papiers lui-même, a été récemment régularisé, explique-t-elle, pleine d'espoir. "Qu'ils respectent la loi ou pas, les gens âgés sont de moins en moins rares à émigrer en France", assure Atmane Aggoun, qui y voit l'amorce d'un phénomène inédit. Comme le chante le conteur kabyle Sliman Azzem : "Ni il est resté, ni il s'est en allé. Sa maladie s'est installée ancienne, et sa vie, le malheureux, tient à un fil"...


Les Chroniques du [CyberKabyle].

24 janvier 2007

Nouvel Album de Tinariwen « AMAN IMAN »


Le rock des dunes.

Imaginez une tribu de nobles guerriers du désert, vêtus de djellabas bigarrées et armés de guitares électriques pour psalmodier un blues qui n’a rien à envier à celui de B.B. King ou de Ry Cooder. Une musique hypnotique, lancinante, ponctuée de riffs acérés et de percussions aquatiques, comme la rencontre des Rolling Stones des débuts avec une chorale de muezzins survoltés. Après tout, ainsi que l’a toujours affirmé Ali Farka Touré, regretté griot des douze mesures, le blues est né en Afrique… Et Tinariwen, les hommes bleus à l’âme blues, le prouvent. Héros de la rébellion touareg du début des années 90 contre le pouvoir malien (on en a vu monter à l’assaut kalachnikov en main et guitare en bandoulière) ils demeurent aujourd’hui les hérauts d’une résistance opiniâtre contre toute forme d’oppression. Leurs chants de révolte, d’errance et d’amour sont entrés dans la légende locale et ont conquis la planète. Des stars du rock comme Carlos Santana, Robert Plant, Taj Mahal ou Elvis Costello ne jurent que par eux, Thom Yorke, leader de Radiohead, a même avoué s’être inspiré de leur musique pour composer une partie de son album solo, The Eraser.

Après avoir tourné dans le monde entier, les Tinariwen publient enfin leur troisième album. Il s’intitule « Aman Iman », l’un des dictons favoris des Touaregs, fiers nomades sahariens pour qui « l’eau c’est la vie ». Enregistré en une dizaine de jours à Bamako, sous la houlette du producteur Justin Adams, le disque est sans conteste le meilleur du groupe. En douze morceaux tournoyants et voluptueux, on retrouve, intacts, ces éclats de guitare que ne renieraient point un Keith Richards ou un Jeff Beck, ces mélopées envoûtantes qui évoquent la douceur d’un coucher de soleil sur le désert, ce mélange de langueur sensuelle et d’âcre énergie. Bref, tout ce qui faisait l’essence du blues, puis du rock, restitué ici avec une pureté immaculée. Entre chants de lutte et d’espoir, poésie insurgée et ballades amoureuses, les Tinariwen, ces fils des sables et du vent, réinventent une musique originelle, limpide, une musique des racines, qui parle au corps, au cœur et à l’âme. Et si c’était eux, le meilleur groupe de rock du monde ?

Philippe Barbot

Les Chroniques du [CyberKabyle].

21 janvier 2007

Le Kiosque Arabe : Leurs gentils et nos méchants


Par Hamed Halli, Le Soir d'Algérie, 15 janvier 2007

Il paraît que c'est un commerçant de Tunis qui a permis de mettre en échec les projets d'attentat contre plusieurs bâtiments de la capitale. Cet épicier avait remarqué, en effet, que l'un de ses clients s'était brusquement mis à acheter une quantité inhabituelle de pains. Ses achats quotidiens dépassaient, de loin, les besoins d'une famille. En bon citoyen, soucieux de la stabilité de son pays, il avait informé la police de ce comportement intrigant. C'est ainsi qu'un projet terroriste de grande ampleur a été éventé.

C'est sans doute à partir de ce détail que la presse locale a tout de suite désigné la piste algérienne. Tout le monde sait que nous sommes de grands mangeurs de pain. C'est d'une logique irréfutable et je suis tenté de souscrire pleinement à cette hypothèse tant il est vrai que l'intégrisme ignore les frontières qu'il n'a pas tracées lui-même.

Seulement, je trouve que nos frères tunisiens sont par trop imprévisibles et partiaux dans ce domaine. Ils donnent l'impression de suivre les mouvements et les sautes d'humeur de leurs dirigeants bien aimés et même adulés. Au début de l'année, journalistes, syndicalistes et semi-officiels clamaient publiquement leur douleur devant l'exécution de Saddam Hussein. Dans une belle unanimité nationale, suivant un axe s'étendant de Londres à Tunis en passant par Al-Qaïda, la dénonciation a été unanime. Islamistes et républicains islamisants ont fustigé à voix haute la cruauté et l'esprit de vengeance des dirigeants chiites irakiens. On était en face de l'entente retrouvée, au détriment du Maghreb des Etats, alliés contre le terrorisme. Il n'était donc pas question de briser cette belle fraternité en accusant injustement les islamistes tunisiens d'avoir fomenté un complot terroriste.

D'ailleurs, ni Londres ni Doha n'ont revendiqué ou approuvé ces actes de violence. Le péril ne pouvait venir que d'ailleurs et c'est d'ailleurs qu'il est venu. Il était hors de propos de stigmatiser les gentils islamistes tunisiens alors que la méchanceté et la cruauté ont une adresse: l'Algérie. Les intégristes tunisiens sont des pacifistes convaincus, contrairement à ces enragés d'Algériens qui ne rêvent que de fleuves de sang. On vous expliquera, ensuite et sur un ton docte, que la Tunisie, autant que le Maroc, n'est pas l'Algérie. Les Tunisiens sont d'ardents patriotes qui appellent la police au moindre pain suspect. Tandis que les Algériens… tous suspects ! Voyez comment ils traitent leurs assassins de retour des maquis ! Observez la façon dont s'opère la réinsertion des terroristes comme si le pays était retourné aux premières années de l'indépendance ! On raconte même que le chef "repenti", Anouar Haddam, reprendrait des activités publiques. A l'occasion, il pourrait être convié à distribuer des bonbons aux orphelins et aux futurs orphelins de la police. On pense même au siège du Commissariat central d'Alger pour abriter de telles cérémonies du pardon.

N'importe quoi ! Ils sont décidément incorrigibles ces Tunisiens ! Ils feraient mieux de s'occuper de la santé de leur président, au lieu de spéculer sur l'avenir du nôtre. Comme s'ils ignoraient que, chez nous, les chefs pensent d'abord à se succéder à eux-mêmes. Ensuite, voyez le roi de France, Louis XIV ! Il y a plusieurs façons de rentrer dans l'histoire et, donc, plusieurs manières de l'écrire. Lorsqu'il s'agit de raconter l'histoire dans les manuels scolaires, les pédagogues font parfois fi de la vérité historique, comme en Egypte.

La semaine dernière, j'avais évoqué la façon dont Al- Azhar avait validé une thèse de doctorat vouée à l'excommunication rétroactive. L'argument spécieux mais irréfragable du jury était que la thèse s'appuyait sur une vérité essentielle : l'histoire de l'Egypte a commencé avec l'Islam, à l'exclusion de tout ce qui est antérieur. Il y a quelques jours, l'historienne égyptienne Samah Fawzi a confirmé l'existence de ces absurdités, jusque dans les ouvrages scolaires. Dans le manuel d'histoire d'une classe du primaire, Samah Fawzi relève de quelle manière la mosquée est transformée de lieu de culte, sujet de respect et de dévotion, en terrain de mobilisation et de préparatifs guerriers. La mosquée, peut-on lire, “c'est l'école où les musulmans apprennent tout ce qui concerne leur religion et leur vie terrestre… le lieu où se rassemblent les soldats de Dieu avant de lancer une opération grandiose. C'est, enfin, le monument qui marque la distinction entre la société musulmans et les autres”.

La guerre de 1973, par exemple, est présentée, par ailleurs, comme un combat entre juifs et musulmans. La leçon d'histoire exclut, de fait, la participation des coptes d'Egypte et occulte leur existence. “Voici les fortifications de la ligne Bar-Lev. Dieu nous a donné la victoire sur les juifs comme il l'a donnée au Prophète (QSSL) sur les juifs à Médine. Il a fait s'écrouler leurs fortifications sur leurs têtes.” La guerre est donc une guerre religieuse et c'est ce que l'enfant doit apprendre dans ce livre, observe Samah Fawzi. Comme il est spécifié en marge de la leçon, l'objectif est d'enseigner “l'honneur de subir le martyre au service de Dieu” et de mettre en garde contre “la traîtrise et la fourberie des juifs”, hier et aujourd'hui. “C'est ainsi, note l'historienne, que la victoire d'Octobre 1973 est présentée comme une victoire des musulmans sur les juifs. Où est le rôle de nos compatriotes coptes ? Pourquoi traitons- nous toutes choses sous l'angle de la religion. La réalité, les institutions et même l'histoire sont désormais considérées avec un regard religieux. Pourquoi le manuel d'histoire occulte-t-il les éléments arabes et chrétiens dans le conflit avec Israël ? Veut-on laisser entendre aux chrétiens arabes que cette patrie n'est pas la leur, que cette histoire n'est pas la leur et que cet avenir ne leur appartient pas ? Ce qui aura pour effet d'accentuer l'exode des chrétiens vers les pays occidentaux. Avec le temps, la sphère arabe perdra sa pluralité religieuse et la tolérance y disparaîtra. Le rejet de l'autre amènera les musulmans de différents rites à s'entretuer.” “Ces quelques exemples, souligne encore Samah Fawzi, montrent que l'information et l'enseignement recèlent en leur sein des tendances alimentées par les courants de l'islam politique. Ces tendances ne reflètent pas la nature et le fond de la société égyptienne diverse et plurielle. Aussi, ne faut-il pas éluder la responsabilité du gouvernement dans la persistance de telles absurdités. Ce sont ses institutions qui produisent, propagent et consomment ces avatars."

Pour mieux mesurer l'ampleur du mal, il faut sans doute méditer cette initiative qui nous vient de Syrie. La Syrie qui serait, à en croire les opposants à Bechar Al- Assad, sur le point de succomber aux charmes du chiisme, sous la férule alaouite. Cela se passe à l'université de Damas. Une commission sur l'écriture de l'histoire s'est donné pour mission de réécrire l'histoire des Arabes avec une approche plus saine et plus réaliste. Selon le promoteur du projet, un certain Abdelkarim Ali, “il ne s'agit pas de réécrire l'histoire pour la modifier. Il s'agit simplement de procéder à la relecture de l'histoire dans ses aspects les plus positifs et dans l'intérêt de la société”. Alors soyons positifs ! Attendons, sans trop d'impatience, le chapitre sur la dynastie des Assad, sans oublier aussi, bien sûr, celui de la présence syrienne au Liban.


Les Chroniques du [CyberKabyle].

19 janvier 2007

Pendant que la Kabylie coule Euskadi s’émancipe


Pendant que la Kabylie prisonnière d'un état anachronique sombre de plus en plus dans la pauvreté, en Euskadie l’activité économique bat son plein.

Le musée Guggenheim, à Bilbao. Amorti en un an et demi, il a fait de la ville une destination touristique mondiale.

C’est un choc, dont le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero vient de tirer les conséquences devant le Parlement. Revendiqué par l’ETA, l’organisation indépendantiste armée basque, l’attentat du 30 décembre à Madrid a mis selon ses termes un « point final » au processus de paix engagé il y a six mois. C’est un échec pour tout le monde, à commencer par les autorités basques, qui s’efforcent de mettre en avant la réussite économique de leur petit territoire.

En plein marasme au début des années 90, Euskadi, le Pays basque espagnol, affiche en effet une croissance de 3,9 %, mieux que l’Espagne (3,4 %), et beaucoup mieux que la moyenne européenne (1,6 %). « Nous sommes le troisième pays de l’Uni on européenne en termes de produit intérieur brut par habitant », se félicite Iñaki Tellextea, ministre de la Technologie et du Développement industriel au sein du gouvernement basque issu du parti nationaliste (PNV). Dans la salle de réunion du ministère, le drapeau rouge-vert-blanc d’Euskadi voisine avec le drapeau européen ; les couleurs espagnoles, elles, sont absentes.

Alors que les extrémistes de l’ETA revendiquent l’indépendance à coups de voitures piégées, les Basques se prennent déjà… pour un pays. Doté depuis 1981 d’une autono­mie politique et économique étendue, ils en ont « presque tous les attributs , à part la diplomatie, les forces armées et la douane », préci­se Iñaki Tellextea. Au moment où l’Europe tremble devant les délocali­sations, « nous avons mis en place une politique industrielle », poursuit le ministre devant une délégation de députés et de sénateurs français venus s’inspirer de l’improbable success story basque.

Pragmatiques, les autorités régionales ont fait appel à Michael Porter, gourou du management à Harvard, qui a proposé aux entreprises une mise en commun des efforts de R & D et de formation au sein de clusters propres à chaque filière industrielle. Adopté. « Dans un petit territoire, on se connaît tous, c’est plus facile de décider ensemble », indique Iñaki Tellextea.
Aujourd’hui, l’industrie basque s’enorgueillit d’un fleuron atypique, Mondragón, une coopérative jésuite devenue une multinationale de 70 000 salariés, présente dans une quarantaine de pays, exportatrice de machines-outils, de machines à laver (Fagor), d’autocars (Irizar)…
Le chômage, qui touchait près du quart de la population active il y a vingt-cinq ans, est tombé sous les 5 %. Et puis « nous avons misé sur la culture comme vecteur de croissance, un pari insensé », se souvient Juan José Ibarretxe, le président nationaliste de la région autonome basque.

Conçu par l’Américain Frank Gehry, inauguré il y a dix ans, le monumental musée d’art contemporain Guggenheim, avec ses courbes de titane, ses expositions prestigieuses, a été « rentabilisé en un an et demi, un record », et a fait de Bilbao, industrielle et pluvieuse, une destination touristique mondiale. Juan José Ibar­retxe s’enthousiasme : « Imaginez un peu ce que serait le Pays basque sans le terrorisme ! »

Source Eve Charrin, Challenges, 18.01.2007

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30 décembre 2006

Saddam Hussein : pendez le haut et court dans les plus brefs "délai"


« Personne ne peut s’opposer à l’exécution » de Saddam Hussein qui sera pendu sans « délai », selon le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, alors que les avocats de l’ancien président condamné à mort ont été invités par l’armée américaine à venir chercher ses affaires personnelles.

« Personne ne peut s’opposer à l’exécution du criminel Saddam Hussein », a déclaré vendredi M. Maliki. « Ceux qui s’opposent à cette exécution portent atteinte aux martyrs de l’Irak et à leur dignité. Il n’y aura pas de révision, pas de délai dans l’application de la sentence contre Saddam Hussein et ses coaccusés », a-t-il affirmé.

Saddam Hussein, son demi-frère et ancien chef des services de renseignements, Barzan al-Tikriti et l’ancien président du tribunal révolutionnaire Awad al-Bandar, ont été condamnés à mort par pendaison le 5 novembre par le Haut tribunal pénal irakien pour l’exécution de 148 villageois chiites de Doujail (60 km au nord de Bagdad), dans les années 1980, en représailles à un attentat contre le convoi présidentiel.

La Cour d’appel du Haut tribunal pénal a rejeté mardi l’appel de l’ancien président, qui doit être exécuté dans un délai de trente jours. Les autorités irakiennes, en charge de l’application de la sentence, n’ont depuis lors donné aucune indication officielle sur la pendaison, suscitant intenses rumeurs et spéculations sur la date de l’exécution.

Depuis la Jordanie, le responsable du comité de défense de l’ancien raïs, Khalil Doulaïmi, a indiqué avoir reçu un appel des Américains demandant à ce que quelqu’un vienne « chercher les affaires personnelles du président et de son demi-frère ».

Me Doulaïmi n’a cependant donné aucune autre précision, ajoutant en milieu de matinée, que Saddam Hussein n’avait pas encore été transféré aux autorités irakiennes.

De son côté, l’armée américaine a précisé que le président déchu est détenu dans un lieu tenu secret depuis un an sous l’autorité légale du gouvernement irakien, même si ses geôliers sont américains « pour des raisons de sécurité ».

Un transfert de Saddam Hussein ne serait donc « qu’un transfert physique » du détenu, selon un porte-parole de l’armée américaine à Bagdad, qui refusé de préciser si un tel transfert avait déjà eu lieu.

L’Irak sous haute sécurité pour l’exécution de Saddam Hussein

Les autorités irakiennes n’ont pas encore pris de mesures spécifiques de sécurité pour l’exécution, mais « l’exécution de ce tueur en série sera un évènement majeur. Nous prendrons les mesures de sécurité appropriées », a déclaré le directeur des opérations du ministère de l’Intérieur, le général Abdoul Karim Khalaf. « Nous enverrons toutes nos forces dans les rues pour éviter que des vies ne soient perdues », a-t-il expliqué, sans donner d’autres détails.

Ces mesures de sécurité renforcées, également appliquées « dans plusieurs provinces » du pays, « seront mises en oeuvre dès que nous en recevrons l’ordre du gouvernement », a-t-il ajouté, refusant de se prononcer sur la date de l’exécution. « L’imposition d’un couvre-feu est du ressort du commandant en chef des armées (le Premier ministre Nouri al-Maliki) », a-t-il par ailleurs souligné.

Les Baasistes menacent les Etats-Unis de représailles

Après la confirmation en appel de la condamnation à mort de l’ancien président irakien Saddam Hussein, son parti, le Baas, a menacé les Etats-Unis de représailles si ce verdict est exécuté.

« Notre parti met en garde contre les conséquences de l’exécution d’un tel verdict sur la situation en Irak et aux Etats-Unis en particulier », indique un communiqué du parti mis en ligne sur internet. « Il s’agit d’une dangereuse ligne rouge que l’administration américaine ne devrait pas franchir », poursuit le texte.

Dans ce communiqué, dont l’authenticité n’a pas pu être vérifiée de source indépendante, le parti Baas menace de prendre pour cible les intérêts américains où qu’il soient si l’ancien dirigeant est exécuté.

« Le parti Baas et la résistance sont déterminés à réagir par tous les moyens possibles et n’importe où en vue d’atteindre l’Amérique et ses intérêts au cas où un tel crime serait commis », indique le document.

Les baasistes mettent également en garde Téhéran contre toute ingérence en Irak « sinon nous répliquerons au cœur de l’Iran et nous atteindrons sa tête ».

Le parti sunnite souligne que l’exécution de Saddam Hussein ne fera que renforcer la résistance et les baasistes et empêchera toute négociation à l’avenir avec l’occupation. « Notre parti affirme que l’exécution ne va pas affaiblir la résistance armée mais raviver sa flamme, élargir sa base et doubler le nombre de ses membres », précise le communiqué.

« Cela fera porter à l’administration américaine la responsabilité d’un nombre encore plus grand de soldats tués ». Les autorités ont trente jours pour procéder à la pendaison de l’ancien raïs. Le 5 novembre, il a été jugé coupable de crimes contre l’humanité pour la mort de 148 villageois chiites de Doudjaïl.

A Bagdad, le sort de Saddam laisse les gens indifférents

A Bagdad, où l’annonce de la pendaison prochaine de l’ancien homme fort du pays n’a suscité jusqu’à présent aucune manifestation notoire de joie ou d’hostilité, les habitants se sont rendus comme chaque vendredi dans les mosquées en ce jour hebdomadaire de congés.

Ainsi selon la très arabisste agence de presse Reuters, qui ne peut pas empêcher de mettre le mot "arabe" 3 fois par ligne : « Pour bon nombre d’arabes, le sort de l’ancien président irakien Saddam Hussein, dont la condamnation à mort a été confirmée mardi en appel, est devenu secondaire face aux massacres qui ensanglantent quotidiennement son pays.

Certains arabes redoutent que la pendaison de l’ancien raïs, qui doit se faire dans les trente jours, aggrave encore les violences intercommunautaires en Irak où s’affrontent la majorité chiite et la minorité sunnite, prédominante sous le régime de Saddam Hussein.

Mais d’autres estiment que les violences en Irak ont leur propre dynamique et que l’exécution de Saddam Hussein n’y changera pas grand-chose. « Je me demande combien de personnes s’intéressent encore au sort d’un individu, vu ce qui se passe en Irak et dans le reste de la région », dit Sami Baroudi, professeur de sciences politiques à Beyrouth.

« L’exécution de Saddam fera qu’il y aura une mauvaise personne en moins au monde (...). Elle n’aura pas d’effet sur le chaos dans lequel est maintenant plongé l’Irak. Il est devenu négligeable », renchérit Abdel-Khalek Abdoullah, qui enseigne la même discipline à l’Université des Émirats.

(...) De nombreux Arabes ont approuvé le verdict de culpabilité rendu contre Saddam Hussein, bien qu’ils s’interrogent sur la légitimité d’un procès qui s’est déroulé alors que les forces américaines sont toujours présentes en Irak.

« Que nous ayons ou non des doutes sur le procès, le verdict est juste », tranche Bara Moussa, un militant des droits de l’homme en Syrie. « C’est une personne responsable du sous-développement et de l’élimination de ressortissants de son pays, de sorte qu’il mérite ce verdict. D’autres pays devraient suivre cet exemple. »

Mais certaines personnes auraient préféré une peine de réclusion à vie, estimant que l’exécution de Saddam Hussein ne fera qu’envenimer les choses ».

sources : Reuters, AP, l’Orient le jour



La Chronique du [CyberKabyle].

27 décembre 2006

La Kabylie victime de discrimination économique


Les élus et les entrepreneurs ainsi que les investisseurs locaux se sont rencontrés, mercredi 19 décembre, sur initiative commune de M. Bettache, président (FFS) de l’APW (équivalent du conseil général de département) et la section locale de la Confédération nationale des patronats présidée par M. Hocini.

Bureaucratie étouffante et absence de stratégie de développement économique. Faire sauter les verrous des multiples blocages

Selon le quotidien La Nouvelle République, « dans son allocution d’ouverture, le président de l’APW, M. Bettache, s’est interrogé sur les retards accusés en matière de programmes et de projets de développement social et économique de la région. Il réitèrera ensuite les slogans chers à son parti, le FFS, qui consistent en la revendication d’une large décentralisation des pouvoirs, la moralisation de la vie publique et la diversification du potentiel productif, avant de dénoncer la mauvaise gestion des tissus industriels et l’approche de gestion du patrimoine foncier. Pour clore son intervention, M. Bettache propose la mise en place d’un groupe de travail mixte, dont la mission est de réfléchir sur les voies et moyens d’intensifier le flux d’investissement dans notre région, ainsi que les de faire sauter les verrous des multiples blocages rencontrés sur le terrain. »

De son côté, M. Hocini, président de la CAP (Confédération algérienne du patronat) à Béjaïa, a idiqué, non sans amertume, que notre wilaya « régresse » en matière d’investissements et de développement à cause des obstacles multiples que rencontrent les créateurs de richesses. Il parlera de la bureaucratie, des lenteurs de l’administration et de la fiscalité qui n’incite pas à investir, ainsi que du comportement négatif des banques.

Ainsi selon la quotidien La Tribune, « Dans ce constat, il est surtout relevé l’absence quasi totale d’une vision stratégique d’investissement et de développement économique qu’illustrent « plusieurs cas d’aberrations ». La CAP citera l’exemple de Cevital qui fait face au « silence incompréhensible de l’administration ». Cette entreprise avait introduit des dossiers d’investissement pour le lancement de quatre méga-projets pouvant générer plus de trois mille emplois directs permanents, mais, à ce jour, aucune suite n’a été réservée à cette demande. Le même « silence incompréhensible » a été également réservé par l’administration à un investisseur niçois (France) venu en Algérie, selon la CAP, « avec l’idée d’un projet bien ficelé d’aménagement d’un port de plaisance dans le bassin du port de Béjaïa tout à fait indiqué pour notre région et parfaitement en phase avec la politique du gouvernement qui ne cesse d’insister sur le développement de l’industrie du tourisme génératrice de milliers d’emplois en amont et en aval ». La CAP a relevé aussi des cas d’implantation de projets « sans maturation et sans études d’impact ». L’absence de toute coordination entre l’administration et les élus a parfois conduit au blocage de beaucoup de projets d’investissement : cas du promoteur Lalaoui, mais aussi de l’entreprise Auvisat et celle de Meheleb. L’investisseur Tighidet attendait vainement que sa situation de blocage à El Kseur soit levée par l’administration après qu’elle se fut engagée à le faire. »

La thèse du complot contre la région a plané

La récession économique de la région, connue il n’y a pas si longtemps, comme étant le troisième pôle économique à l’échelle nationale, de même que le détournement des investisseurs étrangers vers d’autres wilayas, accrédite la thèse d’une conspiration contre la région. Ainsi La Nouvelle République rapporte que « les élus et les opérateurs économiques de la région n’ont pas manqué aussi de relever ce fait étrange qui consiste en l’implantation de toutes les directions régionales des entreprises publiques et autres institutions hors wilaya alors que leurs bases d’activité principale sont dans la capitale des Hammadites, à l’exemple des directions régionales des Douanes, de Sonelgaz et des impôts, implantés à Sétif. » A cela s’ajoute la Chambre de commerce et d’industrie de la Soummam, bizarrement située à Setif, et la fermeture de l’aéroport de Béjaia sans doute au profit de celui tout neuf de Sétif.

Petit à petit, la thèse du sabotage économique des wilayas kabyles par l’Etat central, jusqu’ici cantonée au milieu autonomiste, semble se répandre et former un consensus chez les acteurs politiques et économiques de la région.

(sources : La Tribune, La Nouvelle République, Le Jour d’algérie)



La Chronique du [CyberKabyle].

25 décembre 2006

Algérie : l’indice de confiance des industriels chute encore


Ca y est, Zidane, le cache misère, est parti. La fête est finie. Ne restent que les affiches déchirées de "Zidane et Bouteflika, des hommes de paix", les tas d’ordures habituels qui jonchent les rues, et des chiens errants.

Pendant ce temps, la dernière lettre économique gratuite (N° 64 de Décembre 2006) du Forum des Chefs d’Entreprises (l’équivalent du MEDEF français) est disponible sur le site du FCE. Il apparait dans ce document que l’indice de confiance des industriels en Algérie (et, par conséquent, celui des investisseurs potentiels) a encore chuté...


Tout laisse à penser que l’économie algérienne est en panne :

le pays n’arrive pas à capter l’investissement étranger,

la croissance n’est plus au rendez-vous malgré la manne pétrolière. La valeur ajoutée de l’industrie manufacturière par tête d’habitant à baissé de 47,7% en Algérie, alors qu’elle progressait de 96% au Maroc !

.

le pays est dépendant des hydrocarbures à 98% (en clair, SEULEMENT 2% des exportations de l’Algérie ne sont ni du gaz ni du pétrole) et a du mal à engager une vraie politique de diversification, Syndrome hollandais oblige.

Malgré la manne pétrolière inespérée de ces dernières années, le niveau de vie s’est dégradé. (Il est totalement inapproprié de vouloir le comparer à celui d’autres pays producteurs de pétrole ou de gaz comme la Norvège ou même l’Arabie Saoudite...)

. L’abandon de la scène internationale par l’Algérie est flagrant : plus question d’adhésion à l’OMC, plus question de signer un traité d’amitié avec la France et pas question de revenir au week-end universel, qui est une exigence économique indispensable à toute dynamique d’investissement. Depuis 1976 et l’adoption du weekend islamique (jeudi et vendredi), l’Algérie ne travaille que 3 jours par semaine en phase avec le reste du monde. Pour information, l’Algérie "perd" entre 300 à 500 millions de dollars par an dans cette affaire. D’après la Banque Mondiale, le passage au WE universel devrait générer "une croissance de 3% du PIB". Seuls l’Algérie et des pays conservateurs comme la Libye, la Somalie ou l’Arabie Saoudite continuent à en faire une question hautement religieuse.

Le revirement de l’Etat sur les privatisations (des centaines de fonctionnaires sont dans l’attente d’une décision définitive et font tourner leurs services à minima depuis des années).

Beaucoup d’entreprises sont mal managées, les projets mal gérés, les ressources mal allouées, l’environnement des secteurs bancaires et fonciers reste archaïque, la corruption est omniprésente au plus haut niveau. Le chômage de masse, la dégradation de l’habitat, de la santé, du niveau scolaire et du pouvoir d’achat touchent une part importante de la population. Autant d’indices caractéristiques du mal développement qui augure d’un futur déjà vu.

Quel avenir ?

Jamais depuis le premier choc pétrolier une telle pluie de dollars ne s’était déversée sur les pays producteurs d’hydrocarbures. Mais la stabilisation des cours de l’or noir au-dessous de 60 dollars, qui devrait se prolonger après un pic à 78 dollars durant l’été 2006, pourrait marquer la fin de cette période faste.

"Depuis 2000, les monarchies du Golfe, la Libye et l’Algérie ont accumulé près de 845 milliards de dollars d’excédents extérieurs. c’est plus que la Chine durant la même période", révèle Koceila Maames, économiste à la banque d’affaires française Calyon.

Une partie de ce trésor de guerre est venue gonfler les réserves de change des banques centrales pour renforcer les monnaies nationnales. En Algérie, par exemple, celles-ci ont atteint un record en 2006 : près de 70 milliards de dollars, de quoi honorer trois ans et demi d’importations. Une autre partie a servi à rembourser des crédits. Enfin, la dernière partie est consacrée à la modernisation des économies de la région. L’Algérie a annoncé un plan d’investissement de 120 milliards de dollars d’ici 2009. Ce boom des dépenses publiques sert à remettre les infrastructures pétrolières à niveau, comme en Libye, ou à préparer l’après-pétrole en pariant sur de nouveaux secteur. Dubaï mise sur le tourisme et les services financiers. L’émirat envisage même de concurrencer à terme la Bourse de New York (NYSE) pour le négoce de pétrole.

Quant à elle, l’Algérie finance notamment un gros programme de construction de logements et d’infrastructures routières. Des dépenses qui s’imposent, dans des pays ou la population a doublé en vingt ans, mais qui n’ont pas toujours d’effets positifs sur l’emploi : en Algérie, par exemple, les chantiers ont été confiés en majorité à des compagnies chinoises, pour gagner du temps ... et de l’argent.

Risque d’inflation

"L’ancrage au dollar des monnaies du Maghreb ajoute un risque supplémentaire, prévient Koceila Maames. Lorsque le billet vert se déprécie, ces pays sont confrontés au renchérissement des nombreux produits importés d’Europe, qui gonflent le coût de la vie."



Les Chroniques du [CyberKabyle].

24 décembre 2006

Les ressources en eau de l’Algérie atteindront leurs limites en 2020, selon l’Agence pour le climat


Les ressources en eau en Algérie "atteindront leurs limites à l’horizon 2020-2025", a déclaré mercredi à l’agence APS le directeur de l’Agence algérienne pour les changements climatiques (ANCC), Mustapha Kara.

"Si des mesures ne sont pas prises dans l’immédiat, l’Algérie verra (...) ses sources en eaux se tarir, notamment dans les Hauts-Plateaux et les steppes", explique-t-il dans cet entretien, en marge de la conférence internationale sur la lutte contre la désertification.

"La crise du climat va aggraver la dégradation des ressources naturelles dans les Hauts-Plateaux et toutes les régions steppiques" qui constituent "de véritables potentiels agricoles" et qui doivent, selon lui, "assurer la sécurité alimentaire du pays, ainsi que la protection de la frange côtière".

Il a expliqué qu’en raison de sa situation dans une zone de transition entre les régimes tempérés et subtropicaux, l’Algérie "présente une grande sensibilité au climat, notamment dans les Hauts-Plateaux et la steppe qui couvrent environ 60% des terres viables du Nord".

Il a notamment préconisé un aménagement des chotts (étendues d’eau en milieu aride), un reboisement massif et la définition de nouveaux critères architecturaux.

La Kabylie concernée aussi

Cette sècheresse ne concerne pas seulement les régions aride d’Afrique du Nord. La Kabylie aussi est concernée. En effet les incendies de forets, la déforestation sauvage, le trafique de bois, le pillage des ressources hydraulique kabyles par l’État algérien sont autant d’éléments qui font craindre le pire.

(Source : APS, AP)



La Chronique du [CyberKabyle].

15 décembre 2006

Zidane, l’idole


Depuis deux jours, l’ancien capitaine de l ’équipe de France, en visite en Algérie, déchaîne les foules partout où il passe.

SIRÈNES HURLANTES, deux motards ouvrent la voie à la Mercedes 500 blindée de couleur noire qui file en trombe. À ses côtés, occupant l’essentiel de la chaussée, des policiers sortent les bras de leurs véhicules banalisés pour enjoindre les automobilistes à se rabattre.

Envers les plus rétifs, les hommes de la garde présidentielle n’hésitent pas à recourir à la menace et à exhiber leurs AK 47 hors de l’habitacle. Derrière ce cortège officiel, une cohorte de véhicules hétéroclites s’efforce de suivre. Les journalistes locaux, accompagnés de copains ou de cousins, ne lâchent rien. Aucun battement de cils de Zidane ne peut ni ne doit échapper à leurs focales.

La cinquantaine de véhicules en fièvre a traversé, deux jours durant, la Wilaya de Boumerdes (une préfecture située à l’Est d’Alger, très durement touchée par le terrorisme durant la décennie noire, puis par un violent séisme le 21 mai 2003) à l’occasion de la visite de Zinédine Zidane. Sidi Daoud, Beni Amrane, Thenia… Villes martyres ou en partie détruites.

Chaque fois, le défilé des protecteurs et de ses suiveurs a laissé derrière lui un nuage de poussière, des odeurs de pneus et d’embrayage mêlées.

Traces fugaces du passage de Zidane ? Peu nombreux sont ceux qui sont parvenus à approcher le champion. Au mieux, les plus chanceux ont réussi à cadrer une photo, la main levée. L’empressement était tel que sa venue a occasionné quelques bousculades. D’autant que les gendarmes ou les militaires censés contenir la foule se préoccupaient parfois plus de le photographier avec leur téléphone mobile…

Mesures de sécurité et agenda chargé obligent, Zidane n’a pas traîné. Vingt ans après son dernier séjour en Algérie, il revenait au pays pour vérifier l’emploi des dons récoltés par l’association France 98 en faveur des sinistrés du tremblement de terre de mai 2003 et dont l’épicentre se situait à Thenia, non loin de Boumerdes. Grâce à un match de solidarité entre les anciens champions du monde et l’Olympique de Marseille, disputé au Stade-Vélodrome, le 6 octobre 2003, l’association avait récolté près de 1,5 million d’euros (billetterie, droits télé, parraineurs, etc.). Une partie de la somme fut allouée aux familles de pompiers du Var décédés en intervention, l’autre confiée à la Fondation de France qui s’est chargée de la redistribuer, après expertise, auprès de différentes ONG (SOS Villages d’enfants, Handicap International, Touiza Solidarité, Atlas Logistique, etc.). Sur une quinzaine de projets proposés, Zidane en avait retenu six, le plus souvent en rapport avec l’enfance.

Par curiosité, mais surtout par respect vis-à-vis des donateurs, il voulait constater de ses yeux.

« One, two, three, viva l’Algérie »

Polyclinique, unité de médecine infantile, pouponnière, unité de pédopsychiatrie pour enfants abandonnés… tant de projets utiles et émouvants réalisés grâce aux dons récoltés. Zidane a enchaîné les visites, rencontré les différents membres du personnel médical ébahis. Pendant ce temps, dehors, la foule scandait son nom. À défaut de pouvoir l’approcher, beaucoup se

rabattaient sur son grand frère Nordine, resté dehors, à l’écart des caméras. Malgré lui, c’est Nordine le discret qu’on sollicitait pour une photo ou un autographe. On lui offrait des dessins, des poteries, toutes sortes de présents adressées à Zinédine. Le grand frère acceptait en souriant. Remerciait, l’air gêné. Chaque fois les mêmes scènes : pour apercevoir la star, des petits malins escaladaient les toits ou les piliers. D’autres, plus téméraires, faisaient ployer les branches des oliviers. Les plus jeunes, eux, étaient trop petits pour apercevoir quoi que ce soit. Ils devront se contenter du souvenir indélébile de ce jour d’ambiance, festif comme une célébration d’indépendance. Journée où l’on a séché l’école pour attendre, deux heures durant, le champion en chantant : «Zizou, Zizou !» ou encore «One, two, three, viva l ’Algérie !»

Chaque fois, en sortant de sa voiture, Zidane pouvait apercevoir ces gosses en liesse et goûter leurs acclamations. Son sourire endisait long. Il aurait aimé rester, les regarder, se délecter. Mais il fallait poursuivre, continuer sa visite au pas de course. En retrait, ses parents ne perdaient rien de ce spectacle. Malika serrait son gros sac à main, Smaïl joignait les mains devant son pardessus des beaux jours. Tous deux vivaient une émotion rare. Parti de Kabylie avec rien en 1953, Smaïl revenait près de cinquante ans plus tard en héros, reçu avec les fastes d’un chef d’État. «En attendant leur avion, le fait de repenser au destin de cet homme m ’a foutu les larmes », confie Henri Émile.

Enveloppés par l’émotion de leur histoire personnelle, les Zidane n’ont guère eu l’esprit à saisir les dimensions plus sibyllines que comportait la visite de leur fils. Tant mieux si sa venue constitue un premier pas vers le dégel des relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays.

Mais la récupération de l’événement par le gouvernement a fait grincer quelques dents. Sur chaque site de visite, des officiels avaient tendu une bâche de 3 mètres sur 4 sur laquelle on découvrait Zinédine Zidane aux côtés du président Abdelaziz Bouteflika. Un grossier montage Photoshop appuyé par un slogan : « L ’Algérie est fière de vous ».Le champion et le président posant sur le même plan. Le message est clair : l’État algérien s’approprie la venue du champion.

En découvrant ces deux portraits accolés, le légendaire chanteur Kabyle Idir, ami de Zidane et compagnon de cortège, s’est montré perplexe : «Heureusement que Zinédine est un fédérateur. Il est l ’homme qu’il faut pour rassembler, malgré toutes ces récupérations parfois vulgaires.» Effectivement, celles-ci n’ont pas manqué. Lundi, déjà, lors du premier jour de visite, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Djamel Ould Abbas, n’avait cessé de montrer son meilleur profil et sa cravate fuchsia aux caméras. Se rendant indispensable, il alimentait de sa logorrhée chaque visite de site. Reprenant à son compte l’oeuvre des autres…

Hier, le ministre était absent. Zidane a pu disposer de temps pour dialoguer avec les personnels médicaux, les questionner sur leur quotidien et leurs besoins. À l’hôpital de Thenia, il a même pu jouer quinze minutes au ballon avec des orphelins originaires du Sahara qui, en plus de leur drame, sont victimes du racisme. Revenu à Alger, en fin d’après-midi, il a visité dans le recueillement le pavillon des enfants cancéreux du professeur Bouzid. Un moment rare et digne. Avec des silences. De la pudeur aussi. Des valeurs qu’apprécie Zidane.

En regagnant sa résidence d’État dans la soirée, son cortège a été ralenti par un autre convoi : celui du Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero. Après Thierry Breton hier, les sirènes n’ont pas fini de hurler dans Alger.

KARIM BEN ZIDANE, L'equipe

La Chronique du [CyberKabyle].