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22 août 2006

Saddam Hussein jugé pour le génocide des Kurdes


Saddam Hussein est revenu lundi dans le box des accusés pour répondre de l’un des épisodes les plus meurtriers de son régime, l’Opération Anfal, dans laquelle périrent des dizaines de milliers de Kurdes en 1987-1988. Egal à lui-même, l’ancien président irakien a entamé son deuxième procès avec la même attitude de défi face à ses juges.

Saddam Hussein comparait pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il est accusé d’avoir ordonné l’opération Anfal pour écraser les nationnalistes kurdes et éliminer la population kurde du nord de l’Irak, le long de la frontière iranienne. Le régime de Bagdad les accusait d’aider l’Iran, alors en pleine guerre contre l’Irak.

Anfal est un mot d’origine arabe qui signifie « butin » ; il donne son titre à la huitième Sourate (chapitre) de Coran qui déclare légitime la férocité et la cruauté contre les infidèles. A l’opposé de la légende entretenue en occident au sujet de la soit-disante "laïcité" du baasisme par certains cercles d’intelectuels de gauche, les Sourates seront régulièrement utilisées par le régime irakien pour mobiliser les populations. Le régime irakien présentait les Kurdes insurgés comme des infidèles, des apostats et des incrédules. S’emparer des biens, des femmes et tuer les hommes était donc considéré comme légitime.

Pour donner un fondement religieux susceptible de légitimer sa politique, le gouvernement irakien donna ainsi le nom d’Anfal à une série d’opérations militaires menées contre les Kurdes dans six régions et à différentes périodes, entre le 23 février et le 6 septembre 1988.

« Il est temps que l’humanité connaisse (...) l’ampleur et l’échelle des crimes commis contre le peuple du Kurdistan », a déclaré le procureur général Munqith al-Faroun. « Des villages entiers ont été rasés, comme si tuer les gens ne suffisait pas », a-t-il ajouté, montrant des photos de cadavres de femmes et enfants.

Le bilan de l’opération reste encore aujourd’hui difficile à déterminer, les différentes estimations allant de 50.000 à plus de 100.000 morts. Selon l’accusation, l’armée irakienne a utilisé des armes chimiques prohibées, gaz moutarde et gaz neurotoxiques dans cette campagne de « nettoyage ethnique ». Dans la salle d’audience, une carte du nord de l’Irak a été installée, des points rouges indiquant les lieux supposés d’attaques chimiques.

Le procès laissera pourtant de côté l’attaque la plus tristement connue, celle d’Halabja en mars 1988, où quelque 5.000 personnes, selon les estimations, moururent gazées. Elle constitue un dossier séparé.

Saddam Hussein, jugé avec six co-accusés, encourt à nouveau la peine capitale, déjà requise contre lui au terme de son premier procès pour le massacre de Doujaïl, où au moins 148 chiites avaient été tués en représailles à une tentative d’assassinat contre lui en 1982. Le verdict est attendu pour le 16 octobre.

En attendant, le dictateur irakien a retrouvé la salle d’audience où il a déjà passé plusieurs mois à multiplier les éclats et contester avec virulence la légitimité d’un tribunal qu’il accuse d’être à la solde des Américains.

Premier accusé appelé à la barre, Saddam Hussein, en costume noir et chemise blanche, a refusé d’abord de décliner son identité. « Vous savez qui je suis », a-t-il lancé au président du tribunal Abdullah al-Amiri. Ce dernier lui a rappelé que c’était prévu par la loi. « C’est la loi de l’occupation », a rétorqué l’accusé, avant de se présenter comme « le président de la République et commandant en chef des forces armées ». Il a ensuite refusé de plaider innocent ou coupable.

Son principal co-accusé, le commandant supposé de l’opération, Ali Hassan al-Majid, surnommé « Ali le Chimique », a lui aussi refusé de plaider. Ali Hassan Al-Majid doit répondre des mêmes chefs que Saddam Hussein, et cinq autres anciens responsables du régime sont accusés de crimes de guerre et contre l’humanité.

Le nouveau procès verra entre 60 et 120 plaignants et témoins de l’accusation défiler devant le tribunal qui devra examiner plus de 9.000 documents. Nombre de Kurdes attendaient cette occasion, comme les chiites pour le procès de Doujaïl. Plusieurs milliers de rescapés et proches des victimes de l’opération Anfal ont manifesté lundi à Sulaimaniyeh, réclamant la mort de Saddam Hussein.

La défense a renouvelé ses accusations contre le Tribunal spécial irakien mais elle n’est pas la seule à contester la procédure : l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, basée aux Etats-Unis, s’inquiétait la semaine dernière que l’instance ne soit pas capable de juger « équitablement et efficacement » Saddam Hussein en respectant les règles du droit pénal international.

Elle a dénoncé notamment un recours abusif aux témoignages anonymes lors des neuf mois de procédure du « chaotique et inadéquat » procès de Doujaïl, marqué aussi par l’assassinat de trois avocats de la défense.

Saddam Hussein n’était pas un un « petit » dictateur

Chris Kutschera, journaliste spécialiste du Proche Orient et co-auteur du « Le livre noir de saddam Hussein » nous a livré son sentiment sur le boucher de Bagdad.

« Saddam Hussein n’était pas un dictateur comme les autres. Il se situe quelque part entre Staline et Hitler. Il n’a pas été un « petit » dictateur comme Moubarak, Kadhafi ou Boumediene. Par le nombre de ses victimes, par l’intensité de la répression, il se situe parmi les dictateurs qui ont massacré des millions de gens. Il ne faut surtout pas le banaliser.

Ensuite, en ce qui concerne le rôle du Baas, Hazem Saghieh, un Libanais, journaliste au Hayat, y consacre un chapitre. Bien qu’il explique que l’idéologie baasiste est intellectuellement très pauvre, il explique également que la dictature en Irak n’était pas celle d’une idéologie mais d’un homme. Le Baas était pour Saddam un instrument pour arriver au pouvoir, mais dans l’exercice du pouvoir son idéologie ne compte pratiquement pas. Hazem Saghieh est un grand intellectuel et je partage son avis. Quand le Baas a pris le pouvoir, ce n’était qu’un petit groupe de quelques dizaines d’adhérents. Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement, le parti nazi a gagné des élections. Le cas de Saddam est inverse : un petit groupuscule de comploteurs sans aucune présence au sein de la société a réussi à s’emparer du pouvoir.

Par la suite, pour les Irakiens il est devenu indispensable d’adhérer au Baas pour rentrer dans l’administration, décrocher un contrat d’affaire... mais ce n’était pas l’idéologie du parti qui comptait. Le Baas du temps de Michel Aflak, dans les années 1940-50 avait une certaine idéologie, par la suite elle a complètement disparu.

Quand ces gens ont pris le pouvoir, l’idéologie n’était pas un moteur, le moteur était le pouvoir personnel. Qui connaît le nom du frère ou du neveu de Staline ou d’Hitler ? Leur parenté n’a pas de joué de rôle, alors que le régime de Saddam s’articulait autour de ses demi-frères Daham ou Barzan, de son gendre Hussain Kamel... Bref, une structure complètement clanique. Au début, Saddam se faisait l’apologue de l’idéologie laïque du Baas, puis avec la guerre d’Iran il a flatté l’islamisme, enfin il s’est appuyé sur les chefs tribaux quand il en a eu besoin.

(...) Mais il n’y avait pas un seul Saddam, il y avait des millions de petits Saddams, toute une clientèle pas liée par l’idéologie mais par l’argent. Il faut absolument évoquer l’élément du pétrole. La carrière de Saddam aurait été complètement différente s’il n’avait pas dirigé un état pétrolier. Suite à la crise pétrolière de 1973 qui voit le quadruplement du prix du pétrole, l’Irak devient riche alors qu’il avait auparavant des moyens assez limités. Ce pays devient d’un coup courtisé par tous les pays occidentaux qui ont besoin du pétrole et veulent lui vendre armes et usines.

Saddam et son clan ont monopolisé cette rente et l’ont utilisée pour d’une part acheter des armes et construire des palais. (...) Les gens bénéficiaient de la rente pétrolière et étaient acquis au système Saddam, pas parce qu’ils étaient bassistes ou nationalistes arabes ou islamistes dans l’âme, ils aidaient juste leur portefeuille par leur appartenance au parti qui leur garantissait une rente. Tous les fonctionnaires en ont bénéficié, ainsi que des entrepreneurs irakiens qui ont profité de l’essor du commerce et de l’industrie, tout comme des hommes d’affaires occidentaux qui se pressaient pour construire des usines clefs en mains avec des hommes d affaires irakiens . Tous ces bénéficiaires de la redistribution de la rente constituaient une clientèle acquise au régime. La rente pétrolière est un facteur très important.

(...) Indéniablement sa famille politique de formation est bien le baasisme. Mais il faut bien voir qu’Hitler, Mao, Staline ou Lénine ont écrit des ouvrages politiques. On peut les critiquer, les mettre à l’index, il n’empêche qu’ils avaient une certaine vision politique, une forme de pensée politique. Or, le Baas de Saddam n’a pas de pensée politique. Quel est l’ouvrage politique de Saddam ? Il n’y en a pas. Malgré tout, Saddam n’est pas communiste ni nassérien, mais bien baasiste. En ce qui concerne le nationalisme arabe, ce n’est pas en Irak qu’il faut chercher un leader ou une pensée. Tous les gens qui avaient une pensée autonome ont été éliminés. Les premières victimes de Saddam ont été ses plus proches alliés. Le pouvoir devait être exercé pour servir un homme et son clan, pas une idéologie. Le système baasiste irakien a été mis en place pour asseoir le pouvoir d un homme. Pour Saddam, toutes les idéologies étaient bonnes à utiliser. Il était laïc, islamiste ou tribal à chaque fois qu’il fallait. Il a commencé par abolir le pouvoir des cheikhs, les chefs de tribus. Mais quand son parti est devenu une coquille vide et qu’il a eu besoin d eux, il les a courtisés. De même, Saddam a utilisé le courant islamique. Il les a notamment flattés sur le code de la famille, le statut de la femme. »

Au kurdistan « La mort, trop douce pour Saddam Hussein »

Au Kurdistan, dans les campagnes, dans les villages bombardés et vidés de leurs occupants pendant Anfal, les habitants regardent aussi le procès de leur bourreau.

« Je ne veux pas perdre un instant de ce procès. Depuis le temps qu’on attend », affirme Mohammed Hussein Souleiman, 72 ans, un des anciens de ce village d’une centaine d’habitants.

« Ce procès est trop clément pour lui. La coalition lui a laissé la vie, mais il devrait être mort. Il ne mérite pas d’être encore vivant. On aurait préféré qu’il soit jugé ici dans le Kurdistan. Qu’on l’amène, vous allez voir le procès qu’on lui fera », poursuit le vieillard, qui précise : « Il n’y a qu’une seule sentence possible : la mort ».

Dix-sept habitants de Beshenki ont été tués pendant Anfal et dix avant le début officiel de la campagne. Une trentaine de personnes assistent lundi aux débats devant la télévision. De nombreux hommes ne sont pas allés aux champs pour ne pas rater le premier jour du procès.

Tahar Souleiman Ghazy, âgé de 60 ans, a perdu 14 membres de sa famille pendant la campagne Anfal, vivant à Beshinki ou dans d’autres villages. Son calvaire a commencé le 28 août 1988 au matin.

« Les avions sont arrivés et ont bombardé le village et les abris aux alentours. Il ont utilisé des armes chimiques. Nous avons fui vers la frontière turque », se souvient-il.

Certains habitants ont préféré se rendre aux troupes de Saddam Hussein. « On ne les a plus jamais revu », souligne M. Ghazy.

De retour trois ans plus tard, les habitants n’ont trouvé que des décombres. Le village avait été rasé. Les restes de leurs anciennes maisons, recouverts d’une timide végétation, sont encore visibles. Certaines pierres ont servi à construire leurs nouvelles demeures.

« Quand j’ai vu ça, j’ai dit +que Dieu soit témoin+. Qu’il soit juge+ », témoigne Mohammed Hussein Souleiman.

« Nous étions contents malgré tout d’être à la maison, mais depuis, nous vivons dans des conditions précaires », nuance Tahar Souleiman Ghazy.

« S’il n’y avait pas eu l’intervention étrangère après l’invasion du Koweït, je n’ai aucun doute : le Kurdistan aurait été rayé de la carte », ajoute Lezguine Khazem, 37 ans.

« Saddam Hussein a ordonné de tuer des bébés encore en train d’allaiter, des enfants, des femmes. C’est un génocide qu’il aurait commis », si on l’avait laissé faire, analyse M. Ghazy.

« Si je pouvais lui parler, je lui demanderais +Pourquoi ? Quels crimes avaient commis ces gens ?+. Je lui dirais que la mort est trop douce pour lui. Il faudrait l’enfermer dans une petite cage. Comme il a fait à des gens », réclame-t-il. « Même cela ne serait pas assez pour les crimes qu’il a commis. Pas assez pour la souffrance qu’il a infligé », regrette Tahar Souleiman Ghazy.

Sources : AP, wikipedia, inforkurdes.com, islamophile.org, Kabylienews.com

Les Chroniques du [CyberKabyle].

18 août 2006

La Sonelgaz, entre opacité et incompétence.

Les étés se suivent et se ressemblent en Kabylie, avec l’habituelle arrivée des émigrés, les cortèges de mariages, la chaleur suffocante. La vie quotidienne en Kabylie est rythmée par les chants des muézins, les coupures d’eau et les chutes de tensions du réseau électrique.

Pour ce qui est de l’électricité la SONELGAZ, la compagnie nationale d’électricité, se distingue particulièrement par la médiocrité de la qualité de son service tout en augmentant ses tarifs. Mais à l’entendre ce n’est jamais de sa faute. C’est la faute aux autres. Passons en revue les différents boucs émissaires.

Le 9 aout, c’est la faute « des terroristes ». Ainsi lorsque le mardi 8 aout plusieurs villes en Algérie se sont retrouvées dans le noir simultanément, la Sonelgaz le plus calmement du monde réfute toute négligences. Selon le Quotidien Oran, citant l’attachée de presse de la compagnie, Mlle Aït Mekidèche :

« Les services de la compagnie nationale d’électricité Sonelgaz ont dit que le courant a été rétabli à travers toutes les régions où avaient eu lieu les « coupures » mardi dernier, des suites du sabotage d’un pylône à haute tension par des terroristes à Boudouaou dans la wilaya de Boumerdès ». Selon elle, les services de la compagnie ont déployé d’énormes moyens et dépêché des équipes de techniciens pour rétablir rapidement le courant durant cette journée. L’attachée de presse de la compagnie nationale d’électricité a affirmé que la situation est rentrée dans l’ordre et qu’aucun incident n’a été enregistré hier. »

Le 7 aout, c’est la faute à « La mafia du cuivre » selon le quotidien algérois l’expression en citant le directeur du service marketing.

« La mafia du cuivre qui sévit en Algérie nuit à plusieurs entreprises dont Sonelgaz et Algérie Telecom, les deux sociétés le plus souvent visées par ce nouveau type de crime économique organisé qui profite de la hausse des prix du cuivre pour s’enrichir. Selon le directeur du service marketing de la Société nationale d’électricité et de gaz (Sonelgaz), 10.000m à Boumerdès et 1500m à Ouled Chebel ont connu le même sort. Mais ce qui rend de plus en plus inquiétant ce phénomène, c’est sa généralisation à travers tout le territoire national et qui fait penser à des ramifications au niveau international. A Annaba, 25 quintaux de cuivre volés, stockés dans des conteneurs, ont été saisis. Ils devaient être acheminés par voie maritime vers une destination qui reste, pour le moment, inconnue ». Le 1 er aout, « Sonelgaz accuse les climatiseurs », selon le quotidien d’Oran, en citant M. Bouterfa, le directeur général de la compagnie. « La nature de la consommation des citoyens a complètement changé », et « l’utilisation abusive des climatiseurs, ce qui provoque des incidents sur le réseau, d’où l’interruption de l’électricité ». « Les pics de consommations sont dûs, explique le directeur de Sonelgaz, à l’effet de la climatisation qui prend, d’après lui, une grande ampleur dans notre pays, ces derniers temps à cause de la disponibilité des climatiseurs sur le marché, à des prix qui sont à la portée de tout le monde ». Par ailleurs, en abordant les investissements de Sonelgaz, M. Nordine Bouterfa a indiqué qu’ « une hausse des tarifs de l’électricité est inéluctable pour y faire face ». Il estime qu’ « une augmentation à hauteur de 35% permettrait à la compagnie de s’autofinancer et de rembourser ses dettes contractées auprès des banques ».

Le 1 juillet, « Sonelgaz accuse la mafia de l’électricité », selon le quotidien Liberté.

Sonelgaz enregistre annuellement des pertes énormes dues aux vols d’électricité. « Durant les années 1970, Sonelgaz perdait 250 kilowatts/heure par abonné, durant les années 1990-2000, elle perd 1 000 kilowatts/heure par abonné », a souligné le P-DG de Sonelgaz, M. Bouterfa, lors d’un déjeuner-débat organisé hier à Alger. Les vols d’énergie se sont ainsi multipliés par quatre, a-t-il ajouté.

On estime le nombre d’abonnés clandestins à 1 million sur les 5 millions de clients que compte Sonelgaz. Sur la base du prix du kilowatt/heure aujourd’hui fixé à 4 dinars TTC, le manque à gagner pour la compagnie nationale d’électricité est énorme : 20 milliards de dinars, soit 2 000 milliards de centimes par an.

Le P-DG de Sonelgaz impute l’ampleur de ces vols d’énergie à la mafia de l’électricité. « C’est la main de la mafia de l’électricité », a-t-il lancé.

« Mais que fait Sonelgaz pour s’attaquer à ces vols d’énergie ? » se demande le quotidien. Pour le P-DG de Sonelgaz, sa compagnie n’a pas de pouvoir de puissance publique. « Il faut une police de l’électricité comme en Égypte. À Cuba, un vol d’électricité est puni d’un emprisonnement de trois ans. Encore faut-il qu’elle soit efficace. M. Bouterfa explique l’ampleur de ces vols par la perte du sens civique chez nombre de citoyens, après la décennie noire ».

La Kabylie principale pourvoyeuse d’énergie de la Sonelgaz.

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Barrage de Kharrata

Bref, c’est la faute de tout le monde et la Sonelgaz est innocente. Et dans cette gigantesque mascarade les kabyles, sont encore une fois, les grands cocus. Toute la Kabylie est un des principaux pourvoyeurs de Kilowatt de la Sonelgaz. La centrale électrique se situe à Darguinah, elle est alimentée essentiellement par le barrage de Kherrata par une conduite souterraine. Et pourtant le siège de la Sonelgaz se trouve à Constantine. En Kabylie il n’y a que des transformateurs. En cas de panne, les transformateurs sont transférés à Constantine pour y être réparé et renvoyés en Kabylie.

La Kabylie vache à lait de la Sonelgaz.

Si le « far-ouest » algérien est connu pour être un mauvais payeur d’impôts, il est aussi un mauvais client pour la Sonelgaz, avec une facture de 800 milliards de dettes impayées. Quant à La Kabylie, elle est connue pour son « civisme », et comme étant un bon payeur qu’il s’agisse des taxes et impôts ou factures de la Sonelgaz comme le faisait remarquer Ameziane Medjkouh président de La Chambre de Commerce du Djurdjura au magazine Izuran.

M. Ameziane Medjkouh confirme que la Kabylie est la région qui paie le plus d’impôts en déclarant que

« si on paie plus d’impôts en Kabylie c’est qu’effectivement il y’a une culture de la légalité, une culture de la déclaration, et puis il y’a une culture aussi de l’administration fiscale. Il y a ici des cadres qui exercent leur mission avec beaucoup plus de rigueur et il y a un recouvrement en réalité qui est meilleur que dans les autres wilayas. Par le fait que les opérateurs sont légalistes et que l’administration a des cadres et des agents très compétitifs en matière de recouvrement cela induit effectivement une forme de pression fiscale supplémentaire sur la région ».

Il est à noter que lors des épisodes à rebondissement connus sous le nom de « dialogue Aarch-gouvernement », le premier ministre Ahmed Ouyahya s’est empressé de négocier la reprise des paiements des factures de Sonelgaz, boycottés depuis le « Printemps Noir », puis s’est totalement désintéressé de « La Plateforme de Leqser ». En signant le « protocole d’accord » avec les Aarchs, il a sauvé la vache à lait de la Sonelgaz, sans rien offrir en contrepartie.



Les Chroniques du [CyberKabyle].

16 août 2006

Pourquoi j’ai aimé le coup de tête de Zidane


« Et si ce n’était pas si mal que ça ? Et si en se sacrifiant, Zidane nous révélait quelque chose de plus grand ? »

La France déprimée par un hiver difficile et une économie anémique, la France aux banlieues qui flambent, la France des grèves estudiantines, la France qui a enterré l’Europe, La France de Nicolas Bavarez qui regarde sa chute sans fin, brèf la France de Chirac et les Français croyaient enfin voir le bout du tunnel.

Une victoire que personne n’attendait plus contre l’Espagne, puis une autre magnifique contre les Brésiliens, puis celle méritée contre le Portugal et cette finale qui s’annonçait belle ! Zidane qui se remet à faire des roulettes, Viera réssussité qui marque des buts. Soudain, coup de tonnerre sur un transalpin. Puis tout va très vite, Zidane expulsé, prolongations sans intérêts, Trézéguet rate son pénalty et c’est la fin...

Mais pourquoi ? Pourquoi le plus populaire des Français, selon le barometre du Journal du Dimanche, a-t-il failli à sa mission ? Et si ce n’était pas si mal que ça ? Et si en se sacrifiant Zidane nous révélait quelque chose de plus grand ?

Pourquoi, comme le dit le tube de l’été, « Zidane, il a frappé » ? Je me suis longtemps posé cette question sans pouvoir y répondre, et ce ne sont pas les déclarations politiquement correctes dans les médias qui m’ont aidé à y voir plus clair.

La théorie du « l’homme qui refuse sa déification », lancée par LE philosophe en paillette Bernard Henry Levy dans les colonnes du Wall Street Journal, ne m’a pas convaincu non plus.

« Le geste de Zinedine Zidane équivaut au "suicide" d’un "demi-dieu". Il demeurera inexpliqué, selon lui, comme tous les suicides ordinaires ».

« Rien ne saurait expliquer un tel geste, aucune provocation, aucune remarque méchante. Non. La vérité est que peut-être ce n’est pas si facile de vivre dans la peau d’une icône, d’un demi-dieu, d’un héros, d’une légende ».

« La seule explication est qu’il y aurait eu en cet homme une sorte de détente, une ultime révolte intérieure contre la parabole vivante, la statue stupide, le monument béatifié qu’il était devenu au cours des mois passés ».

« Achille avait son talon. Zidane aura eu le sien - cette tête magnifique et rebelle qui le ramena, soudain, parmi ses frères humains ».

De plus, j’ajouterais que BHL ne connait rien a la mythologie grecque car le « demi-dieu », c’est précisément celui qui, en commettant des excès incompréhensibles, transfome son existence merveilleuse en destinée tragique.

Pas plus que les diverses analyses dans les magazines bourgeois-bohêmes telle que celle de JD Beauvallet et Pierre Siankowski des Inrocks (numéro 555 du 18 juillet, page 12) :

« Ce qu’il nous reste, à tous, pourtant, c’est ce geste. Sublime, forcément sublime. Zidane restera pour toujours l’homme des coups de tête imprévus des finales de coupe du monde (...) »

« C’est ce moment précis où le footballeur devient homme, cesse d’avaler des couleuvres avec une langue de bois pour répondre, loin des règles puériles et humiliantes de ce football perverti par ses us et coutumes dégradants (ta mère ceci, ta fille cela, franchement...) avec son sang, ses tripes. Zidane était sur le point de sortir de cette prison, mais a décidé d’avancer de 10 minutes sa libération (...) »

« (...) Zidane tape à l’oesophage pour lui faire ravaler ses mots, son orgueuil, son arrogance brutale. C’est un geste merveilleux et un sacrifice pour demain, pour que cessent peut-être ces insultes indignes, ce racisme cancéreux que les joueurs et entraîneurs se balancent à la gueule dans cette zone de non-droit que restent les terrains. Qu’un joueur de l’importance de Zidane choisisse de ramener la loi - même celle de la jungle, c’est un début - sur le terrain, qu’il s’immole pour que le foot retrouve une dimension humaine, mérite d’être salué, encouragé - et non condamné avec la rigueur jésuite d’un récent édito moralisateur de l’Equipe ».

Non, il y a décidemment quelque chose qui me plaisait dans ce geste. Quelque chose qui me faisait apprécier notre cher Zizou (inter)national encore et davantage. Quoi ? La défense de l’honneur, de la mère ou de la sœur insultées ? Pas seulement, même si l’attachement à la mère et à sa sacralité est un élément important pour nous autres kabyles. Que valent les provocations de Materazzi pour justifier une réaction si excessive ? N’était-il pas mieux de l’humilier en lui infligeant une belle défaite sportive en finale de coupe du monde ? Très probablement...

Non, ce qui m’a plu dans ce geste, c’est qu’il révèle sa nature éminemment Kabyle. En effet, cela m’a rappelé les propos de l’ethnopsychiatre Kabyle Hamid Salmi au sujet de la vengeance dans la société kabyle.

« La vengeance, dans la société kabyle, est inséparable de cette question de l’honneur. L’honneur d’un homme kabyle se distribue entre deux pôles : un honneur actif, le "nif" que j’appellerai le point d’honneur, et un honneur passif que les Kabyles appellent "El horma" et qui désigne à la fois le sacré et l’interdit. Le registre de l’honneur actif est de l’ordre du comportement agressif simple, de la riposte à un défi ou à un outrage mettant en cause l’honneur, tandis que le pôle passif concerne le domaine d’honneur de la personne : ses femmes, ses terres et ses biens ».

« Le point d’honneur, le "nif" désigne littéralement le nez : appendice entièrement tourné vers le dehors. L’homme du nif est cet homme qui se tient à la frontière d’un dedans par rapport à un dehors. On peut rapprocher cette position de celle des enfants de banlieues qui se tiennent à la frontière en disant : "si tu veux entrer ici, il va falloir d’abord que tu me passes sur le corps". Les combattants lors de la conquête de la Kabylie - durant la colonisation en 1857- faisaient de même. Pour s’obliger à défendre leur territoire, ils avaient creusé des tranchées à la frontière du village (des "cercles de sang") et s’étaient attachés aux genoux avec des cordes (les femmes se postaient à l’arrière, jetant du henné sur celui qui tenterait de s’enfuir). Et en effet, on devait passer sur le corps de ces hommes pour prendre le village ».

« Le point d’honneur, le "nif" définit le domaine des Hommes : l’assemblée du village, la mosquée, les champs cultivés, le marché, le monde ouvert de la vie publique et les activités sociales et politiques ».

Être un Homme, c’est ce que dit Zidane, avec une naïveté confondante lors de son interview sur Canal+ : « Je suis un Homme avant tout » avant d’ajouter « J’aurai préféré prendre un coup de poing dans la gueule (sic) que d’entendre ça » et de conclure « je ne regrette pas ». Regretter son geste c’est regretter d’être Argaz (un homme en Kabyle). Quand il dit « mon geste n’est pas pardonnable », pardonner de quoi ? De se comporter en Homme ?

Non, ce que j’ai aimé dans ce geste, c’est que le kabyle qui sommeillait en Zidane soudain s’est réveillé et a pris le dessus, dans une finale de coupe du monde de football, un événement planétaire sur-préparé et sur-médiatisé, où tout est anticipé, cadré et millimétré, où les multiples contrats de sponsoring et de couverture médiatique dictent chaque seconde du comportement de chaque joueur, entraîneur et arbitre, notre grand Zidane, celui qui invente des gestes techniques qui n’existent pas, celui qui crée des phases de jeu que ses adversaires n’imaginaient pas, celui qui ose frapper un penalty tout en finesse et sans puissance en finale de coupe du monde face au redouté Buffon. Le grand Zidane, libre, intègre et fier, décide, en son âme et conscience, que pour lui et pour lui seul, à ce moment précis, trop c’est trop. Ces mots sont intolérables et lui font mal, et que s’il ne réagit pas, sa finale sera gâchée et sa conscience troublée. Tant pis pour les 2,5 milliards de téléspectateurs, tant pis pour Sepp Blatter, tant pis pour la FIFA et Platini, tant pis pour sa fin de carrière...

Tout comme les jeunes kabyles lors du Printemps Noir en 2001, Zidane n’est pas ce qu’on attend de lui, un français modèle comme le veulent les médias de l’hexagone ou un algérien qui parle l’arabe qui agite un drapeau turco-ottoman comme en rêve la demi-portion de Bouteflika. Non Zidane est kabyle, libre et fier. Et tout comme les jeunes kabyles du Printemps Noir il a décidé que sur ce coup là, on avait dépassé les bornes. Et peu importes les conséquences futures, seul compte le présent « je suis kabyle » non pas parce que je dis que je le suis mais parce que je me comporte en kabyle.

Le grand écrivain kabyle, Jean Amrouche disait, dans son livre « L’eternel Jugurtha », « dans le cœur de chaque kabyle il y a un Jugurtha qui sommeille ». Il avait tort. En fait il aurait dû dire « dans le cœur de chaque Kabyle, s’éveille un Jugurtha ».

Nous voulons la patrie de nos pères
la langue de nos pères
la mélodie de nos songes et de nos chants
sur nos berceaux et sur nos tombes
Nous ne voulons plus errer en exil
dans le présent sans mémoire et sans avenir.

Jean Amrouche



La Chronique du [CyberKabyle].

15 août 2006

Cinéma : « Teshumara : les guitares de la rébellion touarègue »


Ruine économique, sècheresses successives, oppression des régimes militaires, exil, résistance armée, ces profonds bouleversements de la société touarègue ont donné naissance à une culture nouvelle et moderne, la « Teshumara », principalement incarnée par la musique du groupe Tinariwen.

Pour ceux et celles qui auraient raté la projection gratuite du film « Teshumara : les guitares de la rébellion touarègue », de Jérémie Reichenbach par l’association Tamazgha, une seconde chance vous est offerte avec la sortie en salle du documentaire relatant la vie du célèbre groupe Touarègue Tinariwen.

Pour ceux et celles qui auraient raté la projection gratuite du film « Teshumara : les guitares de la rébellion touarègue », de Jérémie Reichenbach par l’association Tamazgha, une seconde chance vous est offerte avec la sortie en salle du documentaire relatant la vie du célèbre groupe Touarègue Tinariwen.























Extrait 1 :
"Amassakoul ’n’ Ténéré" (Amasakoul)
Extrait 2 :
"Amasakoul)
Extrait 3 :
"Chet Boghassa" (Amasakoul)


« Teshumara », cette musique dans laquelle se mêlent rythmes ancestraux et guitares électriques saturées, appelle à l’éveil politique des consciences et occupera un rôle capital lors de la rébellion Touarègue. Ce film par la musique et les témoignages des fondateurs du groupe Tinariwen, mais aussi par la musique traditionnelle et la poésie, conte la mémoire de la « Teshumara ».

Peuplé de tout un panthéon de héros dont les plus fameux Kaosen - vainqueur en 1894 des armées françaises à l’oasis de Takumbawt, l’imaginaire touarègue résonne encore des épopées et de combats de jadis, contre les tribus bédouines et le colonialisme. Ce passé fabuleux tranche avec la situation actuelle. Ruine économique, sécheresses successives, oppression des régimes militaires, deux guerres successives contre l’état malien, une paix au goût amer, chômage et exil. Cette condition d’exilés-désœuvrés leur vaudra le nom d’ « ishoumar » ; dérivé du mot français « chômeur ». Le mot « Te-shoumara », action de chômer, deviendra par la force des choses le résumé de la vie de toute une génération et d’un style de chansons qui porte le deuil de l’épopée des tribus sahariennes. « Teshoumara », c’est la friction entre un glorieux passé et un avenir incertain, la grandeur du passé et le néant du présent. Tinariwen est le produit de ce monde, né de la prouesse d’une langue chantée et du verdict des armes.




Mais les Tinariwen, ceux du désert, ne sont pas que des bluesmen. Durant la rébellion touarègue de l’Azawad contre le pouvoir malien, au début des années 90, ils furent aussi de redoutables combattants, de véritables maquisards. Ce n’était pas une simple vue de l’esprit comme leurs homologues « les maquisards de la chanson kabyle ». Si les phrases de Matoub Lounes et de Ferhat Mehenni frappaient comme des balles, les Tinariwen frappaient avec des vraies balles. Guitare électrique dans le dos, et kalachnikov à la main ils participèrent activement aux combats dans la région de Kidal , capitale administrative de la région de l’Adrar au nord du Mali. Leurs chansons, interdites au Mali encore aujourd’hui, servirent d’hymnes révolutionnaires. C’est en effet dans un camp militaire libyen ouvert par le colonel Kadhafi pour accueillir et entraîner les réfugiés des pays voisins que se sont rencontrés les musiciens. Keddu, Ibrahim, Enteyeden et Mohammed », sous le commandement d’Iyad Ag Ghali, chef du Mouvement Populaire de l’Azawad luttant pour l’émancipation politique de la zone septentrionale du Mali. Ce même Iyad Ag Ghali ira jusqu’à financer le matériel du groupe, utilisant en contre partie certaines de leurs chansons comme outils de propagande pendant la rébellion des années 90. L’exil avait réuni dans les confins du désert ces jeunes gens originaires de Kidal. Ce magnifique documentaire nous raconte l’histoire du peuple touarègue, entre sécheresse, famine, guerre, exil et résistance à travers les témoignages des membres du groupe Tinariwen. La sortie dans les salles de ce documentaire tombe à point nommé au moment où des combats se sont déroulés ces dernières semaines entre des rebelles touarègues et l’armée malienne ... à Kidal au nord du Mali.

Synopsis




La naissance du groupe Tinariwen à l’aube des années quatre-vingt est intimement liée à la situation d’exil et d’errance du peuple touareg. Les musiciens de Tinariwen réunis autour d’Ibrahim "Abraybone" sont tous originaires de l’Adrar des Ifoghas au nord du Mali, réfugiés dans les années 1970 à Tamanrasset, en Algérie. Entre rock, blues acéré et musique traditionnelle, leurs guitares électriques saturées et leur chant de révolte d’errance et d’amour accompagnèrent toutes les étapes du mouvement de rébellion touareg jusqu’au plus fort des combats. Ce film, par la musique et les témoignages des fondateurs du groupe Tinariwen, conte la mémoire de la Teshumara, culture nouvelle issue des évènements politiques et des profonds changements de la société touareg.

Sortie salles françaises : 23/08/2006
Réalisé par Jérémie Reichenbach
Avec Tinariwen
Durée : 51min.
Année de production : 2006
Distribué par Shellac
Production : Hibou Production / Mezzo / Images Plus / Les tisserands de la mémoire


Les Chroniques du [CyberKabyle].

13 août 2006

Chris Kutschera « Saddam Hussein n’était pas un juste un dictateur comme les autres.


Chris Kutschera, journaliste, sillonne le monde musulman depuis plus de trente ans. Spécialiste des mouvements de libérations nationales, il est l’un des plus fins connaisseurs des Kurdes. Son expertise sur le Moyen-Orient arabe est également reconnue. Il a étudié en profondeurs les régimes nationalistes arabes ainsi que la mouvance islamiste. Il a également travaillé en Algérie, en Kabylie, au Mzab. Il a interviewé l’écrivain kabyle Mouloud Mammeri. Dans cette longue et dense interview, il partage avec nous son expérience du Kurdistan, de l’Irak et du monde arabo-musulman, ses questionnements sur la nature des régimes arabes dictatoriaux ainsi que ses souvenirs d’Algérie et de Kabylie.






Pourquoi cet intérêt pour les Kurdes ?

Parce que je ne suis pas masochiste et les Kurdes sont des gens sympathiques qui gardent un sens de l’humour et de l’hospitalité très développé, même dans les situations les plus tragiques. En 1991, lors de la répression en Irak et du grand exode kurde, des milliers de gens dénués de tout qui se pressaient aux frontières turques sous la neige me proposaient une tasse de thé ou une galette de pain alors qu’ils étaient dans une situation tragique.

J’ai connu les Kurdes en 1971, lorsque je suis allé pour la première fois à Bagdad. J’y ai vu d un côté les dirigeants baasistes, rigides, doctrinaires, qui radotaient un discours anti-impérialiste stéréotypé et difficilement supportable. D’un autre côté j’ai rencontré des dirigeants kurdes sympathiques, chaleureux, humains, accueillants. J’ai également eu la chance de connaître une personnalité hors du commun : Rahman Ghassemlou, un leader kurde iranien, très cultivé et politicien hors pair, qui fut assassiné à Vienne en 1989 par les services iraniens. J’ai rencontré le général Barzani lorsqu’il était encore en vie, je connais intimement tout le personnel politique kurde actuel : Jalal Talabani, Massoud Barzani...

L’intervention anglo-américaine en Irak a été très critiquée par certains. On craint qu’elle n’aboutisse au démembrement de la « nation irakienne » ...

Je dis dans Le livre noir de Saddam Hussein qu’il ne faut pas se leurrer : il n’y avait pas de solution démocratique possible en Irak. La dictature de Saddam était telle qu’aucune opposition, aucune guérilla, aucun mouvement populaire ne pouvait en venir à bout. Ce que je dis repose sur des faits : les Kurdes, depuis l’arrivée au pouvoir de Saddam ont combattu sans résultat, pourtant ils sont considérés comme les meilleurs guérilleros du Moyen orient. Les chiites se sont soulevés et ont été impitoyablement matés. L’Iran, qui est une grande puissance militaire, a été en guerre pendant 8 ans contre l’Irak et a échoué. Que ce soit de l’intérieur ou de la région, il était impossible d’en venir à bout.

Seule la puissance américaine pouvait le renverser. Je ne dis pas que l intervention US était une bonne solution, car il n y avait pas de bonne solution. Mais il n’y en avait pas d’autre. Cela va a contre courant de la doctrine bien pensante, politiquement correcte, qui a cours en Europe. Je ne fais pas l’apologie de M. Bush, mais je dis que les peuples kurde et irakien étaient en danger de mort. Il fallait renverser Saddam et la seule solution était une intervention américaine.

Selon certains il faudrait avant tout respecter le principe de « non-ingérence » dans les affaires « nationales » d’un Etat ?

Cette notion a changé. C’est justement la France, notamment Bernard Kouchner, qui est à l’origine d’un autre concept, celui du « droit d’ingérence », consacré par la résolution 43-131 de l’ONU en 1988. Il n est plus question de souveraineté lorsque les violations des droits de l’homme atteignent un certain niveau.

Quel est le bilan de l’action américaine en Irak ?

Les Etats-Unis ont bien fait la guerre mais ont mal géré l’après guerre. Ils ont commis trois erreurs immédiates :

Il fallait tout d’abord proclamer la loi martiale pour empêcher le pillage des hôpitaux, des ministères, des musées...

Ensuite, la débaasification a été bâclée. Je pense qu’ils ont eu raison de liquider l’armée de Saddam et sa garde républicaine, mais il fallait renvoyer les soldats dans leurs foyers en maintenant ou même en décuplant leur salaire. Ainsi ils seraient rentrés chez eux en pouvant vivre décemment. Il ne fallait pas faire verser ces gens dans l’opposition car ils se retrouvaient d’un coup sans salaire.

Enfin, l’obsession de capturer les 55 dirigeants du fameux « jeu de cartes » est une faute. Les grands criminels du Baas ce sont des milliers de cadres, de généraux, de directeurs de services, de l’administration. Il fallait les arrêter car ce sont eux qui dirigeant aujourd’hui l’insurrection.

Cependant, on peu relever beaucoup d’aspects positifs : Saddam n’est plus là, des élections ont eu lieu sans chaos, relativement correctement. L’assemblée constituante a élaboré une constitution qui vaut ce qu’elle vaut mais qui a le mérite d’exister, elle a été approuvée par referendum et des élections législatives ont permis la mise en place d’un gouvernement définitif pour 4 ans. Parallèlement, le procès de Saddam s’est ouvert. Nous avons donc assisté à la mise en place d’institutions démocratiques et judicaires en deux ans, ce qui, quoiqu’on en dise, n’est pas si mal.

Le fait d’intituler votre ouvrage Le livre noir de Saddam et donc de se focaliser sur lui n’occulte-t-il pas le rôle du Baas et de son idéologie dans ses crimes ?

Tout d’abord, Saddam Hussein n’était pas un dictateur comme les autres. Il se situe quelque part entre Staline et Hitler. Il n’a pas été un « petit » dictateur comme Moubarak, Kadhafi ou Boumediene. Par le nombre de ses victimes, par l’intensité de la répression, il se situe parmi les dictateurs qui ont massacré des millions de gens. Il ne faut surtout pas le banaliser.

Ensuite, en ce qui concerne le rôle du Baas, Hazem Saghieh, un Libanais, journaliste au Hayat, y consacre un chapitre. Bien qu’il explique que l’idéologie baasiste est intellectuellement très pauvre, il explique également que la dictature en Irak n’était pas celle d’une idéologie mais d’un homme. Le Baas était pour Saddam un instrument pour arriver au pouvoir, mais dans l’exercice du pouvoir son idéologie ne compte pratiquement pas. Hazem Saghieh est un grand intellectuel et je partage son avis. Quand le Baas a pris le pouvoir, ce n’était qu’un petit groupe de quelques dizaines d’adhérents. Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement, le parti nazi a gagné des élections. Le cas de Saddam est inverse : un petit groupuscule de comploteurs sans aucune présence au sein de la société a réussi à s’emparer du pouvoir.

Par la suite, pour les Irakiens il est devenu indispensable d’adhérer au Baas pour rentrer dans l’administration, décrocher un contrat d’affaire... mais ce n’était pas l’idéologie du parti qui comptait. Le Baas du temps de Michel Aflak, dans les années 1940-50 avait une certaine idéologie, par la suite elle a complètement disparu.

Quand ces gens ont pris le pouvoir, l’idéologie n’était pas un moteur, le moteur était le pouvoir personnel. Qui connaît le nom du frère ou du neveu de Staline ou d’Hitler ? Leur parenté n’a pas de joué de rôle, alors que le régime de Saddam s’articulait autour de ses demi-frères Daham ou Barzan, de son gendre Hussain Kamel... Bref, une structure complètement clanique. Au début, Saddam se faisait l’apologue de l’idéologie laïque du Baas, puis avec la guerre d’Iran il a flatté l’islamisme, enfin il s’est appuyé sur les chefs tribaux quand il en a eu besoin.

L’Irak baasiste, c’est donc le règne d’un homme, pas le règne d’une idéologie ?

Absolument. Mais il n’y avait pas un seul Saddam, il y avait des millions de petits Saddams, toute une clientèle pas liée par l’idéologie mais par l’argent. Il faut absolument évoquer l’élément du pétrole. La carrière de Saddam aurait été complètement différente s’il n’avait pas dirigé un état pétrolier. Suite à la crise pétrolière de 1973 qui voit le quadruplement du prix du pétrole, l’Irak devient riche alors qu’il avait auparavant des moyens assez limités. Ce pays devient d’un coup courtisé par tous les pays occidentaux qui ont besoin du pétrole et veulent lui vendre armes et usines.

Saddam et son clan ont monopolisé cette rente et l’ont utilisée pour d’une part acheter des armes et construire des palais mais de l’autre il a aussi développé son pays. Il a construit des écoles, des universités, des routes. Les professeurs d’université avaient une Mercedes et une villa gratuites. Les gens bénéficiaient de la rente pétrolière et étaient acquis au système Saddam, pas parce qu’ils étaient bassistes ou nationalistes arabes ou islamistes dans l’âme, ils aidaient juste leur portefeuille par leur appartenance au parti qui leur garantissait une rente. Tous les fonctionnaires en ont bénéficié, ainsi que des entrepreneurs irakiens qui ont profité de l’essor du commerce et de l’industrie, tout comme des hommes d’affaires occidentaux qui se pressaient pour construire des usines clefs en mains avec des hommes d affaires irakiens . Tous ces bénéficiaires de la redistribution de la rente constituaient une clientèle acquise au régime. La rente pétrolière est un facteur très important. On ne peut pas analyser le régime de Saddam sous l angle de l’idéologie.

On peut alors se poser la question de savoir si Saddam est vraiment baasiste ?

Oui, indéniablement sa famille politique de formation est bien le baasisme. Mais il faut bien voir qu’Hitler, Mao, Staline ou Lénine ont écrit des ouvrages politiques. On peut les critiquer, les mettre à l’index, il n’empêche qu’ils avaient une certaine vision politique, une forme de pensée politique. Or, le Baas de Saddam n’a pas de pensée politique. Quel est l’ouvrage politique de Saddam ? Il n’y en a pas. Malgré tout, Saddam n’est pas communiste ni nassérien, mais bien baasiste. En ce qui concerne le nationalisme arabe, ce n’est pas en Irak qu’il faut chercher un leader ou une pensée. Tous les gens qui avaient une pensée autonome ont été éliminés. Les premières victimes de Saddam ont été ses plus proches alliés. Le pouvoir devait être exercé pour servir un homme et son clan, pas une idéologie. Le système baasiste irakien a été mis en place pour asseoir le pouvoir d un homme. Pour Saddam, toutes les idéologies étaient bonnes à utiliser. Il était laïc, islamiste ou tribal à chaque fois qu’il fallait. Il a commencé par abolir le pouvoir des cheikhs, les chefs de tribus. Mais quand son parti est devenu une coquille vide et qu’il a eu besoin d eux, il les a courtisés. De même, Saddam a utilisé le courant islamique. Il les a notamment flattés sur le code de la famille, le statut de la femme.

En Algérie, il se passe exactement la même chose, le régime historiquement nationaliste arabe s’accroche à l’islamisme pour rester au pouvoir...

Les régimes nationalistes arabes sont des coquilles vides qui fonctionnent dans un milieu arabe malade. Le nationalisme arabe n’est qu’un slogan qui masque la réalité aux populations. Il sert à faire oublier la réalité des régimes. En France M. Sarkozy flatte tel ou tel camp pour asseoir sa légitimité, eh bien les régimes arabes font de même.

Mais si le régime de Saddam n’était pas vraiment idéologique comment expliquer sa politique d’arabisation et son attitude face aux Kurdes ?

Saddam arrive six mois au pouvoir en 1963, puis revient en 1968. La guerre avec les Kurdes reprend immédiatement. Mais c’est Saddam qui met sur pied les fameux accords de mars 1970 sur l’autonomie du Kurdistan, avec le leadeur kurde Barzani, et ce contre l’avis de l’armée. Pourquoi Saddam impose-t-il cet accord aux militaires ? Pas par largeur de vue ou respect du droit des peuples, mais parce que le Bass était en proie à une rivalité entre une aile civile et une aile militaire. Saddam savait que si l’armée gagnait la guerre contre les Kurdes elle serait en position de force. Il impose donc l’autonomie du Kurdistan. Quatre ans plus tard, une fois qu’il eut évincé les militaires, assassiné les généraux Takriti et Ammache, il n’a plus eu peur des militaires et a reprit la guerre contre les Kurdes. Jusqu’au bout il les a écrasé en signant l accord d’Alger avec l’Iran en 1975.

Mais s’il s’en prend aux Kurdes, c’est bien par arabisme ?

Pas vraiment. Les Kurdes ont toujours menacé le pouvoir central de Bagdad, puisqu’ils ont été incorpore de force dans l’Etat irakien. Ils revendiquaient au moins l’autonomie. A l époque les gisements pétrolifères du sud n’étaient pas exploités, le pétrole se trouvait seulement dans la région de Kirkuk, revendiquée par les Kurdes. Il était donc impossible pour Saddam d accepter leur autonomie, pas pour des raisons idéologiques, mais parce que son pouvoir était en cause.

On parle beaucoup du statut de cette région en ce moment. Kirkuk est-elle vraiment une ville kurde ?

Historiquement c est une ville kurde. Je ne sais si les limites précises de la Kabylie sont connues, mais celle du Kurdistan le sont et Kirkuk y figure.

Qu’en est-il de Tikrīt, la ville natale de Saddam mais également - il y a plusieurs siècles - de Saladin, qui était kurde. Est-ce une ville kurde progressivement arabisée ?

Saladin était un Kurde qui s’ignorait, il n’a jamais revendiqué sa kurdité. Il se revendiquait uniquement comme musulman. Tikrīt n’est pas une ville kurde. Je ne sais pas comment Saladin est né à Tikrīt. Aujourd’hui, des centaines de milliers de Kurdes vivent à Bagdad et les Kurdes ne revendiquent pas Bagdad pour autant.

A propos de gens qui rejettent leur identité, il y a une expression en Kabylie pour décrire les Kabyles qui choisissent de travailler pour le pouvoir. On les appelle des « Kabyles de service ». Existe-t-il le même concept chez les Kurdes ?

Absolument. Il existe un mot équivalent, « jash », qui signifie âne et qui désigne les Kurdes travaillant pour le pouvoir central, contre l’intérêt des Kurdes. L’une des caractéristiques des Kurdes c’est que depuis toujours ils sont divisés et il y a des Kurdes mercenaires qui prennent le parti de l’adversaire.

Ces mercenaires se recrutent-ils dans les montagnes du Kurdistan ou bien parmi les Kurdes de Bagdad ?

Ils se recrutent partout. Les Kurdes ont un trait de caractère particulier : ils supportent mal l’autorité d’un supérieur. Dans toute société tribale ou clanique on a ce phénomène, qui aboutit souvent à la jalousie et à la division. Dans une famille kurde, il n’est pas rare de trouver à la fois un chef de la résistance et un chef de mercenaires.

Tout comme les Kabyles, les Kurdes sont donc incapables de s’unir ?

Les gouvernements centraux arabes n’ont pas cessé d’instrumentaliser ce trait de caractère. Talabani n’aime pas que l’on rappelle ce passé. En 1964 une crise a éclaté au sein du PDK de Barzani, aboutissant à une scission au sein du bureau politique. Talabani et son beau-frère Ibrahim Ahmed créent une milice se battant contre Barzani avec le soutien de Bagdad. Aujourd’hui ils se sont réunis. Mais entre 1964 et 1970 ils se sont battus. Puis, lorsque Saddam signe l’autonomie du Kurdistan avec Barzani en 1970, la milice de Talabani ne lui est plus d’aucune utilité et il la laisse tomber. Cette crise est importante car la guerre civile qui ravage le Kurdistan irakien entre 1994 et 1998, opposant encore une fois Barzani à Talabani, puise ses racines dans cette crise des années 1960.

Peut-on mettre en parallèle la question kurde en Irak et la question kabyle en Algérie ?

Ce sont des questions très différentes. On connaît les rapports étroits qu’entretiennent les Berbères, plus spécifiquement les Kabyles, avec l’algérianité. Or on ne peut pas parler de l irakité des Kurdes en Irak, ni de leur turquité en Turquie ou de leur iranité en Iran. Ils ont très clairement le sentiment d avoir été incorporés de force dans un état qu’ils récusent.

Les élections de janvier 2005 en Irak constituent un bon indicateur : en même temps, au Kurdistan, s’est tenu un referendum non officiel mais soutenu par les autorités kurde. 97% des votants ont voté pour l indépendance du Kurdistan, il y a donc un rapport à l’Etat différent. Pour les Kurdes d’Irak, le dossier est clair : depuis la création du royaume d’Irak dans les années 1920, ils refusent d’en faire partie. Ils y ont été inclus de force et n’ont pas cessé depuis de se rebeller. La différence avec les Kabyles est énorme : pendant la guerre d’Algérie, les Kabyles ont fait partie du noyau dur du FLN, ils ont lutté pour l’indépendance de l Algérie, pas de la Kabylie.

Cependant, il existe des point communs importants : les deux peuples expriment une identité très forte, même si elle ne va pas chez les Kabyles jusqu’au désir d’indépendance. Cette conscience identitaire très forte repose sur une langue. La langue est très importante, de même que la culture orale qui est très développée. Cela a bien été expliqué par Mammeri.

Les Kurdes connaissent-ils les Berbères ?

A Paris, les Kurdes de la diaspora entretiennent des rapports avec des mouvements berbères, particulièrement les gens de l’Institut Kurde de Paris. Mais au Kurdistan pas du tout. Leur vision du monde extérieur est restreinte et se limite au Moyen orient : Iran, Turquie, Syrie mais ne va pas jusqu’ à l’Afrique du Nord. Cependant, peut être un ou deux intellectuels ont une vision plus élargie.

Pourriez-vous décrire la politique d’arabisation du Kurdistan irakien ?

Cette politique d’arabisation a été systématique et est très ancienne. Elle a commencé sous la monarchie, ce n’est pas une innovation de Saddam. Elle a surtout eu lieu dans la région pétrolifère de Kirkuk, comme par hasard. Elle s’est accélérée sous le règne du Baas.

Des dizaines de milliers de chiites du Sud ont été envoyés à Kirkuk. On leur donnait de l’argent et un lopin de terre pour construire une maison. Parallèlement les Kurdes quittaient la région. La compagnie pétrolière de Kirkuk n’employait pas de Kurdes. Les Kurdes émigraient et étaient remplacés par des Arabes. Des quartiers entiers de Kirkuk ont été rasés au bulldozer. Il s’agissait d’une épuration ethnique. L’objectif avoué était de changer la composition démographique de la région de Kirkuk. De plus, l’Etat s’est livré à un redécoupage de la carte : certains cantons kurdes ont été détachés du gouvernorat de Kirkuk et rattachés à des zones voisines arabes.

L’Etat algérien a fait la même chose en incluant des zones kabylophones dans des wilayat arabophones. Aujourd’hui, les Kurdes veulent-ils rekurdiser Kirkuk ?

Ils le veulent et ils le font. Dès la chute de Saddam, des milliers de Kurdes se sont précipités à Kirkuk pour tenter de retrouver leur maison. Ils ont campés dans le stade, sur les bases militaires, dans les rues. Des centaines de milliers de Kurdes sont revenus. Kirkuk est aujourd’hui un des coins chauds de l’Irak. Les dirigeants kurdes sont arrivés à un compromis avec les mouvements chiites disant que la question de Kirkuk sera tranchée fin 2007 par un referendum local qui permettra à la population de décider si la région sera rattachée ou non au Kurdistan autonome.

Quel est le sort des Arabes qui y vivent ?

Il y a une commission qui doit normalement étudier tous les cas litigieux. Il est prévu que les Kurdes ayant des documents de propriété peuvent récupérer leur maison ou leur terrain, avec une indemnisation pour les Arabes qui l’occupaient. Ca c’est sur le papier. En fait cela se déroule de façon moins élégante. Pas mal d’Arabes effrayés sont incités à retourner chez eux.

Les nombreux acquis obtenus par les Kurdes d’Irak font-ils envie aux Kurdes de Turquie, d’Iran, de Syrie ?

Cela provoque des mouvements d’opinion, des vagues de fonds. Des manifestations et des fusillades ont eu lieu en Syrie et en Iran. Aujourd’hui il y a des paraboles à travers tout le Moyen Orient. Tous les foyers savent ce qui se passe dans le monde. Donc quand en 2003 les Irakiens ont promulgué la loi administrative transitoire qui reconnaît le statut de la région kurde autonome et qui reconnaît le kurde comme langue officielle, cela a fait l’effet d’une bombe dans les pays voisins où les Kurdes n’ont aucune reconnaissance officielle et où leur langue est proscrite. En Turquie on ne peut utiliser les lettres q et w car ce sont des lettres kurdes... d’ailleurs le PKK d’Ocalan a officiellement renoncé à ses objectifs mais les Kurdes de Turquie ils veulent toujours l’indépendance. Les choses bougent. Cette question est une bombe à retardement pour la Turquie, la Syrie, l’Iran. M. Ahmadinejad (le président iranien, ndlr) peut une fois de plus exploiter cela en Iran.

L’Irak est il un pays arabe ?

Globalement l’Irak n n’est pas un pays arabe puisque prés du quart de l’Irak est kurde.

Les autres irakiens sont-ils de vrais Arabes ou bien des Syriaques ou des Perses arabisés ?

Vous me posez une colle. Disons qu’ils se considèrent arabes, c’est cela qui est important pour définir leur identité. Aujourd’hui en Irak on trouve moins de 80% d’Arabes (dont une majorité de chiites et une minorité de sunnites), 20% qui se disent Kurdes, ce à quoi il faut ajouter de faibles nombres de Turkmènes et d’Assyriens. On ne peut donc pas dire que ce pays est arabe. Quand vous regardez les documents de la fin de l’empire ottoman, vous savez qui vivait où, les choses sont claires.

Dans la constitution baasiste figurait un texte disant : « Le peuple arabe de l’Irak fait partie de la nation arabe ». Aujourd’hui ils ont modifié la formule en : « L’Irak fait partie des signataires fondateurs de la Ligue arabe », ce qui est une façon d’évacuer le problème.

Cette redéfinition de l’identité « arabe » de l’Irak remet en cause le mythe du monde arabe et a choqué la Ligue Arabe...

Il faut savoir en finir avec les mythes.

Le mythe de la nation arabe est-il toujours opérant ? Il y a trente ans, on ne parlait pas des minorités coptes, berbères, kurdes... Y a-t-il effondrement général ou au contraire pas de remise en cause ?

Le nationalisme arabe aujourd’hui se porte très mal. Le monde arabe est malade. Il crève de son incapacité à faire face aux réalités. Il échappe à tout débat en se fixant sur le conflit israélo-arabe et évacue tous les autres problèmes, dont celui de l’identité.

Dans le monde arabe il n’y a pas de débat sur les véritables enjeux. On n’y trouve que des dictatures plus ou moins dures mais aucun régime démocratique. C’est un monde complètement malade. S’il y a un débat, il est tellement souterrain que je l’ignore.

L’unité arabe est un mythe. Elle a peut être existée il y a plus de mille ans avec les Omeyyades, mais on sait mal comment elle s est organisée. Depuis elle n’existe plus. Le nationalisme arabe est récent et remonte au plus tôt à la Première guerre mondiale et dans les faits à la Seconde. De plus il ce courant était très divisé entre panarabes nationalistes et courant patriote arabe irakien. D’ailleurs les avocats du nationalisme arabe étaient formés à l’école ottomane, ce qui est tout de même contradictoire.

Présentez nous le Livre noir de Saddam Hussein.

J’ai dirigé ce livre qui va à contre courant de ce que l’on entend en France. Il regroupe des contributions de plusieurs spécialistes reconnus. Certes, 700 pages c’est un peu gros. Mais il est découpé de telle sorte qu’on peut le consulter thème par thème, au fil du temps. Il y a un noyau sur les relations internationales, un sur les succès de Saddam, un sur le panarabisme. On y parle de la société civile, des Kurdes, des Chiites... Les chapitres étant indépendants les uns des autres, on peut y « brouter » dans l’ordre qu’on veut.

Quelle a été la réaction des intellectuels français et occidentaux à votre livre ?

Ils ne l ont pas lu. Par exemple le chapitre sur le panarabisme devrait faire exploser les intellectuels arabes, mais j ai l’impression que personne ne l’a lu car personne ne m’a interrogé à ce sujet.

Le livre a bénéficié d’une importante couverture médiatique, mais ce que les gens me demandent c’est ce que je pense de la situation actuelle, du procès Saddam, de l’après guerre, du bilan des Etats-Unis. Nous avons eu quelques questions sur les chapitres décrivant les relations entre la France et l’Irak, quelques soutiens à gauche et à droite. Mais dans l’ensemble ce livre entre dans le débat actuel sur l’Irak et est considéré par beaucoup comme une brique en faveur des Américains ou de Bush. Il n’est pas lu comme un ouvrage qui fait le bilan de 35 ans de régime baasiste.

Mais quels retours avez-vous eu de la part des universitaires spécialistes du sujet ?

Eux non plus ne l’ont pas lu, car ce qu’on nous reproche généralement c’est notre grille d’analyse confessionnelle ou ethnique (« chapitre kurde », « chapitre chiite ») notre façon d’analyser le régime en le fractionnant.

Cette objection est sous-tendue par un a priori jacobin. Quelle grille d’analyse proposent vos critiques ?

C’est ce que je leur demande. Ils me reprochent cette grille confessionnelle alors qu’eux même parlent de la répression des Chiites et des Kurdes. On ne peut pas y échapper.

Le livre a un défaut : il est trop gros. Mais il a une qualité, c’est qu’à mon avis il va durer. Quand les gens auront besoin de trouver un livre de références, ils auront quelque chose de sérieux.

Par exemple, j’ai tenu à rappeler dans le livre le sort des Juifs d’Irak, les « pendus de Bagdad », dont personne ne parle. A ce sujet, Tarek Aziz (ex-vice premier ministre de Saddam Hussein, ndlr),que beaucoup de Français considèrent comme un diplomate professionnel, élégant, sophistiqué, a, lorsque les Juifs ont été pendus Place des Libérations en 1969, écrit un article dans son journal disant que les Irakiens qui venaient sur la place se réjouir du spectacle n’étaient « ni des barbares, ni des primitifs, mais des gens qui manifestent leur ferveur pour la révolution ».

Il y a actuellement des gens qui font campagne pour que cet individu soit libéré, alors que c’était un pilier du régime. Il doit peut-être cette popularité en Europe du fait qu’il est sociologiquement chrétien. Tarek Aziz faisait partie des gens qui avaient une certaine conception idéologique du Baas, et qui sont devenus saddamistes de service.

Dans l’équipe de Saddam, il y a eu un seul véritable idéologue : Abdel Khalek Samarrai. Il avait une réflexion arabiste sur la terre arabe, le destin arabe, la langue arabe, l’unité arabe. Ila été pendu par Saddam Hussein, au seul motif qu’il pensait. Quand Saddam a pris le pouvoir, il a éliminé toute une partie de la direction du Baas.

Quels sont les éléments structurants du baasisme dans tous les pays où il a existé ?

En Syrie, le Baas avait des racines plus intellectuelles et idéologiques plus profondes qu’en Irak. Michel Aflak et Salahedin el Bitar, les deux Syriens fondateurs du Baas, avaient milité pendant des années avant de devenir hommes de pouvoir. Le drame du parti Baas est qu’il a débouché partout sur une dictature, en Irak comme en Syrie. Il a été vidé de sa substance.

Vous dites qu’il a débouché sur des dictatures, mais n’est-il pas ontologiquement totalitaire ?

Je n’irai pas jusque là, non. De plus le Baas était traversé par des courants contradictoires. Mais le Moyen Orient n’est pas une pépinière de démocraties. Le Baas et les autres partis nationalistes n’ont pas pu évoluer dans une atmosphère de liberté. De plus ils étaient en compétition avec l’Egypte.

En Algérie, lorsque j’ai fait l interview de Mouloud Mammeri, qui portait pourtant sur des questions littéraires, j ai senti qu’il ne pouvait pas aller jusqu’au bout de sa pensée même s’il était courageux. L’atmosphère en Syrie était dictatoriale avant l’arrivée du Baas au pouvoir. Je ne dirai pas que le Baas équivaut nécessairement à la dictature, je dirai que dans le cadre du Moyen Orient, il ne pouvait pas aboutir à autre chose.

Vous avez rencontré l’écrivain kabyle Mouloud Mammeri en 1984. Comment s’est déroulée cette rencontre ?

C’était un homme d’une autre époque, dans un sens positif. Ce qui m’intéressait c’était sa réflexion sur son travail d’écrivain, de romancier. Il entretenait un rapport d’artiste à la réalité.

J’ai également trouvé très lucides et courageuses ses considérations sur les anciens animateurs du mouvement de libération nationale et ses doutes sur leur capacité à gérer la phase suivante. Il ne me connaissait pas, il ne pouvait donc pas se confier complètement librement. La situation était délicate pour lui.

Vous avez enquêté dans l’Algérie des années 1970-80. Quelles ont été vos impressions sur le plan politique ou social ?

Ce qui m’avait choqué c’était la manière dont certains Algériens glissaient leurs pieds dans les chaussures des colons. Ils s’emparaient des dépouilles du colonialisme. Les villas coloniales des hauteurs d’Alger étaient habitées par les gens de la nouvelle nomenklatura. J’ai un tempérament rebelle, j’éprouve de l’admiration pour les gens qui se battent dans les guérillas. Mais le résultat m attriste souvent.

J’ai beaucoup fréquenté la cinémathèque d’Alger et les jeunes qui y produisaient des films. J’ai aussi été témoin de la politique d’industrialisation aberrante d’alors, même si elle était en phase avec l’époque. Des fortunes phénoménales ont été englouties dans ces programmes.

J avais aussi commencé à travailler sur le mouvement islamiste, mais j’ai décroché lorsque c’est devenu trop dangereux. Je suis également allé à Tizi Ouzou, à Bougie et à Aït Yenni. Je courais après une Kabylie mythique que je n’ai pas trouvée. J’ai trouvé à la place des murs de parpaings et de béton. Il y a un beau livre de photos de Mohand Abouda intitulé Axxam, maison kabyle. Avec ma femme photographe, nous partions sur les traces de cette Kabylie, mais nous l’avons trouvée défigurée par le béton. C’était peu de temps après le Printemps Berbère et j’avais commencé des interviews sur la situation en Kabylie, la question berbère. C’était une question qui se posait très clairement. Finalement je n’ai pas pu finir mon travail, par manque de temps. Ait Ahmed a ensuite sorti le 1er tome de ses mémoires, j’ai fait un papier dessus.

Vous avez écrit sur le Mzab, notamment Ghardaïa ? Avez-vous également senti là-bas la question berbère se poser ?

Non, là-bas, le phénomène identitaire se cristallisait autour du fait religieux, de leur Islam ibadite. Mais pour moi l’Algérie était un peu les marches, le « far west » du monde arabe et musulman. J’étais davantage concentré sur le Moyen Orient : Liban, Syrie, Golfe...

Justement, vous qui connaissez à la fois le Moyen Orient et l’Algérie, pensez-vous que ces deux entités fassent partie d’un même monde ?

Cela dépend du critère de référence. Si l’on prend la religion, oui sans doute. Si l’on prend la langue, l’arabe d’Alger n’est pas celui que l’on parle à Beyrouth. L’Algérie fait-elle partie du monde arabe ? On voit une importante résistance kabyle et plus généralement berbère. Politiquement, tout cela ne semble pas uni, voire même très lâche. Cependant, culturellement et sociologiquement je me sens à l’aise depuis Constantine jusqu’à la Turquie. Je me sens dans un monde que je crois connaître, qui partage les mêmes références. Architecturalement, Alger est une ville européenne, sauf la Casbah. Mais cela reste un décor, c’est superficiel.

Au final, tous les Etats arabes se ressemblent ?

Un exemple est la gestion des villes. Je suis allé à Bagdad, Mossoul ou Kirkuk de 1971 à 1977. Après, suite à un article dans le Monde diplomatique sur le Kurdistan, j’étais sur la liste noire du régime. Je n’ai donc pas pu me rendre en Irak depuis, sauf au Kurdistan en entrant clandestinement par l’Iran et la Syrie. Après l’intervention américaine je suis allé à Mossoul, qui est un bastion du nationalisme arabe, encore plus que Bagdad ou Basra. C’est la région des grandes tribus Shammar. Je m’attendais à voir une ville soignée par le régime en tant que berceau du nationalisme arabe. En réalité c’est une ville décrépite, misérable, pouilleuse. Il en va de même pour Kirkuk. C’est la capitale pétrolière, je m’attendais à trouver un mini-Koweït ou un mini-Dubaï, mais c’était tout aussi misérable et pouilleux. Il est scandaleux de constater à quel point Saddam a négligé son pays. Et je ne sais pas quelle est la situation aujourd’hui à Alger, mais lorsque j’y étais, il y avait déjà le problème de l’eau. J’étais assez choqué de voir qu’il fallait remplir sa baignoire d’eau en prévision des coupures. Faire face à la pénurie faisait partie de la vie quotidienne.

Interview réalisée par Azzedine Ait-Khelifa et Yidir Achouri

Cet article a été publié la première fois le 13 Mars 2006



Les Chroniques du [CyberKabyle].

11 août 2006

L’Algérie et la Russie vont-elles prendre l’Europe du gaz en otage ?


Alors que Russie et Algérie, premiers exportateurs de gaz vers l’Europe, viennent de signer un accord de partenariat (comme nous vous l’avions déjà annoncé), provoquant de nombreuses réactions d’inquiétude en Europe et notamment en Italie, plusieurs analystes estiment que les deux pays peuvent ainsi bâtir les prémices d’une OPEP du gaz. La France appelle quant à elle à une « grande vigilance ». Poutine et Bouteflika doivent être terrifiés par cet avertissement.

Pour rappel, Gazprom et Sonatrach viennent de parapher des protocoles d’accord prévoyant de coopérer dans « l’exploration, l’extraction, le transport d’hydrocarbures, le développement d’infrastructures gazières, le traitement et la vente de gaz » en Russie, en Algérie ou dans des pays tiers.

Pour l’Italie, un pays dépourvu d’énergie nucléaire et qui est très dépendant du gaz russe et algérien, le protocole annoncé vendredi équivaut à créer une « Opep du gaz » capable d’imposer ses prix et ses quantités au marché. Le premier ministre italien, Romano Prodi, redoute la création d’un cartel et il a demandé à Bruxelles d’intervenir. De son côté, le ministre du développement économique, Piuerluigi Bersani, « espère que l’accord va servir de signal d’alarme à Rome, Bruxelles et dans toutes les capitales européennes ». Un porte-parole de la Commission européenne a indiqué samedi que les commissaires vont « étudier toutes les implications possibles de l’accord ».

La ministre française déléguée au Commerce extérieur Christine Lagarde a plaidé jeudi pour une « grande vigilance » à la suite du rapprochement annoncé des compagnies russe Gazprom et algérienne Sonatrach, deux des principaux fournisseurs d’hydrocarbures de la France. « Tout mouvement de consolidation dans le secteur de la distribution nous interpelle et nous amène à une grande vigilance quant au respect du droit de la concurrence », a-t-elle répondu à une question à ce sujet lors d’une conférence de presse. « La politique énergétique française continue d’être fondée sur la diversification des sources » d’approvisionnement, a-t-elle souligné, insistant notamment sur le nucléaire. Les principaux fournisseurs d’hydrocarbures de la France sont dans l’ordre la Russie, la Norvège et l’Algérie.

Les experts rassurent

L’Agence internationale de l’Energie (AIE) appelle à « surveiller » l’alliance entre le russe Gazprom et l’algérien Sonatrach, les deux principaux fournisseurs de gaz de l’Europe, mais ne table pas sur une flambée des prix, selon son directeur adjoint cité vendredi dans Libération. Tout en qualifiant ce rapprochement de « logique », William Ramsay a jugé qu’il « faut surveiller la suite ». « Quand les deux plus gros vendeurs se parlent, le consommateur a intérêt à faire attention à ce à ce qu’ils se disent », a-t-il ajouté. Gazprom et Sonatrach représentent un tiers de la consommation des 25, rappelle le quotidien. M. Ramsay a toutefois estimé que « l’influence de l’accord sur les prix du gaz sera limitée » car ceux-ci sont « fixés de façon rigide et indexés sur les cours du pétrole ». « Le danger, c’est que Gazprom a une stratégie bien précise pour pénétrer sur le marché européen, et que l’UE se laisse saucissonner en signant des accords bilatéraux », a-t-il jugé. « Les Européens feraient bien de réfléchir à une politique extérieure énergétique » plutôt que de favoriser chacun « son champion national », a conclu M. Ramsay.

Parallèlement l’entreprise d’état algérienne Sonatrach a signé vendredi des protocoles d’accord avec Loukoïl et Gazprom en vue d’une coopération dans les hydrocarbures. Les documents ont été signés à l’occasion d’une visite cette semaine à Moscou du ministre algérien de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, au cours de laquelle il a rencontré son homologue russe Viktor Khristenko ainsi que les dirigeants de Loukoïl, premier producteur russe de pétrole, et du géant gazier Gazprom. Daniel Simmons, expert en gaz naturel à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), fait remarquer que la gestion d’un cartel du gaz serait une opération « incroyablement difficile » en raison de la multiplicité des types de gaz naturel et des moyens de transport. Et même si la menace se concrétisait, les Européens pourraient facilement se rabattre sur le nucléaire. « Donc il ne faut pas la regarder de la même façon qu’un cartel pétrolier », estime-t-il.

« Ce qui a le plus attiré l’attention en Europe, c’est le mot commercialisation, c’est-à-dire le risque de cartel. Jusqu’à présent Gazprom et Sonatrach sont des concurrents sur le marché européen », relève Francis Perrin, rédacteur en chef de la revue spécialisée Pétrole et Gaz Arabes. Mais peu de détails ont filtré et rien n’indique pour l’instant que les deux pays fomentent via leurs entreprises la création d’une « Opep du gaz », à rapprocher de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), estime l’expert. Selon lui, une chose est sûre, c’est qu’une bonne partie de l’accord sera consacrée au gaz naturel liquéfié (GNL, transporté par bateau, ndlr), domaine dans lequel l’Algérie est un acteur historique et où Gazprom entend devenir un poids lourd. « Pour le reste, ils sont en train de discuter sur des coopérations possibles dans le gaz, ce qui balaie l’exploration, le développement, la production, la vente, etc. Cela veut dire qu’on parle de tout et peut-être de rien », souligne M. Perrin, notant que l’Algérie signe fréquemment des accords de ce type sans qu’ils débouchent forcément sur des projets industriels concrets. De plus, ces deux pays n’ont pas forcément intérêt à effrayer leur principal client, l’Europe, s’ils veulent éviter que la direction générale de la Concurrence à Bruxelles ne « déterre la hache de guerre », note-t-il.

Les détails du protocole

Gazprom et le ministre algérien ont évoqué en particulier une coopération dans le gaz naturel liquéfié (GNL). La participation de la Sonatrach au projet de GNL baltique, une usine de liquéfaction de gaz, est l’une des possibilités évoquées, précise en effet Gazprom. Cette usine, qui représente des investissements de plus d’un milliard de dollars, devrait être construite en bordure du golfe de Finlande. La participation des groupes canadien PetroCanada et britannique BP a aussi été annoncée pour ce projet de liquéfaction de gaz, une technologie que ne maîtrise pas encore le géant russe.

Le protocole d’accord entre Gazprom et Sonatrach envisage une vaste coopération dans « l’exploration, l’extraction, le transport d’hydrocarbures, le développement d’infrastructures gazières, le traitement et la vente de gaz » en Russie, en Algérie ou dans des pays tiers, ainsi que de possibles « échanges d’actifs », selon Gazprom. Loukoïl envisage de son côté de collaborer avec la Sonatrach dans l’exploration et le développement de gisements gaziers et pétroliers. L’Algérie « est l’un des pays prioritaires »" pour le développement de Loukoïl, qui a commencé une expansion dynamique à l’international, relève le groupe russe qui prévoit d’ouvrir une représentation à Alger.

La Russie, qui dispose des premières réserves mondiales de gaz, est le premier pays producteur de gaz et le deuxième de pétrole derrière l’Arabie saoudite. Gazprom a extrait 548 milliards de m3 de gaz en 2005, soit environ 85% du gaz extrait dans le pays. La Sonatrach contrôle l’essentiel du gaz extrait en Algérie et sa vente. Plus grosse entreprise africains, elle a extrait en 2005 85 milliards de m3 de gaz naturel dont 21,2 milliards ont été vendus sur le marché algérien et le reste exporté par gazoduc ou sous forme de gaz liquéfié au Maghreb, en Europe et jusqu’en Corée du Sud.

Toutes ces grandes manœuvres soulèvent une question : « Où va tout cet argent ? ». Les millions d’algériens en quête de visas aimeraient bien le savoir.


Les Chroniques du [CyberKabyle].

01 août 2006

Zidane 2.0 : Zidane première star de la blogosphère ?

Zidane Le web 2.0 est ce concept un peu flou pour designer les nouveaux contenus diffusés et partagés par les internautes eux même plutôt que par des professionnels. Véritable révolution selon certains ou simple concept marketing selon d’autres, il n’en demeure pas moins que le coup de boule de Zidane est à inscrire d’une pierre blanche pour le web. Ainsi le fameux moteur de recherche de référence pour la blogosphère Technorati indique que Zidane est le mot le plus recherché. Wikipedia, Youtube.com, Dailymotion.com et toute la galaxie 2.0 s’y est mise.


Premier article traitant de ce sujet « Le geste de Zidane domine le web » sur le site de TF1 avant d’être repompé sans vergogne par « le quotidien de référence de la presse Française » j’ai nommé Le Monde (« Le web se saisit de l’affaire Zidane »). On y apprend entre autre que « le coup de boule de Zidane fait déjà partie des vidéos les plus consultées sur youtube. Moins de dix minutes après sa diffusion, la scène était mise en ligne par un internaute, et visionnée par près de 6.000 autres. Ce mercredi à midi, elle était la vidéo la plus regardée répondant avec le mot clef “Zidane”, avec plus de 600,000 pages vues ». Sur DailyMotion, équivalent français, c’est la même folie. Plusieurs internautes ont mis la vidéo en ligne, et les commentaires sont tout aussi nombreux. Et déjà pointent, comme le souligne le blog ’Versac’, les vidéos rappelant quel joueur violent est Materazzi.


Pas beaucoup d’analyse en définitive sauf de la part du New York Times qui nous apprend que le vrai gagnant restent les anciens medias TV non pas les nouveaux medias. L’article indique en outre que le quotidien sportif L’Equipe a vendu 900 000 exemplaires le jour qui suivi la victoire de la France sur le Brésil multipliant par trois son tirage. Zdnet France nous apprend que « Zidane » est devenu la formule magique du marketing en ligne. Depuis la fin de la Coupe du Monde 2006, "Merci Zidane" est une formule qui se répand sur le web, et pas uniquement sur les blogs. Adidas, l’un des sponsors du joueur, rebondit sur la retraite footballistique du numéro 10 des Bleus en créant un site spécial qui permet aux internautes de déposer des remerciements écrits et vidéo, de participer à un jeux-concours ou encore de télécharger des fonds d’écran. L’initiative d’Adidas a cependant été devancée par le site merci-zidane.com. Lancé par l’agence web Steame, le projet aurait été « pensé par des amis passionnés de football, dès l’annonce du retour de Zidane en équipe de France, sans idée commerciale ni de rentabilisation. Puis volontairement lancé au début de la Coupe du monde », explique à ZDNet.fr Stéphane Figueiredo. Le site inclut une rubrique « boutique » qui renvoie sur les sites marchands Alapage (groupe France Télécom), Fnac.com et Made In Sport (groupe PPR). « L’offre produit fonctionne sur le mode de l’affiliation. Nous sommes aussi l’opérateur e-commerce du site Zidane.fr. À ce titre, nous assurons la vente des produits Zidane (France et Real Madrid notamment) », explique Gilles Raison, de Made In Sport.

La séduction fatale du chiisme


Par Ahmed HALLI halliahmed@hotmail.com, 31/07/2006

Nabih Berri est le chef du mouvement chiite Amal. A ce titre, et en vertu de la Constitution, il est aussi le président du Parlement libanais. Il a été, enfin, délégué par le Hezbollah pour négocier en son nom, en particulier avec la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. Quand il parle de paix, il faut donc l'écouter et essayer de saisir dans ses propos ce qui lui appartient en propre et ce que pourrait dire Hassan Nasrallah.

Jusqu'à la fin des années 80, le mouvement Amal tenait le haut du pavé. Mais comme le Fatah en Palestine, Amal, miné par la corruption de ses dirigeants, s'est laissé déborder par le Hezbollah. L'autochtone, vieilli et délabré, a été peu à peu supplanté par un produit, d'importation certes mais jouissant d'une popularité grandissante. A la suite de l'Etat libanais, les cadres de Nabih Berri ont peu à peu laissé le sud du pays au Hezbollah lui abandonnant de facto le monopole de la résistance. C'est ainsi qu'aujourd'hui, Hassan Nasrallah résiste quelque part dans un bunker et que Nabih Berri porte sa parole aux négociateurs américains. Le second est un notable usé par le pouvoir et les délices de Capoue, le premier a déjà pris la succession et aspire à prendre tout le reste. Je n'ai pas aimé dans les récentes déclarations de Nabih Berri teintées d'amertume et reprochant aux pays arabes de rester passifs devant le drame libanais. Je me suis arrêté surtout à la pointe de ressentiment contre l'Algérie. Il a cru bon, en effet, de rappeler que tout le Liban s'était mobilisé pour Djamila Bouhired durant la guerre de Libération nationale. Ce qui est vrai mais pourquoi citer précisément cet exemple pour mettre en exergue l'indifférence arabe. Un petit tour à la salle Harcha l'aurait pourtant convaincu que toute la classe dirigeante algérienne est en première ligne avec le Hezbollah. Avec un peu d'imagination, on aurait pu voir dans le ciel de Harcha les multiples sillages des roquettes et des fusées tirées en direction d'Israël et de Condoleezza Rice. Les discours galvanisants et guerriers ont proprement ravi le patron du Hamas, promoteur du meeting de soutien au Liban et d'autres spectacles servant la cause de son mouvement. Quant aux envolées contre l'impérialisme yankee et ses plans machiavéliques pour "désarabiser" les Arabes, ce fut un vrai festin pour baathiste en fin de carême. Toute cette agitation politicienne est accompagnée, comme il se doit, par un regain d'intérêt et d'affection pour le chiisme. Aux yeux des sunnites les plus bornés, les chiites retrouvent enfin le statut de musulmans qui leur était contesté. Même leur Adhan qui fait explicitement référence à l'imam Ali ne hérisse plus les oreilles salafistes. Derrière leurs grosses lunettes noires, des midinettes en djilbab lancent des regards énamourés et des baisers furtifs au nouveau play-boy du monde arabe et islamique. Ceci marque-t-il, pour autant, l'abandon du wahhabisme et l'entrée dans les ordres chiites via la milice du Hezbollah ? C'est une perspective d'avenir mais ce n'est pas encore la conversion de masse stimulée par l'éternel opportunisme des zélotes religieux. Pour l'instant, en effet, le royaume de La Mecque reste sûr de lui et dominateur. Tellement sûr de lui que sa principale chaîne d'information Al-Arabia fait la course en tête avec sa rivale Al-Jazira pour couvrir les évènements. Avec cette différence que la glorification du Hezbollah par Al-Arabia a des allures d'acte de contrition. A priori, Riyad ne semble pas gêné par ce sens des opportunités médiatiques et fait valoir les critères du professionnalisme. Et puis, pendant que Al- Arabia s'épuise à tenir la corde avec Al-Jazira, l'appareil médiatique saoudien s'emploie à défendre les positions de Riyad dans le conflit libanais. La déclaration officielle saoudienne est commentée de manière à faire ressortir le leadership qu'entend assumer désormais le royaume saoudien. Il n'y a pas de doute que c’est le rôle que veut assumer le roi Abdallah en se présentant comme le défenseur d'un Liban arabe face à l'impérialisme iranien. Cette ambition est largement portée par les éditorialistes saoudiens qui parlent d'un nouveau rééquilibrage des forces dans la région. Ce qui induit implicitement un rôle de locomotive du nouveau nationalisme arabe pour l'Arabie saoudite, épaulée par une monarchie, la Jordanie, et une république monarchique, l'Egypte. Le quotidien de Londres Al-Charq-al-Awsat le dit sans ambages : "Le peuple libanais doit savoir qu'il n'est pas seul et que son seul choix est d'être dans la mouvance arabe, avec son avant-garde le royaume d'Arabie saoudite. Il n'est pas dos au mur et il n'est pas acculé à jouer sur l'alliance avec l'Iran (…) Durant des années, après que le Hezbollah eut devenu un Etat en armes dans un Etat désarmé, la conviction a prévalu chez de larges pans de la société libanaise que le choix iranien était inéluctable. Ceci, après que l'influence arabe ait subi un reflux et que l'on eut fait l'impasse sur les réalisations stratégiques de Taef. Si les accords de Taef avaient connu seulement un début d'exécution, rien de tout cela ne serait arrivé (…) Nous n'en serions pas aux promesses de Hassan Nasrallah, alors qu'Israël détruisait tout sur son passage, lorsqu'il a affirmé que l'Iran reconstruirait tout ce qui a été détruit. Des propos qui ont résonné comme un défi lancé, non seulement aux Libanais mais à tous les Arabes." Ce que ne dit pas clairement la presse saoudienne et qu'il faut lire entre les lignes, c'est que le défi du Hezbollah est perçu par Riyadh comme un défi religieux. Nasrallah mène une guerre de religion au Liban et les Saoudiens obéissent à la même motivation. En fait, l'enjeu est le statut de la citadelle sunnite-wahhabite face à la montée d'un chiisme belliciste et séduisant par là même. C'est au moment où les télévisions saoudiennes font la part belle aux actes de solidarité avec la population libanaise que l'accroc est apparu dans l'habit pseudo-nationaliste du royaume saoudien. Le Cheikh Abdallah Bendjebrine, une des principales références religieuses wahhabites, a lancé une fetwa interdisant toute aide matérielle ou morale au Hezbollah. Sous forme de "layadjouze" comminatoires, le cheikh a successivement proscrit le soutien à ce parti "rafidhi" (déserteur — un des nombreux gentils noms attribués aux chiites). "Il ne faut pas combattre sous leurs ordres, ni prier pour leur victoire. Je conseille aux sunnites de rejeter ces gens et ceux qui les rejoignent et de dénoncer leur hostilité de toujours à l'Islam et aux musulmans." En fait, si les dirigeants saoudiens situent la nouvelle guerre du Liban dans un contexte de rivalités de puissances régionales, la fetwa la resitue dans son contexte, celui de la bataille impitoyable entre deux intégrismes : le sunnite et le chiite. Or, chaque jour de guerre au Liban renforce le second au détriment du premier. Le naturel féminin est de fuir le vieillard édenté et impotent pour le viril et courageux chevalier. La "rue arabe" est aussi frivole qu'inconsciente mais elle reste dominée par le naturel féminin, l'envie d'essayer autre chose. Certes, tout le monde arabe respire toujours wahhabite et ment encore wahhabite mais le chiisme, incarné par Nasrallah, exerce une séduction dangereuse et, à la longue, fatale. C'est peut-être la vocation de la "rue arabe" de jouer les remake de "séduite et abandonnée". C'est sans doute aussi la destinée des peuples arabes d'hypothéquer toujours l'avenir en optant parfois pour le pire.