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08 juin 2013

La thèse farfelue du "la rébellion touareg au Mali serait un dégât collatéral de la crise libyenne"


Depuis le début de la rébellion Touarègue du MNLA dans l'Azawad, de nombreux "chefs d'états" affirment qu'elle est la conséquence de la crise Libyenne. Qu'elle n'en serait qu'un "dégât collatéral".  Que la série de victoires des rebelles seraient dues aux armements provenant des les arsenaux libyens.

Cet argument à été développé en long en large et en travers par différents "chefs d'états" et "certains journalistes".

C'est le cas du président du Niger, Mahamadou Issoufou, dans un article du Monde daté du 14 février 2012 qui affirme:

Après la défaite de Kadhafi, un certain nombre de ses soldats ont fui la Libye pour s'installer dans le Sahel. Au Niger, notre position a été ferme dès le début. D'accord pour accueillir tout le monde, sauf des hommes armés. Seul l'Etat doit avoir le monopole de la force. Donc, les hommes devaient rendre les armes sinon nous les combattions. C'est ce qu'on a fait et ils n'ont pas pu prendre pied au Niger. Malheureusement, ils sont allés au Mali, par petits groupes, d'abord. Puis c'est devenu un grand groupe de 400 à 500 combattants lourdement armés. Les pays du Sahel, Mali et Niger notamment, ont connu des rébellions récurrentes depuis le début des années 1990. La crise libyenne a catalysé les velléités de rébellion et d'indépendance, ou au moins d'autonomie, de l'Azawad (au Mali). Rébellion ouverte à partir du 17 janvier.

 Plus récemment, c'est le président dictateur du tchad, Idriss Déby, qui affirme dans un article du Figaro daté du 7 juin 2013, que :

Je crois que la situation actuelle au Sahel ne doit pas être une surprise pour qui que ce soit. Dès le départ de la guerre en Libye, nous savions que les conséquences seraient dramatiques pour les pays voisins, mais aussi pour la Libye elle-même. Nos craintes étaient tirées de notre connaissance des hommes, de la culture, de l'organisation sociale de ce pays. C'est pour ça que j'avais demandé, en son temps, une formule qui puisse permettre de faire partir Kadhafi tout en permettant aux Libyens de se réconcilier et de mettre en place des institutions. Cela a été pris pour le plaidoyer d'un ami de Kadhafi. Mais je savais les conséquences de cette guerre. Personne ne s'est préparé.
Évidement, dans les deux cas, les analyses font l'impasse sur la situation, politique, économie et sociale dans l'Azawad. En quelques sorte tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes avant la chute de Khadafi. la crise malienne serait due à l'inconséquence de la décision du président français, Nicolas Sarkozy, d'intervenir en Libye.

Mais en réalité quelle était la situation économique, sociale et politique dans l'Azawad ? La revue géopolitique Diploweb nous donne quelques éléments de reponses dans un article daté du 23 septembre 2013 intitulé "Mali un état failli ?" :

De ce fait, les deux-tiers nord du Mali échappent depuis longtemps au contrôle effectif de Bamako. D’autant que les guerriers du sud perdent beaucoup de leur efficacité dans un milieu auquel ils ne sont pas habitués. D’où le recours à des supplétifs recrutés localement, parmi les Arabes ou d’anciens rebelles touaregs, par exemple. Avec les risques de défection et/ou de double-jeu que cela comporte.

Pauvre, l’État malien est dirigé par des sudistes, peu voire pas du tout attachés au nord. De plus, les habitants du tiers sud ne sont guère attirés par ces contrées inhospitalières. La faible motivation et l’absence de moyens se conjuguent pour inciter les autorités à se détourner de la région afin de concentrer leurs efforts dans la région considérée comme “utile“ et où réside la majeure partie (90%) de la population. Obstacle important au développement, le problème de l’enclavement se pose dans toutes les régions du pays. Les sudistes, conformément à leur penchant et aux attentes de nombreux Maliens, ne donnent pas la priorité à l’aménagement du nord. Ce choix en pérennise l’isolement et accroît encore les difficultés pour le contrôler.
La pauvreté débouche sur une corruption importante d’une partie des responsables politiques comme des cadres civils et militaires. Les profits retirés de la complicité avec les trafiquants de toutes sortes, voire avec les preneurs d’otages d’Al Qaida, incitent donc certains dirigeants et fonctionnaires à perpétuer l’absence d’État de droit dans la région. Cela contribue à ce que le contrôle du territoire échappe largement aux autorités légales. En admettant qu’elle n’ait pas fait l’objet de détournements, l’aide dispensée par les Occidentaux pour la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme n’a pas suffi pour inverser cette situation.
En outre, les habitants (1 300 000) de l’Azawad ne sont pas tous Touaregs. Il s’y trouve, notamment, des Maures, des Arabes (majoritaires à Tombouctou), des Songhaï (majoritaires à Gao) ainsi que des Peul. Ils ne manifestent nulle appétence pour l’État touareg et certains se seraient engagés dans le groupe du colonel Ag Gamou. De plus, les Arabes de Tombouctou sont organisés en milices créées par l’ex-président Touré pour lutter contre AQMI. Certains observateurs assurent qu’elles comptent dans leurs rangs des hommes de main contrôlés par des marchands liés au trafic de drogue et qu’elles pourraient faire le coup de feu contre les indépendantistes. L’écheveau des intérêts, des allégeances et des alliances s’avère donc des plus complexes et la faiblesse insigne de l’État malien n’arrange rien, d’autant que certains de ses représentants en tirent profit. 


En novembre 2009, un Boeing 727 parti du Venezuela atterrissait à Tarkint, une localité proche de Gao, dans le nord est du Mali. Il transportait entre cinq et neuf tonnes de cocaïne, qui ne furent jamais retrouvées. Après son déchargement, puis un décollage raté, l’avion fut incendié. L’enquête a révélé qu’une famille libanaise et un homme d’affaires mauritanien ayant fait fortune dans le commerce de diamants angolais figuraient parmi les commanditaires.

Comment un appareil de cette envergure, mais aussi d’autres plus modestes, et de telles quantités de cocaïne ont-ils pu transiter dans une région certes désertique, mais peuplée et administrée ? Selon un analyste politique français spécialiste du Sahel désireux de garder l’anonymat, un ministre et de hauts dignitaires de l’armée et des services de renseignement, proches de l’ancien président Amadou Toumani Touré (« ATT »), ainsi que certains députés originaires du nord du pays, sont impliqués. «C’est le sujet sensible. On touche au cœur du pouvoir, lâche notre informateur. A la fin du régime d’ATT, des officiers supérieurs de l’armée malienne et des renseignements liés à ces trafics étaient totalement délégitimés. C’est l’une des raisons pour lesquelles des hommes de troupe et des officiers subalternes ont participé au coup d’Etat de mars 2012. Les hauts gradés possédaient un parc automobile qu’ils n’auraient pas pu se payer même en détournant tout le budget de l’armée.»
Chercheur français spécialiste du Sahel, Simon Julien, a détaillé la concurrence que se livraient dans le nord du Mali, avant 2012, certaines populations ayant accès à la rente et d’autres qui en étaient privées. En finançant généreusement, grâce à l’argent de la drogue, plusieurs groupes opposés aux Touaregs ifoghas, le régime espérait étouffer les rébellions touarègues. Mauvais calcul. L’afflux d’armes de Libye et de combattants islamistes précipitera la partition du Mali. Ce poids de l’argent de la drogue dans la déstabilisation de toute la sous-région ne doit pas être sous-estimé.

En lisant ces articles particulièrement éclairant sur la coruption et la décomposition de l’administration, de l'armée et de la classe politique ainsi que les différentes politiques d’aménagement du territoire, sans oublier le soutiens de certaines milices ethniques anti touaregs sont la principales causes de la rébellion du MNLA.

 En ce qui concerne l'autre affirmation abracadabrante sur le fameux armement libyen des forces rebelles un article de Jeune Afrique daté du 8 novembre 2013, intitulé "Crise malienne : d'où viennent les armes des djihadistes ?" donne des détails précis :

Si la guerre en Libye est systématiquement montrée du doigt, la réalité est plus complexe. Rebelles, jihadistes et bandits n'ont pas attendu la mort de Kaddafi pour prospérer. Bien avant 2012, le Mali était devenu le ventre mou de l'Afrique de l'Ouest, où fleurissaient tous les trafics. Depuis l'Érythrée, le Soudan et le Darfour, via le Tchad puis le Niger ; depuis la Sierra Leone et le Liberia, où la fin des guerres civiles a rendu disponibles d'importantes quantités d'armes, via la Guinée ; depuis le sud de l'Algérie, avec des armes volées dans les dépôts du Front Polisario, via la Mauritanie... Les marchands de mort transportent leur cargaison, se servant du Mali comme terrain de passage, mais aussi comme d'un espace de vente, car les clients abondent depuis les années 2000.
Ainsi, en 2005, les hommes de Mokhtar Belmokhtar attaquent le poste militaire de Lemgheity, en Mauritanie, avec une vingtaine de 4x4, équipés de mitrailleuses lourdes et de lance-roquettes antichars RPG-7 qui ne sortent pas des entrepôts libyens. Et les premières mines antipersonnel utilisées contre l'armée malienne l'ont été, dès 2007, par les hommes d'Ibrahim Ag Bahanga, dans la zone de Tinzaouatène.
 
Les armureries des garnisons maliennes constituent elles aussi depuis longtemps des sources d'approvisionnement. Un rapport de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères du Mali, daté de 2010, quelques mois avant la révolution libyenne, indique que « des armes et des munitions de toutes catégories circulent illicitement dans toutes les régions du pays. Certaines proviennent du trafic illicite, d'autres des stocks nationaux à cause de leur mauvaise conservation et mauvaise gestion ». Dans d'autres cas, les saisies disparaissent, vendues par des membres des forces de sécurité peu scrupuleux.
Avec la débandade de l'armée malienne, islamistes et rebelles du MNLA se sont emparés de stocks importants, aussi bien d'armes légères que de blindés et de l'artillerie : BRDM-2 et BTR-60PB, mortiers ou lance-roquettes multiples BM-21. À Gao, le MNLA avait mis la main sur quelques chars légers PT-76. Même si leur capacité opérationnelle paraît douteuse et que les obus pour leur canon de 76 mm sont en majorité défectueux, tout cet arsenal a été récupéré par les salafistes lors de la déroute des indépendantistes de l'Azawad.
Grâce à des armes et équipements abandonnés par les forces maliennes, les jihadistes peuvent donc équiper la « piétaille » qu'ils ont formée à la hâte, renforcer leurs capacités et se procurer de quoi fabriquer des engins explosifs. Ces stocks ne sont pas inépuisables, mais il y a d'autres alternatives, beaucoup d'autres...

 La encore une légende qui s'écroule. L'armement des rebelles du MNLA et des Djihadistes du MUJAO, ADMI et Ansar Dine provient essentiellement des arsenaux maliens et non de Libye ... Et la fière armée malienne ne s'est pas débandée à cause  d'une "défaillance de la chaine de commandement", mais de la corruption générale des officiers.

Les Chroniques du [CyberKabyle].

20 août 2012

3 août 1492. Sans les berbères, Colomb n'aurait jamais découvert l'Amérique.

Selon un article du magazine français Le Point, Martín Alonso Pinzón, le chef de la principale famille d'armateurs de Palos (aujourd’hui Huelva) d’où Colomb s’est élancé à l’assaut de l’Atlantique pensant rallier les Indes par l’Ouest, est un berbère.

C’est lui, d’après Le Point.fr  qui raconte cette folle épopée, qui a armé la flotte de Colomb des trois célèbres Caravelle : La Santa Maria, la Nina (commandée par Vicente Alonso Pinzón, frère de Martin) et la Pinta (commandée par Martin lui-même).

Alors qu’il désepérait de trouver des navires et un équipage expérimenté pour son expédition, «miracle, un beau jour, Colomb reçoit la visite de Martín Alonso Pinzón, le chef de la principale famille d'armateurs de Palos, d'origine berbère. L'homme a bien réfléchi, il se dit que, si Colomb a raison en cherchant les Indes à l'ouest, c'est la fortune assurée. Il décide de tenter le coup en lui proposant une association. Dès lors, c'est du gâteau, Pinzón fournit deux caravelles de belle allure… » raconte Le Point.fr.

En raison d’une avarie, les navires accostent aux Canaries ou ils trouvent l'aide d'une femme berbère : Doña Beatriz de Bobadilla.
«Les deux frères Pinzón proposent à Colomb de faire escale à La Gomera, île gouvernée par leurs cousins les Gomeros, où ils sont accueillis le 11 août 1492 par Doña Beatriz de Bobadilla (ou de Bouabdallah). Les trois caravelles sont chargées de fruits et d'animaux vivants. Quelques volontaires dans la famille des Gomeros se joignent à l'expédition».
Le début d’une aventure sans précédent dans l’histoire des conquêtes humaines…


Les Chroniques du [CyberKabyle].

30 avril 2012

Le régime algérien & l'Azawad 1/2


"The Malien Crisis Seen from Algeria" est une analyse très intéressante sur la perception de la crise malienne par le régime algérien.

L'auteur, Thomas Seres, écrit que l'Algérie percoit la crise dans le nord du Mali comme une opportunitée d'obtenir un soutien de l'Occident pour les élections de mai en se positionnant comme un médiateur incontournable dans l'Azawad.


The success of the Tuareg rebels and their allies also has important implications given the upcoming legislative elections in Algeria that will prepare the succession of the Raïs Bouteflika. Western powers have called upon Algeria to support their efforts in solving this crisis, rendering them increasingly dependent on the cooperation of the regime, whose stability has  become a priority.  


Toujours selon l'auteur, l'Algérie utiliserait "la guerre mondiale contre le terrorisme" comme une occasion d'obtenir une «rente géopolitique».

De facto, Algeria is a key player in the Sahel, perhaps now more than ever. The crisis in Libya and Mali will likely bolster the geopolitical rent that has benefited the Algerian regime since 11 September 2001. As long as the country is involved in the so-called “war on terror,” its international partners are forced to avoid making any interference in Algerian affairs. Interested in maintaining the stability of the country, they must also court the (widely corrupt) military aristocracy, which is a key player in political decisions. With the upcoming legislative elections in May that will determine the succession of Abdelaziz Bouteflika, the Malian crisis provides the military elite a welcome occasion to make itself indispensable in the eyes of its international partners.


Les Chroniques du [CyberKabyle].

29 avril 2012

Tinariwen & la partition du Mali sur France Inter

A écouter et à réecouter l'émission exceptionnelle consacrée à Tinariwen en pleine guerre d'indépendance de l'Azawad : "Tinariwen & La partition du Mali".

Les Chroniques du [CyberKabyle].

20 avril 2012

Le Monde et France Info parlent de Nina l'égérie de la révolution Touareg de l'Azawad


"Nina Wallet Intalou, la pasionaria indépendantiste des Touareg maliens". C'est sous ce titre que le quotidien Le Monde dresse un magnifique portrait de la dirigeante du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA)

Au delà de la personnalité hors norme de Nina, c'est son discours d'une grande lucidité qui est frappant. Ses mots frappent comme des balles, cartouches triple zéro.

Ainsi au sujet des islamistes d'AQMI elle déclare :

AQMI est en train d'occuper notre territoire, même les hommes ne peuvent plus fumer. Ils combattent notre culture et donc notre identité, poursuit-elle, et le Mali n'a jamais rien fait contre eux. Ils veulent nous effacer, avec la complicité de l'Algérie.

Au sujet de Khadafi, la encore elle reste d'une grande lucidité :

J'avais une grande haine contre cet homme quand je voyais comment il utilisait les Touareg pour combattre au Tchad ou ailleurs. Kadhafi les trompait en leur disant qu'ils faisaient partie de l'armée libyenne, mais en réalité, ils étaient maltraités.
 France Info aussi déclare sa flamme à Nina, dans un portrait, certes remplis d'approximations, mais néanmoins vibrant.



Les Chroniques du [CyberKabyle].

02 mars 2012

“Je suis né berger nomade, de parents touaregs, dans le nord du Mali entre Tombouctou et Gao, le sable dans les yeux en regardant les étoiles”

“Je suis né berger nomade, de parents touaregs, dans le nord du Mali entre Tombouctou et Gao, le sable dans les yeux en regardant les étoiles”, peut-on lire sur son blog. Moussa Ag Assarid est poète, écrivain, aujourd’hui révolutionnaire par la force des choses.

“Beaucoup d’amis m’ont envoyé des textos pour me dire qu’ils avaient été choqués par mon engagement au MNLA. Je veux leur dire que je reste un homme épris de paix et de liberté. C’est au nom de ces valeurs que j’ai adhéré à ce mouvement.”

Titulaire d’un master en management du développement et communication acquis en France, ce trentenaire qui est aussi journaliste est chargé de la communication et des affaires humanitaires au sein du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). “Je ne peux pas rester passif face à la destruction de mon peuple sous prétexte que je suis un pacifiste.”

Les Chroniques du [CyberKabyle].

03 janvier 2012

Lire : "Histoire secrète de l'Algérie indépendante : l'Etat DRS" de Mohamed Sifaoui

 Ça buzz sur les réseaux sociaux avec l'annonce de la sortie imminente du très attendus livre de Mohamed Sifaoui "Histoire secrète de l'Algérie indépendante : l'état DRS", par le journaliste Farid Alilat fondateur du journal en ligne Les Dernières nouvelles d'Algérie.
Très prochainement, en exclusivité sur DNA, les bonnes feuilles du livre "Histoire secrète de l'Algérie indépendante : l'Etat DRS"
 Mohamed Sifaoui est surtout connu comme étant l'auteur de "AI-Qaïda Maghreb islamique", un livre qui a eu un très gros impacte médiatique des deux cotés de la méditaranée. Mais l'auteur est aussi l'auteur d'un livre : "Bouteflika, ses parrains et ses larbins" disponible en PDF sur le Web.

L'annonce de la publication soulève beaucoup de questions. Au sujet de Mohamed Sifaoui dabord. Selon certains, Mohamed Sifaoui est un agent double qui œuvre pour tout ou partie du régime,ou pour son propre compte.

C'est l'habituelle zone grise de la scène politico-médiatique algérienne. On en sait qui travaille pour qui, qui decide qui ne décide pas ...

L'autre élément qui me dérange est l'auteur semble (je n'ai pas encore lu le livre), comme beaucoup d'autre reproduire le discours populiste du régime. est ce que vous ne pensez pas que accuser une entité (la drs), ou un groupe d'hommes (le pouvoir) de tout les maux du pays n'est pas une solution facile pour dédouaner "le peuple" de toute culpabilité ? Le peuple, serait innocent mais victimes de la très célèbre "main de l'étranger", de lobbies sionistes,  des colonisateurs, du capitalisme.

Est ce que le vrai coupable ce n'est pas "le chaab" qui a laissé faire ? Le peuple n'a t'il pas laissé faire en 63 au lendemain de l’indépendance quand l'armée des frontières a taillé en pièce ce qui restait de l'ALN ? Le peuple n'a t'il pas laissé faire lors du printemps kabyle de 1980 ? Puis lors des émeutes de 1988, ce même peuple n'a t'il pas mit au pouvoir des islamistes ? Plus récemment le peuple n'a t'il pas laisser faire le massacre du très sanglant printemps noire ?


Une méchante police politique d'un coté et un gentil peuple innocent de l'autre ? Vraiment ?

Les Chroniques du [CyberKabyle].

07 décembre 2011

Taâchourt, la fête des absents

Fêtée ce lundi 5 décembre à travers tous les villages de Kabylie comme dans toutes les contrées de notre vaste Algérie, Taachourt est la journée où l’on se souvient des absents, des morts, des disparus .Nous nous recueillons devant leurs tombes, nous célébrons leur mémoire dans les mausolées, nous convoquons les plus vieux souvenirs pour en tirer gloire et  nous en alimenter. En leur nom nous faisons don d’oboles,  d’une partie de nos biens, pour secourir les pauvres et les démunis.

Taâchourt  fait partie de ces moments privilégiés, ces haltes providentielles où l’on tente d’être soi-même, de se réapproprier des oripeaux de notre culture, de retrouver des repères et des appartenances dans ce grand fouillis de valeurs gadgétisées que nous appelons modernité ! Notre identité en perpétuelle recomposition est faite de rituels conviviaux, de traditions festives et de coutumes tenaces qui se diluent peu à peu en se mariant avec les attributs mutants de la  vie moderne superficielle. Nous exprimons ce cocktail culturel en nous infligeant une multitude de comportements sociaux  éphémères et singuliers souvent folkloriques qui habillent notre identité du jour, et qui font que nous sommes nous et pas les autres.

C’est souvent une belle confusion dans les esprits, notamment chez les jeunes ! Quelles différences dans les contenus entre Yennayer, et Tafsout  entre le Mouloud et Taachourt ? Que reste-t-il donc de cette fête religieuse antéislamique ? On se réfère alors fatalement aux souvenirs des anciens ! Taâchourt est une journée particulière. Elle n’a ni le caractère libérateur de l’Aid’Sghir qui met fin à un mois de privation et à la gloutonnerie nocturne du Ramadhan, ni le cachet sacrificiel rituel de l’Aid-el-adha ! Elle ne prend pas non plus les formes carnavalesques de « Amenzou Tefsout » où des hordes de jeunes sortent dans des tenues bariolées excentriques pour se rouler dans l’herbe et  accueillir le printemps ou encore les sorties villageoises pour des pique-niques lors des « Labours d’Adam » à l’occasion du tracé du premier sillon d’automne accompagné des rites propitiatoires. Taâchourt, fête juive que les musulmans se sont appropriés prend un caractère de fête moderne, proche du 8 mars, la journée internationale de la femme, puisqu’elle suspend tous les grands travaux pour la gent féminine. La filature et le tissage, les moutures et les lavages de linge à l’exception  de la cuisine sont interdits sous peine d’une malédiction qui s’exprimera par des trémulations des membres supérieures. Cette croyance est à l’évidence colportée par nos grand-mères qui y trouvaient autrefois leur avantage, un moment pour se soustraire aux corvées paysannes éreintantes.

                                                                   Se recueillir sur les tombes

 Dans la vallée de la Soummam et les villages des contreforts méridionaux du Djurdjura, Taâchourt est la fête des absents. On ne parle pas de morts  parce que, pour nous, les âmes sont immortelles, elles rodent, et reviennent régulièrement nous imposer des célébrations, des commémorations. Elle revêt un caractère de rite collectif dominé par la visite au mausolée de l’ancêtre, le recueillement sur les tombes des proches défunts, le don et  l’offrande de tout ce qui peut soulager des familles pauvres et le repas spécial préparé avec les restes de viande du mouton de l’Aid. Pour le symbole on ne consomme rien de frais, mais des restes et des conserves (olives  et figues sèches, viandes conservée au soleil, céréales et fruits secs ) .On prépare une galette de semoule de blé farcie de viande sèche (Achedlouh) que nous consommons fumante arrosée d’huile d’olive nouvelle. Le partage avec les voisins et les passagers complète le rite.

Etant l’aîné de la famille, le devoir d’accompagner ma vieille mère dans la visite du mausolée m’incombe de facto. Le fils cadet l’a déjà menée visiter le cimetière tôt dans la matinée. Comme durant la fête de l’aid-El-Adha, les familles se rendent dès les premières lueurs de l’aube au cimetière pour se recueillir devant les tombes de leurs proches. On y récite des sourates et des prières bienfaitrices. Quand le souvenir est trop vivace on soulage son coeur par des larmes sincères. Ma mère a coutume de s’asseoir longuement à côté de  la tombe de son mari et de celle de sa belle mère Elle n’a pas dérogé à la règle cette année encore .Autrefois elle parlait à son mari, lui donnait des comptes sur la marche de la maison comme elle le faisait de son vivant ! Depuis qu’elle n’a plus les rennes de la famille elle ne lui parle plus. Elle se contente de prier et de demander le pardon aux âmes des anciens. « C’est à toi de leur accorder le pardon pour toutes les misères qu’ils t’ont fait subir » affirme son fils cadet   « Ne blasphème jamais en ce lieu » répond la vieille Tassadit. L’après-midi est réservé au mausolée.

Nous remontons de Tazmalt à travers les hameaux montagneux du versant sud de la grande dorsale du Djurdjura qui domine la haute vallée de la Soummam.  Agoni-Goroiz, le chef-lieu de la commune d’At-Mélikèche, à 1000 m d’altitude, est animé par ce bel après-midi ensoleillé .Un monument aux morts est récemment dressé sur la droite du siège de l’APC. Les coteaux moutonnant  vers l’est à perte de vue se recouvrent d’une verdure naissante. De jeunes bergers gardent des chèvres entre les figuiers dénudés par la main de l’hiver et les frênes à l’allure fantomatique. Le panorama est d’une beauté incomparable, nous dominons les fins fonds des plaines verruqueuses du Hodna au sud, les mystérieuses pinèdes du Tamgout à l’ouest, le majestueux vallonnement brumeux des monts Bibans qui étirent la basse vallée vers les lointains Babors qui mouillent leurs pieds dans la méditerranée.

Une association au service des démunis 

Chaque année à pareille période les villages des At-Mèlikèche se mobilisent  pour vivre l’événement. Sertis comme les perles d’un chapelet rougeâtre sur le chemin de wilaya n°7 qui serpente à travers les contreforts des monts d’Agdal, les dix hameaux de la vieille tribu originaire de la Mitidja, sont fédérés par la mémoire de  leur guide spirituel Sidi-El-Moufaq, un lettré andalou chassé d’Espagne, à la fin du 15ème siècle. Les règles de cohabitation sociale instituées par ce meneur d’hommes sont encore appliquées de nos jours telles que prescrites dans son ouvrage datant de l’an 902 de l’hégire (Taâlaqt).Une association socioculturelle portant le nom de l’ancêtre active en organisant festivités, célébrations rituelles et commémorations. Taâchourt entre dans le programme annuel de cette association : « Nous avons accueilli plus de 2000 visiteurs, venus depuis ce matin se recueillir devant le tombeau du Saint Sidi-El-Moufaq, le guide spirituel de la vieille tribu des At-Mélikèche. Nous avons offert à tout un chacun de la limonade et des gâteaux ! Les femmes et les enfants sont très nombreux comme vous pouvez le constater » affirme Zoubir Badji le président de l’association Sidi-El-Moufaq qui gère le mausolèe au nom des 13 villages qui revendiquent un lien historique avec le saint homme, avant d’ajouter « L’association a offert pour les familles pauvres de chacun des treize villages une quantité de coupons de tissu équivalente à une centaine de robes »  A chaque événement l’association engrange un pactole intéressant,en plus des dons en nature, tissus, animaux de sacrifice etc . « Cet argent sera compté en public et versé au compte bancaire de l’association .Il servira à l’assistance les pauvres et les nécessiteux de notre commune. Tout comme nous pourrons financer des travaux de nature sociale comme l’AEP, l’ouverture de pistes, la construction de fontaines, de maisons pour les jeunes etc. » explique Abdelhafid Oulebsir, descendant de la lignée de Sidi-El-Moufaq et  membre de l’association éponyme.

Le cercle des bénédictions

L’incessant défilé de femmes et de jeunes filles tourne  devant le cercle des bénédictions (Agraw).  Une dizaine de marabouts lancent à haute voix des suppliques  et des prières pour intercéder auprès des hautes divinités .Les demandes sont pressantes,il s’agit de hâter la guérison d’un malade, mettre fin à la stérilité d’un couple, ramener saint et sauf un émigré qui tarde à revenir, redonner de la chance à de nombreux infortunés qui n’arrivent pas à trouver  la voie du succès, protéger du mauvais œil une famille qui a socialement réussi et bien d’autres miracles que de nombreux pèlerins pourront jurer avoir vu s’accomplir. Le parvis (azriv) de plus de 400 m²  ombragé par un palmier tricentenaire et les ramures tentaculaires d’un figuier géant, est noir de monde. Les uns s’en vont d’autres arrivent. Le parking est saturé. Hadj Sghir , le rapsode au turban de soie jaune crie plus fort que jamais, appelant Dieu, quémandant une saison prolifique, le retour des émigrés (Ighriven), la prospérité et la tranquillité pour la région .En chœur les marabouts du cercle approuvent d’un mouvement du corps ,le buste vers l’avant  répétant « Amin,ya reb El-alamin ».
Les oboles (waâda) pleuvent, des billets de 200, de 500 voire de 1000DA sont rangés dans  un coffre en bois. Après avoir longuement attendu son tour, une vieille femme, dépose ses billets auprès du marabout Hadj Abdelkader, 200 DA  pour chacun de ses enfants et autant pour les absents. « Priez pour mes enfants, qu’ils aient de la chance, que dieu éloigne d’eux les maléfices et la haine de leurs ennemis ». Le marabout lance d’une voix gutturale fatiguée des suppliques à donner la chair de poule. La vieille a les larmes aux yeux .Nous quittons le cercle des bénédictions pour visiter la crypte. Des milliers de ces êtres simples à l’âme candide  fêtent Taâchourt en ce lieu environné de magie, animé par de vieilles croyances et des rites immuables. Ils ne partiront pas sans avoir mangé du couscous de la Baraka et bu de l’eau de source pour la purification. Les vieilles personnes se recueillent devant le tombeau de l’ancêtre dans la grande pièce où sont réunies ses reliques et ses symboles. Des grappes de  grand-mères bavardent et se confient pour soulager le poids de l’âge, les tourments des multiples échecs et des anciennes souffrances. De belles et graciles jeunes filles habillées de jeans ou de robes kabyles accompagnent leurs mamans dans ce pèlerinage. Cette visite d’un espace-temps d’une autre durée mettra sans doute toutes les chances de leur coté. Par ces temps de misère sociale et de déclin intellectuel,il faut bien s’accrocher à quelques rêves,mêmes les plus fantasmatiques.               

Texte de Dda Rachid Oulebsir.


Ecrivain, essayiste, chercheur en Culture populaire.
Diplômé d’études approfondies en Economie politique
des universités Paris-13-Villetaneuse et Paris-1- Panthéon Sorbonne...


Les Chroniques du [CyberKabyle].

15 avril 2011

État central et autonomie régionale: la dépossession économique de la Kabylie( Exemple de l'oléiculture)

Introduction : L’Etat algérien, de par son essence jacobine, a pour réflexe vital de centraliser tous les pouvoirs de décision, de l’élaboration à l’exécution, de toutes natures, politique, financière, judiciaire, militaire, policière, culturelle, cultuelle… Mais c’est sans doute dans la sphère économique qu’il arrive à asseoir son hégémonie de sorte à s’assurer, de façon pérenne, la dépendance de la population de ses principaux  réseaux  monopolistes de distribution de biens de consommation importés,  grâce à une importante rente pétrolière, traditionnellement des marchés occidentaux et  tout récemment des économies d’Extrême-Orient.

Reproduisant les pratiques et les réflexes du colonialisme français, il installe une suprématie sans partage, luttant sans merci contre toute autonomie économique régionale en se rendant maître des activités économiques et sociales qui constituent le socle  identitaire  et  l’expression  de la personnalité culturelle de nombreuses régions d’Algérie. C’est le cas de la viticulture pour l’ouest du pays, de l’agrumiculture pour la Mitidja, de la culture des dattes pour les oasis, de l’alfa pour les régions steppiques, de la céréaliculture pour les hauts plateaux et de l’oléiculture pour la Kabylie.

Prenant en étau l’activité économique par la monopolisation du financement en amont, et de l’achat du  produit final en aval, il se rend maître de l’activité s’adjugeant le segment de l’exportation qui réalise la valeur ajoutée de toute la branche. Quand les acteurs économiques d’une branche donnée résistent à cet accaparement de la richesse qu’ils ont produite, l’Etat n’hésite pas à détruire l’activité économique en question et anéantir les savoir-faire qui transmettent, perpétuent et pérennisent  socialement la pratique économique  visée.

L’oléiculture en Kabylie est l’exemple même d’une politique de dépossession planifiée et exécutée assidûment par l’Etat pour soumettre une population fière de ses particularismes culturels et de ses réflexes de résistance à la pénétration des multiples colonisateurs.

La présente contribution au débat sur la Kabylie  ne prétend pas à l’exhaustivité, mais exprime tout l’intérêt de la question économique, centrale dans la construction d’un projet d’autonomie régionale. Aussi l’oléiculture considérée comme « le pétrole de la Kabylie », doit-elle être située à sa juste mesure, par un état des lieux sans complaisance, loin de l’image d’Epinal idéalisée  et répandue par  de nombreux romantiques  éloignés du  dur combat populaire pour le pain quotidien.

1-     La situation actuelle de l’oléiculture en Kabylie

Tazemourt, l’olivier, est l’une des armoiries du blason identitaire de la Kabylie, à ce titre il symbolise les valeurs du montagnard kabyle faites d’endurance, de fidélité, d’hospitalité, de générosité, de solidarité et d’éternelle résistance. De  par sa rusticité, l’olivier est l’arbre adapté au climat capricieux et au relief difficile de la montagne kabyle. Aussi constitue-t-il,  depuis la nuit des temps, la principale richesse agricole de la région. De nos jours, sur les 20 millions d’oliviers constituant le verger algérien, 12 millions sont cultivés en Kabylie. (Bejaia: 5 millions, Tizi : 3,5 millions, Bouira : 1.5 millions, bordj  : 1 million, Setif : 1 million)
Ces chiffres, importants dans l’absolu, doivent être relativisés à deux niveaux :

- Le verger oléicole n’a pas évolué depuis l’indépendance ! Nous avions le même verger en 1962 ! Aucune plantation nouvelle  de cette culture stratégique n’a été enregistrée depuis l’indépendance. Bien au contraire, les milliers d’arbres emportés par les incendies et le vieillissement n’ont pas été remplacés. Ce n’est que durant la dernière décennie que les paysans de Kabylie ont repris en mains l’oléiculture malgré la perte des savoir-faire et des conduites culturales ancestrales.

- La seconde remarque concerne l’importance relative de cette richesse naturelle. A titre comparatif, la Tunisie possède un verger estimé à 55 millions d’oliviers, le Maroc  à 40 millions d’arbres  alors que la Grèce  dont la surface  est comparable à celle de la Kabylie cultive plus de 70 millions d’oliviers ! Nous sommes donc très  loin de nos voisins, et sans aucune commune mesure avec les gros producteurs d’olives et d’huile d’olive que sont l’Espagne avec plus de 250 millions d’oliviers, l’Italie et ses 200 millions d’arbres.( Voir tableau 1). Le conseil oléicole international  (COI) a recensé plus de 900 millions d’oliviers dans le monde, dont 90% sont complantés sur le pourtour méditerranéen et 10% entre le Moyen-Orient et l’Amérique. En conclusion, la situation de l’olivier en Kabylie n’est pas florissante  comparée à celle de  la Tunisie,  de la Grèce ou du  Maroc. La quantité d’olives récoltée annuellement ne cesse de diminuer rapportée à la population, tandis que  le savoir-faire se perd à grande vitesse et que la qualité de l’huile laisse à désirer en regard des paramètres et des standards  du marché mondial. La leçon à tirer de ce déclin est qu’en l’état actuel des choses, la population de Kabylie  ne peut vivre des seuls revenus de l’oléiculture. La sauvegarde des savoir-faire en matière d’oléiculture constitue la première condition de la relance urgente de cette noble profession.

2-    Les étapes de la dépossession

L’Etat algérien est responsable de ce déclin de l’oléiculture de Kabylie et du reste du pays. Nous donnerons dans cette partie les jalons  de cette politique de dépossession de la paysannerie kabyle entreprise sciemment par les pouvoirs publics.

Durant la colonisation française les gouvernements militaires et civils avaient rivalisé dans les techniques de spoliation et de dépossession des paysans algériens de leurs meilleures terres. Un arsenal juridique impressionnant ( Sénatus-consulte de 1863, loi Warnier de 1881, lois d’expropriation de 1899…) organisait et exécutait le transfert des terres indigènes vers les propriétés des colons, même  les terrains de parcours collectifs  et les terres des Zaouias  n’avaient pas échappé au séquestre. Démanteler la propriété collective, base économique de la tribu et saper ainsi la cohésion de son tissu social, telle était l’objectif de l’Etat colonial. L’introduction du salariat et de la monnaie était conditionnée par le désintégration de la propriété collective, libérant ainsi la main-d’œuvre paupérisée et corvéable dont avaient besoin les  colons conquérants dans leurs grosses propriétés de la Mitidja, de l’oranais et des hautes plaines intérieures  dont les monocultures alimentaient le marché de la métropole.

En Kabylie le lien social, particulièrement solide avait tenu jusqu’à la fin du 19ème  siècle. La défaite qui avait suivi la grande insurrection de 1871 avait sonné le glas pour les tribus kabyles qui se disloquaient libérant les individus qui n’avaient plus d’autre choix que vendre leur force de travail aux colons ou  dans les usines de la métropole, ce fut le début de l’émigration vers la France après le grand exode vers les grandes villes de l’est et de l’ouest.

A l’indépendance, l’Etat algérien, optant pour l’idéologie socialisante,  a continué dans la logique  centralisatrice jacobine coloniale pour s’assurer la main mise totale sur toutes les régions d’Algérie, uniformisant  culturellement la mosaïque sociale, normalisant les conduites par l’unification de la langue et le neutralisation de la diversité par une école tournée vers le moyen-âge.

Le pouvoir algérien, pour des raisons historiques, avait un contentieux à régler avec la région kabyle qui avait gardé son autonomie même durant la guerre de libération ( Wilaya trois).La rébellion de 1963 ,connue sous le nom de maquis du FFS,  lui offrit le prétexte de la répression et de la mise en pratique d’une politique de soumission de la région par l’organisation de la dépendance économique des populations vis-à-vis des circuits étatiques de distributions des biens de consommation importés. Pour garantir le succès de cette entreprise funeste, le pouvoir  de Benbella s’attaqua  dés 1963 à l’autonomie économique de la région qu’assuraient les apports  en devises fortes de l’émigration et la richesse tirée de l’oléiculture, activité structurante et colonne vertébrale de l’économie locale. (La production d’huile d’olive de toute l‘Algérie provenait de la Kabylie)

Ne pouvant réduire de son importance  ou l’interdire, le Pouvoir d’Alger décida de mettre la main sur cette richesse, en nationalisant dés 1964  le transport et la  commercialisation de l’huile d’olive, principalement son exportation, de sorte que toute la région produise pour les caisses de l’Etat ! Après avoir soumis les rentes de l’émigration à la ponction (Les mandats envoyés en Francs français, étaient perçus en dinars avec une parité qui ne reflétait nullement le pouvoir d’achat réel des sommes envoyées), le pouvoir algérien entama un processus de dépossession des fellahs de Kabylie de leur principale richesse : l’huile d’olive !
Le premier effet de la nationalisation de l’activité d’exportation fut l’exclusion des oléifacteurs        (Producteurs d’huile) du marché mondial espace où la Kabylie avait conquis ses lettres de noblesse (médaille à l’exposition universelle de Bruxelles en 1910 pour l’huile de la Soummam, multiples distinctions dans les nombreuses foires agricoles de Paris  durant l’époque coloniale). Le métier de négociant d’huile d’olive sur les places internationales fut donc interdit aux professionnels de Kabylie dés 1964, interdiction non levée à ce jour !  Cette mesure d’apparence anodine a  enclenché le processus d’abandon de l’olivier qui a duré près d’un demi-siècle, conséquent à l’impossibilité d’écouler l’huile d’olive produite alors en grande quantité que le marché national ne pouvait absorber. L’Etat étant le seul acheteur, il fixait le prix qu’il voulait et faisait des marges substantielles sur le dos des producteurs qu’il était censé protéger ! Il organisa ainsi la paupérisation de la paysannerie kabyle et son exode vers les grandes villes réduisant la transmission des savoir-faire vitale pour le maintien et le développement de l’activité oléicole.

Poursuivant dans cet élan  de déstructuration de la branche oléicole, le pouvoir algérien  créa un parc de transformation  étatique  par l’importation et l’installation dans les zones oléicoles les plus importantes de Kabylie, de moulins modernes pour concurrencer les paysans sur le terrain des coûts de production ! Ces machines automatisées à forte capacité de transformation sont entrées en rivalité avec les vieux pressoirs d’Aristée encore en fonction en Kabylie ajoutant une touche à la politique de dépossession des paysans de leur principale richesse.

Dés 1970, l’olivier de Kabylie est réduit au statut d’arbre décoratif ! La mise en place du modèle Boumédiéniste dit des « Industries industrialisantes » avait notablement accéléré l’exode des paysans vers les grandes villes emportant avec eux le savoir-faire et les compétences dont se nourrissait l’activité économique locale. L’importation de l’huile d’olive de Tunisie vint compléter cette mise à mort  voulue de l’oléiculture de Kabylie !

3-     Tentatives populaires de relance et blocage de l’Etat

L’oléiculture, principale activité structurante de l’économie locale, a connu un déclin programmé qui a duré une cinquantaine d’années, de sorte que la moitié du verger actuel, à l’abandon, est improductif. Les pratiques  rituelles de production ancestrales et les savoir-faire perdus n’ont pas été remplacés par des techniques  agronomiques  modernes, ce qui en soi est une autre preuve de la volonté de détruire une activité  génératrice de richesse qui fait la fierté de cette région et qui sous-tend son autonomie économique et sociale. Aucun centre de formation professionnelle n’enseigne la spécialité « Oléiculture »  dans ses programmes, la modernisation de la branche oléicole est mise en veilleuse par son  « oubli » dans la recherche appliquée dans les écoles d’agronomie.

Malgré cette déchéance programmée et exécutée sur une longue durée ; la Kabylie a conservé quelques oasis de savoir-faire, sauvegardant des rituels et des compétences essentielles à même de  relancer la pratique oléicole dans toute la région. Dans quelques communes, les paysans résistant au rouleau compresseur de l’Etat, ont pu moderniser le parc de transformation et produire une huile de qualité qui s’exporte, certes en petites quantités, mais qui rivalise avec les meilleurs huiles européennes. Cette renaissance autonome est mal vue par l’Etat, qui ne renonce pas à ses réflexes hégémoniques d’accaparement de toute initiative autonome. L’Etat encourage le marché informel de l’huile d’olive en laissant faire les pratiques de frelatage qui sanctionnent l’huile de qualité qui a un coût de production élevé.
Dés 1995, les oléiculteurs de la Haute Soummam, se regroupent pour conjuguer leurs efforts et relancer leur branche d’activité en l’orientant vers la reconquête d’une place sur le marché  mondial. Cette tentative de renaissance sera vite avortée par les services du ministère de l’agriculture qui créent avec des moyens colossaux une association rivale avec à sa tête d’anciens apparatchiks de l’Union Nationale des Paysans Algériens (UNPA) inféodée au parti unique. Cette seconde association, organise chaque année, une fête folklorique durant laquelle viennent parader les officiels, repartant avec leurs véhicules chargés de bouteilles d’huile et de sachets de figues sèches !

En 2003, une jeune génération d’oléiculteurs, reprend l’activité en mains et se lance dans  le conditionnement de l’huile pour son exportation. Alerté, l’Etat propose aux oléiculteurs  de signer une convention  avec le conseil interprofessionnel de l’oléiculture nouvellement crée pour honorer les accords passée avec l’union européenne. Alléchés par la perspective de pouvoir enfin exporter leur huile,et reconquérir sur le marché mondial l’espace que l’Etat à interdit à leurs aînés, les jeunes oléiculteurs organisés en association se retrouvent finalement bloqués, le ministère de l’agriculture ayant  gelé la convention passée avec les paysans !

En 2010, L’Etat programme, à l’insu des paysans, la plantation d’un million d’hectares d’oliviers  en dehors de la Kabylie, avec une  subvention de 50 millions de centimes à l’hectare ! Ce projet exprime à lui tout seul, toute la hargne mise par l’Etat à achever l’oléiculture en Kabylie.

Conclusion

L’Etat algérien  hyper centralisé, tel qu’il a été imposé à la nation par un pouvoir usurpateur de l’initiative historique, ne peut tolérer le moindre espace d’autonomie économique, soubassement de l’indépendance sociale et culturelle, qui remettrait en cause son hégémonie politique sur la société. Il déploie une intense énergie à s’assurer la dépendance  alimentaire de la population vis-à-vis de ses circuits de distribution des biens manufacturés importés grâce à la rente pétrolière qu’il monopolise par tous les moyens modernes de coercition. Pour survivre, l’Etat jacobin algérien préfère  travailler pour les économies étrangères, se transformer en organisateur des circuits de distribution des biens manufacturés importés que de garantir à sa population la liberté d’entreprendre et de produire localement les richesses, synonymes d’autonomie économique et sociale, base de toutes les libertés culturelles et politiques.
                
                                            Takerbouzt  Le 15  Avril 2011                                                                                                          
                                                Rachid Oulebsir


by Rachid Oulebsir on Friday, April 22, 2011



Contribution au débat sur la Kabylie : Etat des lieux et projet d’autonomie régionale


Par    Rachid OULEBSIR
Ecrivain, essayiste, chercheur en Culture populaire.
Diplômé d’études approfondies en Economie politique
des universités Paris-13-Villetaneuse et Paris-1- Panthéon Sorbonne (1978)

Les Chroniques du [CyberKabyle].

30 janvier 2011

Pourquoi ne pas arrêter d'avancer les termes "arabe" et "Maghreb" (terme arabe) à tout bout de champ ?

Afin de décrire les évènements récents, en Tunisie et en Egypte, les médias, la presse ont usé abondamment de termes tels que "Monde arabe", "révolution arabe", "pays arabe". 
Arabs leaders


En tant que berbère, évidement je suis scandalisé ! 


Que les régimes autoritaire sous la coupe d'idéologie fascisante tel que la nationalisme arabe de Nasser, ou le baath, libano-syrien en fassent un usage abondant dans leur propagande est de bonne guerre.


La propagande dans cet état faisait un suage abondant des termes de "civilisation arabe", "monde arabe", et même plus récemment "jeux arabes" et même "droit de l'homme arabes" ...
Après tout Gobels disait "un mensonge répété 1000 fois reste un mensonge, un mensonge répété un million de fois devient une vérité."
Fondamentalement cette propagande va de soit de la part de régimes  adepte de ce fascisme orientale qu'est l'arabisme. Ils sont dans leur rôle de colonisateurs ! L'éradication de toutes altérité à l'arabisme est une constante ontologique de l'arabisme.


Ce que je trouve scandaleux, c'est ce déferlement continuel  de ce terme par la presse européenne, comme libé, Le monde, Rue89 (et bien d 'autres), le tout teinté de nostalgie révolutionnaire et d'orientalisme délirant ( pays des cèdres, révolution de jasmin etc ) ...


Pourquoi cette presse se rabaisse elle jusqu’à tenir un rôle de supplétif  de ce "nettoyage ethnique" qui a cours dans tout ces états ?


D'autres, très peu en vérité, se posent la question


Presque plus personne ne croit que les événements tunisiens soient l'expression d'unerévolution "arabe" au sens nassérien, nationaliste, islamiste, bref, anti-occidental, ce qui fait consensus semble-t-il.
Pourquoi ne pas aller plus loin et arrêter d'avancer les termes "arabe" et "Maghreb" (terme arabe) à tout bout de champ ?
Tunisie "arabe", Algérie "arabe", Egypte "arabe" (ses dirigeants qui voient tout immolé comme un déséquilibré, -un phobique? Même discours que pour les tueurs islamistes, en Algérie aussi d'ailleurs...). Parlerait-on, au jour d'aujourd'hui, d'une France "bourguignonne" ou "parisienne" ? Une Belgique "wallonne" ? Une Espagne "castillane" ? Un Royaume Uni "londonien", Une Allemagne "bavaroise" ? Une Amérique "new yorkaise" ? Non. Plus maintenant en tout cas...
Pourquoi ne pas plutôt parler d'une Afrique du Nord, tout simplement, composée de pays pluriels aspirant à un régime démocratique qui permettrait aux berbérophones, aux arabophones, aux francophones de vivre ensemble ? Puisqu'il ne s'agit pas seulement de problèmes sociaux... Pourquoi continuer à propager l'idée que ces pays sont forgés dans une identité unique que d'aucuns s'empressent de nier en Occident, mettant en cause la notion même ? Décidément la "révolution" tunisienne ne fait que commencer...
Il est curieux que la pluralité soit réservée aux pays occidentaux, et souvent à leur détriment au sens d'être pensée uniquement sous le joug du multiple sans centre, imposé sous peine d'être accusé de racisme, ou de ne pas comprendre que l'Europe aurait besoin obligatoirement de bras et d'enfants étrangers supplémentaires en permanence, ce qui n'est pas sûr, surtout lorsqu'ils veulent vivre uniquement dans leurs codes et, pis, sous l'injonction de nos belles âmes qui les incitent à le faire puisque leurs codes se trouvent parés de félicité et les nôtres de tous les maux.
Les termes "multipolaire, multiculturalisme, diversité" sont ainsi assénés comme des impératifs catégoriques qui s'arrêtent cependant à la porte du mot "arabe", comme ils s'arrêtent encore (quoique un peu moins depuis les évènements en Tunisie) à la porte "islam" malgré les injonctions pérorantes d'un Ben Laden (qui a aussi de plus en plus d'émules en Russie quoique certains mettent plutôt en cause les services secrets russes)... Allez ! commentateurs de tous les pays, unissez-vous ! encore un effort pour vivre réellement l'étendue concrète de vos principes si impétueusement assénés! (blablabla ?).

Pourquoi la question  de ce qui est devenue une minorité, des droits des berberes de tunisie n'a jamais été abordés par "les démocrates tunisiens", ni par la medias européens ?


Les Chroniques du [CyberKabyle].